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domingo, 21 de octubre de 2018

ECOTURISMO LITERARIO EN FRANCÉS LENGUA EXTRANJERA: UN EJEMPLO DE ECOCRÍTICA


Es preciso respetar nuestro entorno a nivel individual,
necesitamos cuidar de la tierra porque se nos está muriendo.
Cada planta, cada animal, incluso cada complejo minero,
cada paisaje, tiene su razón de ser.
No están a nuestro alcance por puro azar o capricho,
sino que forman parte de nosotros mismos
Felix Rodríguez de la Fuente


Resumen

El ecoturismo o el turismo literario forman parte de las muchas nociones estudiadas en el Grado de Turismo. En la enseñanza de Francés Lengua Extranjera estudiamos eco-textos, es decir, textos literarios franceses que nos permiten mostrar espacios reales que describen paisajes autóctonos. Además de aprender la lengua francesa instrumental, se permite  igualmente a los alumnos aprender una cultura literaria, geográfica, cultural y medio ambiental francófona. Es otra forma de concienciar a los futuros profesionales del turismo y hacerles ver la importancia que tiene para el sector que estos parajes se mantengan intactos. El “ecoturismo literario” podría ser un instrumento ecocritico más al servicio de la preservación y recuperación de nuestro planeta.


Comunicación impartida en el II Congreso Internacional sobre el Turismo, las Lenguas y la Traducción, celebrado en Córdoba los días 18 y 19 de octubre. Próxima publicación.


[1] La Nouvelle Héloïse, première partie, lettre XXIII

miércoles, 1 de agosto de 2018

L’INDUSTRIALISATION DES ALPES AU PRISME DE LA LITTÉRATURE

http://www.achetezmoins.ch/?page_id=9




Que reste-t-il aujourd’hui du mythe des Alpes? Il y existe un antagonisme entre notre civilisation technique -qui promeut la croissance, la mobilité et les loisirs -et la région alpine, domestiquée pour être aujourd’hui rentable et productive. Si les touristes viennent dans les Alpes pour découvrir la beauté des paysages, pourquoi ce patrimoine est-il si maltraité? Trouver le juste équilibre entre identité et modernité est devenu très complexe dans les Alpes en général et en Suisse en particulier. Les intérêts économiques passent presque toujours avant lesintérêts de la nature et du paysage, et le risque de la transformation des Alpes en un énorme parc d'attraction est réel. On peut trouver des traces de ces tensions dans la littérature passée et présente, par exemple avec les œuvres de Maurice Chappaz ou le plus récent Estivede Blaise Hofmann.

Nombreux sont les auteurs romands qui ont dévoilé à travers leurs écrits les problèmes que le tourisme et ses infrastructures ont provoqués dans les paysages de leurs cantons. L’écrivain vaudois Edouard Rod (1857-1910) condamnait déjà dans son roman Là-haut(1897) la dégradation du paysage alpin du Valais à la fin du XIXe siècle. Il anticipait ainsi les préoccupations environnementales dues au changement et à la destruction des modes de vie ancestraux. Là-Hautest un récit quasi prophétique sur l’évolution du tourisme en Valais: les descriptions des paysages magnifiques, des conditions dures de cette vie paysanne et des gens de la montagne, tentés par l’argent facile, sont d’une actualité saisissante: «Ceux qui verraient clair dans ce mystère gagneraient plus d’argent en deux ou trois ans […] que leurs pères n’en avaient économisé en six générations de travail et d’économie». À cette époque, la haute-montagne commence à être rentabilisé par le tourisme: on devient hôtelier, guide, transporteur. Les Alpes cessent d’être un monde de terreurs et de désintérêt pour devenir un gagne-pain et, petit à petit, la physionomie si caractéristique des villages suisses disparaît.

L’écrivain vaudois C.F. Ramuz (1878-1947), témoin desprofondes transformations des paysages alpins, montre également son soutien aux mouvements de protection de la nature qui font leur apparition au début du XXe siècle, en s’attaquant à l'industrie du tourisme et en particulier aux hôteliers:
Il y a déjà assez en Suisse de ces aventuriers qui font fortune en attirant chez nous nos voisins dont ils vident les poches. Il me tarde de voir les Alpes purgés de ces fantoches embarrassants, armés de piolets, accompagnés d’une bande de miss en jupes courtes et d’unecaravane de guides. Il me tarde de voir la Suisse rendue à ses habitants, à ses citoyens. Il me tarde de voir disparaître le cosmopolitisme qui, non content de détruire chez nous les vieilles mœurs et les vieilles coutumes, tend chaque jour à dégrader notre peuple jusqu’ici si probe. Je voudrais voir en une seule nuit tous les hôtels détruits. Les hôteliers, on en fera des manœuvres, des ouvriers, des artisans. Ils seraient alors plus utiles à la Suisse, ils travailleraient à sa prospérité, au lieu de travailler à sa ruine, à sa perdition peut-être.

A partir des années 1950, le poète valaisan Maurice Chappaz va faire prendre conscience aux Valaisans que les Alpes sont plus qu’une simple ressource économique à surexploiter, et qu’elles doivent être protégées et respectées. Chappaz a été le premier écrivain qui a osé dénoncer dans Le Match Valais -Judée(1968) et surtout dans Les Maquereaux des cimes blanches(1976) les conséquences néfastes du progrès: «On a pu exploiter, d’une façon effrénée les ressourcesnaturelles d’un pays. Et le Valais était un morceau de choix, un morceau de rois pour les spéculateurs.»

Face aux dommages causés par le tourisme, le pillage des terres et la spéculation immobilière, Chappaz se sent dans l’obligation d'exprimer son dégoût et sa douleur. Angoissé parce qu’il pressent la catastrophe: sous ses yeux, un certain Valais meurt, transformé sans pudeurs ni mesure. Le poète remplit la fonction de «témoin du cœur, contre le mensonge des robots et des trafiquants».

Chappaz va ainsi secouer la société valaisanne, le monde politique et économique de l'époque et se battre pour préserver le paysage qu’il affectionne autant. Ce qui était d’abord un acte de célébration devient un acte de résistance, par exemple dans le texte qui accompagnela deuxième édition de Les Maquereaux des cimes blanches, dont le titre est déjà très révélateur La Haine du passé(1984):
«Chez nous la mise aux enchères des montagnes et des névés à coups de députés n'en finit pas. Et que je te balance un câble! Et que je t'enfonce mes trax! Et que j'évapore le Rhône et que je te rescie une forêt! [...] En images d'Epinal, en dessins animés je raconte une fin du monde. Ce que l'on a construit dans tous les coins c'est une Tour de Babel en mille morceaux.»

Une relation d'amour et de haine s’établit par la suite entre le poète et les habitants du Valais. Les écrits de Chappaz provoqueront des réactions controversées parmi ses concitoyens. D'une part, l'indignation de la bonne société valaisanne qui participe activement  à la folie touristique des années 60 et 70. D’autre part, le soutien inconditionnel de ceux qui s’identifient pleinement à sa cause et trouvent dans ses mots le courage nécessaire pour protester contre la construction de villes dans les montagnes.

Aujourd’hui, face à des problèmes qui concernent l’ensemble de la chaîne, les Alpes essaient de se réorganiser; certaines associations se sont créées (Pro Vita Alpina, L'initiative des Alpes, agriculture «labellisée», etc.); les États alpins ont signé en 1991 une convention sur la protection d’un patrimoine considéré vital pour l’Europe, La Convention alpine, qui considère le massif comme le dernier domaine européen doté d’une nature encore naturelle. Le débat sur le suréquipement touristique et la défiguration du paysage est indispensable aujourd’hui, surtout lorsqu’on continue à vendre la montagne sur des images de nature inviolée! Si la tendance continue, l‘impact qu’aura l’évolution de l’économie des loisirs et du tourisme sur la nature et le paysage desAlpes devrait être bien plus important que les altérations naturelles découlant, par exemple, du changement climatique.

Cette problématique de l’expansion du tourisme est traitée sous un angle très intéressant dans le récit Estivepublié en 2007 par l’écrivain suisse Blaise Hoffmann. Estiveest la chronique d’un été passé en tant que berger dans les Préalpes vaudoises. Hoffmann se confronte seul à l’immensité de cet espace sauvage. Il évoque la beauté des montagnes, mais aussi ses laideurs, en interpellantla dysneylandisation des Alpes. Il distille aussi des réflexions, souvent ironiques, sur la montagne et sa mythologie, ou ce qu'elle est devenue:
Leysin, station fun, propose escalade, canyoning, mountain bike,randonnée, promenade à dos de mulet, rafting, pêche en rivière, piscine, tennis, hockey, karting sur glace, raquettes, squash, aérobic, parapente, via ferrata, héliski, cheval, poney, ping-pong, football, beach-volley, parcours vita, minigolf, musculation, aquagym, tir au pigeon d’argile, parc à biche, quad, télécabines, télésièges, téléskis, freestyle park, halfpipe et superpipe. À la Hiking Sheep Bergerie backpacker, le lit en dortoirs coûte trente francs.

La critique politique n’est pas loin et Hofmann rejoint les propos de Maurice Chappaz qui rappelait «la grande vente du Valais»:
Tous au village ont récupéré à leur compte le mythe alpin. Les autochtones, en vendant leurs produits avec une plus-value de tradition. Les acteurs touristiques, en exploitant la virginité illusoire des Alpes pour vendre des nuitées. Les patriotes, en faisant des Alpes une référence inaltérable au pacte initial.
Les écologistes, en défendant l’idée d’un terrain fragile et riche qu’il faut préserver de toute intrusion moderne.
Hoffman va cependant plus loin et demande la démythification complète des Alpes: «Il est temps de décoloniser les montagnes de leurs chimères, de se défaire des illusions qui constituent notre suissitude, cet objet de marketing», mettant en cause le grand récit identitaire suisse: «Il n’y a rien dans les Alpes d’essentiel. C’est du relief qui traverse l’Europe en se foutant des frontières». Il jette un regard plein d’ironie et de désillusion sur ce que sont devenues les Alpes et nous montre le vrai visage d’une montagne qui se théâtralise «les Alpes sont le terrain de jeu de l’Europe. Elles se regardent au travers d’une fenêtre que l’on ouvre et referme».


Article publié dans la revue Moins nº 35. Journal Romand d’écologie politique. Artículo: “L’industrialisation des Alpes au prisme de la littérature”. Vevey-Suiza, Junio-Julio 2018. ISSN: 2296-0414.


martes, 24 de julio de 2018

MITOS Y LEYENDAS ALPINAS: UNA ODA A LA NATURALEZA


Resumen

Suiza es un país alpino por excelencia. Los Prealpes y los Alpes cubren el 60% de su territorio, y alrededor del 20% de su población vive en ellos. Los Alpes son una parte integral de la identidad de los suizos. Esto se remonta al mito fundador de la Suiza Central en el siglo XIII, marcado por su carácter alpino. Pero la mayoría de los mitos alpinos “emanan del miedo a esta naturaleza impredecible con la que uno debe vivir”, escribió Alexandre Daguet en 1872 en Tradiciones y leyendas de la Suiza francófona. Por ejemplo, la cima de los Diablerets en el Valais debe su nombre a los malos genios que la habitaban y que jugaban con las rocas como bolos, de ahí el nombre "Quille du Diable" atribuido a una roca del lugar. Y los dragones que vivían en estas montañas personifican los temores que inspiraban los Alpes y sus inundaciones. Para el especialista Michel Meurger, las luchas entre dragones y humanos también simbolizan la victoria del progreso y la civilización en una naturaleza, especialmente montañosa, misteriosa e inquietante. Los dragones desaparecen con la Ilustración, cuyo racionalismo reduce a la bestia a una gran lagartija.
¿Por qué prevalecen todavía estos mitos y leyendas? Por una parte, su relectura hace que los paisajes recobren un nuevo significado. Una de las cualidades de estos relatos es llamar la atención sobre la belleza del lugar, la utilidad de su salvaguarda. Cualquier conocedor de estas historias se convierte en guardián y responsable de este patrimonio. Por otra parte, estos relatos permiten también que el ser humano se ligue de nuevo a la madre naturaleza, accionando en ella, protegiéndola y conservándola.
En esta comunicación presentaremos varios mitos alpinos, muy presentes en la literatura suiza, y analizaremos su relación con el medio ambiente desde una perspectiva ecocrítica.

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1.      El carácter alpino de los Suizos

Los Alpes cubren el 61% del territorio suizo, es decir, 41.285 km2, lo que otorga al país un carácter alpino muy pronunciado (el segundo en términos de porcentaje después de Austria). A pesar de que Suiza cubre solo el 13.2% de los Alpes (190.600 km2), muchos picos de más de 4.000 metros (48 de 82) se encuentran en los Alpes suizos. Los glaciares de los Alpes suizos ocupan 1.230 km2 (3% del territorio suizo), lo que representa el 44% del área glacial total de los Alpes (2.800 km2). Con todos estos números, podemos decir sin temor a equivocarnos, que las montañas alpinas han forjado en parte la identidad y el carácter de este pueblo a lo largo de su historia. Otra parte proviene de los numerosos mitos y leyendas suizos relacionados con estas montañas: los Alpes. Mencionarlos todos aquí sería prácticamente imposible, por ello, vamos a escoger aquellos que sobre todo están íntimamente unidos a esa naturaleza impredecible e indomable, con la convive este pueblo desde sus orígenes. Y hablando de orígenes, no podemos dejar de nombrar aquí el primer mito fundador de la Suiza central: El Pacto Federal de 1291, por el cual conmemoran cada 1 de agosto (fiesta nacional en Suiza[1]) el nacimiento de la Confederación helvética. Según la tradición, los representantes de las comunidades rurales de Uri, Schwyz y Unterwald se reunieron a principios de agosto de 1291 en la pradera del Grütli con el fin de sellar una Alianza eterna. Los términos de esta alianza fueron inscritos en el Pacto Federal, un documento que sentó las bases de la fundación de la confederación y que actualmente se conserva en el Museo de Documentos Federales de Schwyz.
El origen de la confederación suiza también se asocia con el juramento legendario de Grütli pronunciado por hombres libres en las orillas del lago Uri. Hay que tener en cuenta que en Suiza, los niños continúan aprendiendo estas historias fundacionales en la escuela.
 El primer autor en contar la historia de Guillermo Tell y el juramento de los Grütli en papel fue Petermann Etterlin, cronista de la ciudad de Lucerna, a quien le debemos la primera historia exhaustiva de la Confederación. Todos conocemos la leyenda de Guillermo Tell que, al rechazar inclinarse ante el tocado de un poderoso, se convirtió en la encarnación del espíritu de independencia que anima a los suizos. Bajo un árbol y con la cabeza inclinada hacia un lado, Walter espera que su padre, Guillermo Tell, apunte a la manzana con su ballesta. Si tocaba a su hijo en lugar de la fruta, la segunda flecha en su doblete sería para el alguacil. La imagen de Guillermo Tell apuntando sobre la manzana está anclada en la conciencia colectiva de Suiza. Viene de la primera crónica detallada de la Confederación Suiza. Hablamos de alguaciles extranjeros que se apoderan de hermosas casas de piedra y tratan de seducir a las esposas fieles. Los habitantes de Schwyz, Uri y Unterwald muestran solidaridad en la lucha contra la dominación extranjera juntos.
La crónica fue escrita entre 1505 y 1507 por Petermann Etterlin, empleado de Lucerna. El advenimiento de la imprenta alentó la difusión de la versión de Etterlin del mito fundador de la Confederación Suiza y, siglos más tarde, influyó en celebridades como Friedrich Schiller y Gioachino Rossini. Un detalle a tener en cuenta es la evolución de la iconografía de este personaje. A lo largo del tiempo la ropa de Guillermo Tell se va simplificando hasta reducirse a un simple disfraz de pastor. Este detalle es significativo porque muestra el proceso de construcción de un héroe popular, evocador de valores ancestrales, rurales, incluso alpinos. El personaje se hizo famoso por el escritor alemán Friedrich von Schiller, cuando este escribe su obra de teatro en 1804.
En la búsqueda de la felicidad, característica de la Ilustración, Suiza es un modelo a seguir. En un momento en que se lucha por el derrocamiento del régimen monárquico, la Confederación y sus cantones se consideran ejemplares. Pero mientras que en el siglo XVI el "Cuerpo suizo" se percibía en su totalidad (a pesar de las fronteras borrosas), los pensadores del siglo XVIII consideraban solo una parte de la realidad del país, a saber, las regiones alpinas "terra incognita " hasta 1700.
Hay dos textos literarios, en particular, que tuvieron mucha importancia en la creación y difusión del mito de esta Suiza alpina: Die Alpen de Albrecht von Haller (1732) y La Nouvelle Héloïse de Jean-Jacques Rousseau (1761). Los autores muestran una nueva sensibilidad (prerromántica) al espectáculo ofrecido por la naturaleza, fuente de sensaciones y en la que el hombre se siente en perfecta armonía. Admirada por la variedad de elementos que la componen, a veces parece cambiable y relajante (= estética de lo pintoresco), a veces grandiosa, otras oscura y agonizante (= estética de lo sublime).
La definición de la iconografía del paisaje suizo, con sus temáticas alpinas y rurales tiende a difundir una imagen estética y fija del país (las montañas, cascadas, lagos y pastos alrededor de la cuenca del Lemán, del Oberland bernés y del lago de los Cuatro-Cantones). Además, la representación de las costumbres de los habitantes de estas regiones está idealizada. Suiza está llamada a encarnar al "buen salvaje" de la modernidad, viviendo en una Arcadia "tangible" (que además se puede visitar). En esta visión, los hombres llevan una existencia simple y serena en contacto con una naturaleza inalterada, a salvo de las pasiones y los vicios generados por la sociedad moderna.
Tras los pasos de Rousseau, primero los ingleses, luego los franceses y los alemanes exploran los paisajes representados en la literatura. Suiza, hasta entonces el país de paso del "Grand Tour", se convierte no solo en un destino turístico, sino que también termina fundiéndose en la visión idealizada y estética que se le da.
Con el fin de satisfacer a los turistas, una fuente de beneficios y desarrollo económico, los suizos organizan a principios del siglo XIX festivales de "cultura suiza tradicional". Las competiciones de varias disciplinas, "costumbres antiguas y simples", como tirar piedras, disparar al blanco con rifle y ballesta o pelear con los pantalones, constituyen una especie de campeonato de montaña (festivales Unspunnen, en el Oberland bernés). Mencionemos también el tiro con arco en un pájaro de madera tallado (el "papegay"), popular en el Pays de Vaud, donde el ganador, exento de todos los impuestos, es declarado rey por un año.
A este respecto, es significativo señalar que estas imágenes serán utilizadas durante el siglo XIX por los propios suizos para expresar un carácter nacional y forjar su propia cultura de identidad (y, por lo tanto, unificar). La ecuación "cultura pastoral" / "alpina" = "cultura nacional" se hace posible gracias a la profusión de representaciones rurales en periódicos y calendarios ilustrados. La industrialización y las convulsiones que marcan el siglo XX solo vendrán a reforzar esta imagen mítica.

2.      Los mitos alpinos
2.1  Lugares míticos
La mayoría de los mitos alpinos “emanan del miedo a esta naturaleza impredecible con la que uno debe vivir”, escribió Alexandre Daguet en 1872 en Tradiciones y leyendas de la Suiza francófona. Por ejemplo, la cima de los Diablerets en el Valais debe su nombre a los malos genios que la habitaban. El sonido de sus juegos con las rocas hizo que las personas que vivían en los valles dijeran que los demonios jugaban a los bolos, de ahí el nombre "Quille du Diable" atribuido a una roca del lugar que se puede ver en el glaciar de Tsanfleuron. Esta enorme roca con forma de torre o bastión colosal sirvió de hecho como objetivo, meta o quilla en los diversos juegos de habilidad o fuerza a los que los demonios reunidos se enfrentaban. Considerado un sitio peligroso y maldito, los Diablerets eran lugares de encuentro de demonios, almas en pena  y todo tipo de espíritus satánicos reunidos.
De ahí que cuando las piedras descendían con gran estrépito de la parte superior de esta gigantesca torre natural, cuando los bloques eran arrojados con demasiado ardor por estos jugadores infernales sobre la gran explanada cubierta de hielo, e iban rebotando de roca en roca hasta los pastos de Anzeindaz o hasta las orillas del pequeño lago de Derborence, los pastores levantaban la vista asustados pensando en las amenazas de estos seres malditos. Temían por sí mismos y por sus rebaños, y se recomendaban a la gracia de Dios: "Que el buen Dios venga a socorrernos y proteja nuestros rebaños".
Es por las noches cuando se les solía ver, equipados con luces pequeñas o linternas, vagando solos o en grupos en el bosque, en los pastos, en los pedregales o en los corredores de las altas montañas. Muchos incluso contaban que a menudo se veía a estos pobres condenados o suicidas descender cerca de Ardon en el cantón de Valais. Se les oía profiriendo espantosos gemidos y sus terribles cuerpos estaban tan cansados de vagar y gatear durante tantos años en aquellas áridas rocas donde tenían que expiar sus crímenes, que muchos de ellos tenían los brazos usados hasta los codos y otros hasta los hombros. Se escucharon estos gemidos y los fuegos resplandecieron de una manera particularmente siniestra antes y durante los dos terribles derrumbes de 1714 y 1740 que cubrieron miles de acres de pastos y causaron la muerte de muchas personas, así como de sus rebaños y que serán la base de una de las novelas más importantes y conocidas de la literatura suiza de expresión francesa “Derborence” (1934), escrita por Charles Ferdinand Ramuz.
El demonio habita en las altas cumbres y a veces, incluso, realiza alguna que otra concesión. Es el caso de la leyenda del “Pont du Diable”, en el paso de Saint-Gothard, otro lugar emblemático de la Suiza francófona. Gracias a la construcción de este puente y de una pista de mulas que permiten el paso a la Garganta del Schöllenen, la ruta de Saint Gothard se convirtió, durante la primera mitad del siglo XIII, en una de las más activas, conectando los centros comerciales del sur y del norte. El aspecto rudo y salvaje del lugar, así como la peligrosidad del paso marcarán a más de un viajero. El puente, de menos de dos metros de ancho, se eleva veinte metros sobre el río Reuss. Aparece en los cuadros de los pintores románticos más conocidos, como es el caso de William Turner, pero también en la literatura de viajes “Voyage de la Suisse” de M. Scheuchzer (1706) e “Impressions de voyage en Suisse” (1834) de Alexandre Dumas. La tradición a la que debe su nombre es quizás una de las más curiosas de toda Suiza:
Cuando los habitantes expresan el deseo de construir un nuevo puente de piedra, un extranjero les ofrece sus servicios. Como pago, les reclama la vida de la primera alma que cruzará el puente. Después de tres días, se envía una cabra para cruzar. Furioso, el Diablo trata de lanzar una piedra para destruir el edificio, pero fracasa en su objetivo. La "Piedra del Diablo" termina en las gargantas debajo de Göschenen, donde aún se puede ver.
Otro de los lugares que más obsesionó la imaginación de los lugareños es el Monte Pilato. Es el tema de muchas leyendas y mitos en Suiza – aunque la legenda es conocida internacionalmente: recogida por el autor escocés Walter Scott en su obra Charles Le Teméraire (1835) o por el autor francés Charles Buet, La légende du mont Pilate et autre contes. El Monte Pilato es responsable de los desastres climáticos, residencia de un dragón, tierra natal de un gigante y tumba de un gobernador. Pilato es uno de los lugares más cautivadores de la Suiza Central. Y uno de los más bellos. En un día claro, se puede admirar un panorama de 73 picos alpinos.
Se dice que una piedra de dragón cayó del cielo en 1420, que el gobernador romano Poncio Pilato está enterrado en el lago Pilatus y que un hombre petrificado monta guardia frente a una cueva. El macizo de Pilatos, que domina toda la región desde su altura de 2132 metros sobre el nivel del mar, indudablemente estimula la imaginación.
2.2. Fiestas y tradiciones populares
La figura del diablo aparece también en fiestas y tradiciones populares de la suiza más primitiva. En Lötschental, cantón de Valais, entre el 3 de febrero y el Miércoles de Ceniza, los aldeanos caminan por las calles disfrazados como personajes de carnaval (llamados "Tchäggättä"). Para ello usan máscaras de madera terroríficas y túnicas de piel de cabra o de oveja. El escritor Maurice Chappaz, dedicó una de sus obras al “Löstschental secret” (1975). En un Valais entregado como pasto para los “maquereaux des cimes blanches”, el Lötschental se le aparece como “l’arche dans l’arche”, "un pauvre paradis perdu", cuyas figuras enmascaradas conservan la frágil huella. Bajo su pluma, los Tschäggättä se convierten en la encarnación de los antepasados, “les enfouis”, con quienes los vivos comunican el tiempo de un festival, aspirados a los orígenes hasta la pareja primordial: “Eve a deviné les masques, Adam se les est appropriés”. Así permanecen, los vivos, integrados “dans le perpétuel engendrement de la nature”, “cet acte de la semence, de la pourriture et de la résurrection”. “Dire les origines, c’est se guérir de la mort, repousser le cadavre” y “assurer la continuité des royaumes ruraux minuscules et infinis” (1975: 32 y 36-37). Otra escritora del Valais se inspira también de estas máscaras en su obra. Fue en 1972 cuando Corinna Bille descubrió la región del Lötschental y su carnaval. Se queda inmediatamente fascinada por los Tschäggätä. Aunque estas máscaras aparecen en su trabajo mucho antes de 1972, en obras como Théoda (1944) o en Le Sabot de Vénus (1952). Pero, a partir de esa fecha, no dejará de escribir sobre ellos. Desde Cent Petites Histoires cruelles (1973) hasta Bal double (1980), pasando por la Fraise noire (1976), La Montagne déserte (1978) y las Cent petites Histoires d'amour (1978), estas máscaras vuelven como un leitmotiv. En el cuento (“Le Masque géant”), leemos esta nota: “je l'ai rencontré un jour dans le dernier village avec son grand masque de bois peint en rouge et je vous assure qu'il me plaisait tant que si j'avais pu le faire je me serai bien cachée dans sa cloche pour le suivre presque au sommet des montagnes”[2]. Numerosas son las leyendas y teorías que circulan sobre el origen de las máscaras en madera de Lötschental, pero son solo especulaciones que no se basan en ninguna base científica. Se ha sugerido que las máscaras se remontan a los períodos céltico y germánico y sirven para rendir un culto mágico a la fertilidad y para expulsar a los demonios y al invierno. La costumbre probablemente se remonta solo a unos pocos siglos[3] y es posible que los Tschäggätä hayan evolucionado a partir del personaje del diablo del teatro litúrgico barroco. Chappaz comprendió perfectamente la insolencia de las máscaras y ese lado profundamente subversivo del orden moral y, a veces, incluso del orden en general, un papel que la Iglesia católica ha tratado, siempre en vano, de limitar. En la actualidad, los Tschäggätta, descubiertas por la elite urbana a fines del siglo XIX, se han convertido en un emblema regional utilizado tanto para la representación de una identidad suiza idealizada en Exposiciones nacionales como para la promoción turística de los paisajes alpinos o de las publicidades sobre los ferrocarriles federales.
En Appenzell, el Silvesterklaüse (literalmente: "el Nicolás de la San Silvestre") está, en su mayor parte, cubierto de elementos naturales: musgos, rellenos, ramas, hongos, conos de pino, pegados o cosidos sobre una tela que oculta por completo el cuerpo y la cara. El folclorista y filólogo de Basilea Klaus Meuli, las ve como "personificaciones de los antiguos demonios de la muerte y, sus frondosas formas verdes, una clara expresión de un culto a la vegetación que ya no se percibe conscientemente como tal"[4].
Cuando los habitantes de Lötschental muestran sus máscaras, cuando los habitantes de Appenzell, el día de Año Nuevo, se disfrazan de Klausen y van de casa en casa, cuando los carpinteros de la Engadine ponen en las vigas del techo de sus casas adornos en forma de caballos o cisnes, hacen más que respetar una tradición local. Participan, sin saberlo, en un conjunto de ritos y representaciones que se encuentran en formas comparables, tanto en Gran Bretaña como en Irlanda, Letonia, India o las estepas de Eurasia. Sus gestos perpetúan los de sus ancestros más distantes. Son el último reflejo viviente de lo que fueron los mitos y creencias de los celtas, tomados, asimilados y transformados por las civilizaciones antiguas y luego cristianas.

2.3 Animales míticos/mitológicos
Si existe un animal mitológico, cargado de simbolismo este es, sin duda alguna, el dragón. En nuestra cultura occidental, el dragón se asocia a lo demoniaco, al mal, a la destrucción, a la impiedad. Creados para explicar fenómenos naturales. Es tal vez por este enfoque fantástico que a menudo la frontera entre el mundo real y la fantasía resulta difícil de distinguir. La palabra dragón proviene del griego antiguo “serpiente”.
En la Edad Media, una colonia de dragones se estableció en el cantón de Lucerna. La convivencia no siempre fue armoniosa, como lo demuestra la Crónica de la Confederación Suiza del historiador Petermann Etterlin (1507). En 1273, un dragón con mal aliento aterroriza a los habitantes de la región. Las garras y el aliento fétido de la bestia atormentan al ganado y a los humanos, con una predilección por las niñas. Conocido por sacar fácilmente su espada, el alguacil Winkelried es designado para ir al asalto del rudo animal. Guiado por el olor nauseabundo, Winkelried se enfrenta al dragón en su guarida y le planta una lanza en su garganta. Por desgracia, un chorro de sangre venenosa mortal de la bestia moribunda cae sobre la mano del valiente guerrero, que sucumbirá poco después.
A lo largo de los siglos, otros dragones se establecieron en el cantón de Lucerna. Alguno de ellos tenía con frecuencia mala suerte. En 1421, un campesino presenció la caída de uno de ellos en un prado. Un charco de sangre y una piedra de dragón encontrados en el lugar del choque son testigos del incidente. En 1499, otro animal, sorprendido por la tormenta mientras volaba hacia el Monte Pilatus, cayó en el Reuss. Salió al nivel de Spreuerbrücke, bajo los asombrados ojos de los habitantes de Lucerna.
A partir del siglo XVI, la presencia de dragones se observa en toda la Suiza Central, desde las orillas del Aar hasta el Lago de Lucerna. Los testimonios, confirmados por el descubrimiento de piedras de dragón y fósiles, son validados por notables, historiadores o zoólogos. Las autoridades de Lucerna llegan incluso a prohibir el acceso a ciertas laderas de las montañas, demasiados incidentes. ¡En el siglo XVII, el mismo Isaac Newton se fija como misión descubrir al dragón de los Alpes!
Los dragones que vivían en estas montañas personifican los temores que inspiraban los Alpes y, sobre todo, sus inundaciones. Para el especialista Michel Meurger, las luchas entre dragones y humanos también simbolizan la victoria del progreso y la civilización en una naturaleza, especialmente montañosa, misteriosa e inquietante: “l’histoire du dragon helvetique se confond avec celle de la conquête d’un environnement hostile” (2001: 54). El dragón o vouivre “est un symbole fondateur qui donne sens à nos paysages” nos dice Jacques Baudou (Le monde des livres, 10 juillet 1998). El naturalista suizo Johann Jakob Scheuchzer (1672-1733) nos explica:
Les habitants des Alpes donnent souvent le nom de dragons aux torrents furieux qui descendent des montagnes. Lorsqu’un torrent, dit-il, se précipite des montagnes et roule de gros cailloux, des arbres et d’autres objets, ils disent qu’un dragon a pris son essor (Vincent 1824 : 353-354).
Los dragones desaparecen con la Ilustración, cuyo racionalismo reduce a la bestia a una gran lagartija. Sin embargo siguen estando muy a la moda incluso en nuestros días en Suiza. Exposiciones y libros recientemente publicados así nos lo demuestran. En Vallorbe, al norte de Lausanne, el Musée du fer et du chemin de fer, acaba de inaugurar una exposición de Jean-Pierre Vaufrey titulada “Bestiaire Mythologique”. En ella se presentan esculturas de animales fantásticos y creaturas mitológicas entre los que destacan la Vouivre y el dragón. Existen numerosas publicaciones que recogen historias y legendas sobre estos animales cuyo interés ha pervivido a lo largo de la historia. Entre ellas, destacamos la de Denis Kormann “Mon grand libre de contes et legendes suisses” (2017) que nos ofrece una oda a la naturaleza, aquella que se debe preservar. Ha pasado muchas horas observando cada uno de los lugares míticos que aparecen en su libro con el fin de trasmitir una herencia cultural y natural que debe conservarse.

3.      La razón de estos mitos
Estos mitos y leyendas nos impresionan por el incesante llamamiento a lo maravilloso. Las gentes del lugar necesitaban comprender lo incomprensible, perpetuar la memoria de sus héroes, construir su historia en símbolos. Explicar los caprichos de la naturaleza y sus miedos frente a animales fabulosos. Por ello daban libre albedrío a su imaginación. Sus sueños o sus pesadillas, en otras formas, ¿no continúan de algún modo siendo los nuestros? Estas historias no son ni arcaicas, ni advertencias solo destinadas para las personas de aquella época. La naturaleza de hoy también nos advierte regularmente, recordándonos que somos vulnerables. Además, unir una historia a un lugar permite verlo, observarlo con otros ojos, mostrarlo mayor respeto. Desde el Valais a Graubünden vía Neuchâtel, Berna, Uri o Schwyz, todas las historias están ancladas en lugares bien reconocibles. Las leyendas también estaban allí para articular la geografía, fijar lugares, ponerles nombre.
¿Por qué prevalecen todavía estos mitos y leyendas? Por una parte, su relectura hace que los paisajes recobren un nuevo significado. Una de las cualidades de estos relatos es llamar la atención sobre la belleza del lugar, la utilidad de su salvaguarda. Cualquier conocedor de estas historias se convierte en guardián y responsable de este patrimonio. Por otra parte, estos relatos permiten también que el ser humano se ligue de nuevo a la madre naturaleza, accionando en ella, protegiéndola y conservándola. Este es quizás su principal objetivo.

Bibliografía
Bouquet, Jean-Jacques. Histoire de la Suisse. Presses Universitaires de France, 2007.
Buet, Charles. La légende du mont Pilate. Tours, Maison Alfred Mame et Fils, 1932.
Daguet, Alexandre. Traditions et Legendes de la Suisse romande, Bibliothèque numérique romande, 1873.
Meurger, Michel. Histoire naturelle des dragons, Rennes: Ed. Terre de Brume, 2001.
Pompéi, Christine. Histoires et légendes de Suisse. Ed. Auzou, 2010.
Scott, Walter. Charles Le Temeraire. Paris: Furne, CH Gosselin, Perrotin Eds, V. XXIII, 1835.
Vellas, Christian. Suisse: 26 cantons, 26 légendes. Genève: Ed. Slatkine, 2010.
Vincent Audin, Jean Marie. Guide du voyageur en Suisse, par Richard. Paris: Audin-U. Canel, 1824.

* Comunicación presentada en el I Congreso Internacional de humanidades ambientales: Relatos, mitos y artes para el cambio. Universidad de Alcalá. 3-6 de julio de 2018.



[1] Según el historiador Georges Andrey, esta fiesta nacional que se celebra desde hace algo más de 100 años hace referencia a unos hechos de autenticidad algo dudosa.
[2] En "Le Masque geant", dos niños se esconden en la campana de la gran máscara y son transportados a su hogar, en lo alto del bosque.
[3] La primera mención oficial de este carnaval data de 1860 y proviene del cura Johann Baptist Gibsten que prohibió el tchäggätun y habla de ello como una "terrible costumbre".
[4] F. FUCHS et H. SCHLAPFER, Festbräuche im Appenzellerland, Herisau, Verlag Appenzeller Hefte, 1980 (traducción propia).

sábado, 19 de noviembre de 2016

PAYSAGE ALPIN VS TOURISME : LA DISNEYLANDISATION DES MONTAGNES SUISSES

Résumé
Que reste-t-il aujourd’hui du mythe des Alpes? Où sont-ils passés les paysages arcadiens qui ont tellement fait rêver les lecteurs et lectrices tombés sous le charme de La Nouvelle Héloïse? Il y a, certainement, un antagonisme entre notre civilisation technique, - qui promue la croissance, la mobilité et les loisirs, et la région alpine, domestiquée pour être aujourd’hui rentable et productive. Si les touristes viennent aux Alpes pour découvrir la beauté des paysages (ils veulent absolument ramener chez eux les clichés dont ils rêvent: des chalets proprets garnis de géraniums, des prairies truffées de vaches et d’alpages), pourquoi ce patrimoine paysager est si maltraité? La relation entre l'homme et la montagne est en train de changer ? Cette dernière est-elle passée d’être un élément menaçant à un élément menacé ? Trouver le juste équilibre entre identité et modernité est devenu très complexe en Suisse. Les différents intérêts économiques du tourisme sont presque toujours au-dessus des intérêts de la nature et du paysage, et on risque de transformer les Alpes suisses en un énorme parc d'attraction. Cependant, l'intérêt pour l'image mythique des Alpes est encore très vivant dans la littérature et le cinéma de nos jours. Dans la littérature avec des œuvres telles qu’Estive de Blaise Hofmann ou le Journal d'un berger nomade, du français Pascal Wick. Toutes les deux nous parlent du retour dans le monde du pâturage. Des films récents comme « Belle et Sébastien » ou « Héidi » peuvent également exercer une grande influence sur la façon dont nous percevons cet environnement. Si nous sommes capables de penser à la nature comme quelque chose de vivant, de sentir et de reconnaître notre relation profonde et l'interdépendance avec elle, nous arriverons à provoquer un changement de mentalité. La littérature, le cinéma, tous les arts en général ont la capacité d’émouvoir plus que n’importe quelle donnée scientifique. Ils peuvent dénoncer également la responsabilité que l’être humain a par rapport à la crise écologique. Protéger notre environnement c’est préserver l’avenir de l’humanité.
1.    L’IMAGE DES ALPES DANS LA LITTERATURE D’HIER ET D’AUJOURD’HUI
1.1    La genèse du mythe arcadien des Alpes
C’est le XVIIIe siècle qui « invente » les Alpes. Les œuvres des voyageurs et des écrivains ont un rôle central dans la construction du mythe. Jusqu’alors la montagne était un lieu que le voyageur contournait, un monde habité de peuplades repoussantes, souvent accablées de maladies effrayantes. Les commerçants, qui traversaient les Alpes pour se rendre en Italie, se regroupaient en caravanes, et ils prenaient seulement des sentiers bien balisés. Une partie de cette transformation est due au long processus de recherche qui commence avec les voyages alpins, inaugurant ainsi la phase de "profanation" de la montagne par la connaissance et l'observation scientifique[1]. Ce processus atteint sa plénitude au XVIIIe siècle. Les scientifiques, convertis en courageux grimpeurs, vont gravir et raconter les plus hauts sommets. C’est la dernière étape de cette longue "démystification" de la montagne. Les exploits se produisent dans les Grisons, dans l'Oberland bernois, le Valais et le Mont-Blanc. Les nouvelles habitudes de navigation changent complètement la perception que les voyageurs avaient des Alpes. L'initiateur a été le grand érudit Johann Jakob Scheuchzer, père de la paléontologie et de la paléobotanique, et auteur de nombreuses publications entre 1700 et 1723, connues sous le titre générique d’Alpine Itinera. Mais ce fut le poème "Die Alpen", d’Albrecht von Haller, publié en 1731 et rapidement traduit dans les plus grandes langues européennes, qui donna le branle d’une nouvelle vision, positive et poétique, de la montagne et de ses habitants. C’est lui qui décrit la figure du bon sauvage helvétique autochtone, homme vivant encore comme aux origines : « Disciples de la nature, vous connaissez encore un âge d’Or » (De Haller 1995 : 12). Cet âge d’or qu’Haller évoquera n’existait à l’époque que dans son esprit, mais cela n’en marquera pas moins le début du mythe alpin qui demeurera jusqu’à nos jours. La vie simple et pénible, mais saine, menée en harmonie avec la nature, la chance de vivre au sein de sa famille, la liberté des montagnes furent opposées aux mœurs décadentes des grandes villes et des cours. Les lecteurs, familiarisés par les paysages ordonnés de jardins à la française, découvrent dans ses poèmes les vallées pleines de fleurs, de forêts, de cascades et de lacs. Et bien que certains versets soient dédiés aux glaciers, Haller, ne décrit ni les hauteurs, ni les précipices, ni les hauts sommets : ils sont toujours considérés comme des lieux inhospitaliers (topos horribilis). La montagne qu’il décrit est surtout la moyenne montagne, les Préalpes (vus par les voyageurs anglais comme un nouvel Eden), qui vont fournir le terrain à la construction du mythe Suisse.
Après les scientifiques et les artistes, c’est le tour des écrivains, qui inspirés par le mouvement romantique, décident de faire l'éloge de la beauté de la montagne. La publication de la Nouvelle Héloïse en 1761, marque une nouvelle étape. C’est Jean-Jacques Rousseau qui fit entrer les Alpes dans la littérature. Le véritable moment mythologique qui a contribué à répandre en Europe l’attrait du voyage dans les Alpes durant le dernier tiers du XVIIIe siècle est la célèbre «lettre sur le Valais» (Julie ou La Nouvelle Héloïse, lettre XXIII, 1re partie), dans laquelle Saint Preux raconte son excursion dans les montagnes du Valais. Il s’agit, évidemment, d’un type de paysage idyllique, on est encore loin d’une connaissance réelle de la montagne. D’ailleurs, « la haute montagne, âpre, rude, inhumaine ne pouvait plaire à Rousseau. Elle n’accueille pas le voyageur. Indifférente à l’homme, elle ne peut charmer celui qui ne cherche pas à la comprendre, à l’aimer pour elle-même, et non pour soi » (Engel 1930 :3). Rousseau dresse également un tableau idyllique des paysans du Haut-Valais : un peuple égalitaire et hospitalier qui « vit pour vivre, non pour gagner ni pour briller » (Rousseau 2002 : 133). Cette œuvre devient à son tour une source d'inspiration pour d'autres poètes qui viennent en Suisse attirés par les beaux écrits de Rousseau, pleins de belles descriptions de paysages alpins. Le voyage aux Alpes devient une mode et une thérapie pour le corps et l'âme, et sa fascination pour la montagne se transforme, par la suite, en véritable passion. Les premiers aménagements de loisirs sont intimement liés aux représentations positives qu’en donnent des générations de peintres et d’écrivains, suivis par les premiers « touristes ». La Suisse profite de cet enthousiasme et organise une authentique industrie du souvenir, qui accueille de nombreux voyageurs en tant que clients, la plus grande partie ce sont des britanniques et de français, dont la destination finale est l'Italie. Voici comment les Alpes deviennent une nouvel Arcadie au XVIIIe siècle.
Cette idée de paradis arcadien va se consolider un siècle plus tard avec la publication du roman de Johanna Spyri, Heidi (1880). Cette œuvre représente la nature intacte des Alpes suisses avec toutes ses prairies, ses montagnes et ses paysages idylliques. On sent l’influence du romantisme: la montagne de Johanna Spyri recèle toujours un âge d’or non corrompu par la modernité. Cependant, cette image idéalisée, également encouragé par des poèmes et des chansons, ignore la réalité historique et les changements apportés par l’ouverture à l’industrie et au tourisme de masse. La fin du XIXe siècle impose une nouvelle image des Alpes. Les paysages alpins commencent à subir de grandes transformations à cause de l’essor du tourisme : les nouveaux hôtels et les chemins de fer de montagne sont critiqués par des personnalités du monde littéraire qui vont  s'insurgeaient contre l'invasion de réclames publicitaires, la démolition de bâtiments historiques et la modernisation des vieilles villes. Toute modification paysagère sera dénoncée de la fin du XIXe siècle et même jusqu’à nos jours.

1.2  La littérature au service de l’environnement : vision écocritique des Alpes
Sans vouloir être exhaustif, voici quelques auteurs suisses romands qui ont dévoilé à travers leurs écrits les problèmes que le tourisme et ses infrastructures ont provoqués dans les paysages autochtones de leurs cantons. Nous commencerons ce parcours par l’écrivain Edouard Rod (1857-1910), vaudois installé à Paris qui condamne dans son roman Là-haut (1897) la dégradation du paysage alpin du Valais à la fin du XIXe siècle. Il anticipe les préoccupations environnementales dues au changement et à la destruction des modes de vie ancestraux. Le protagoniste du roman, Julien Sterny, est un parisien d’origine suisse qui retrouve son pays après un scandale qui l’éloigne de la capitale française. Suivant les conseils d’un ami, il arrive à Vallanches, un petit village situé dans la région de Martigny, éloigné des circuits touristiques. Ses habitants vivent en harmonie avec la nature et de ses quelques vacanciers, des habitués de cet endroit plein de charme. Jusqu’à l’arrivée de M. de Rarogne, un promoteur immobilier et les constructeurs du chemin de fer. Tout est bousculé dans ce vieux village : nombreux sont ceux qui veulent profiter du progrès et se laissent convaincre par l’argent facile. Des personnages pittoresques défilent dans ce cadre idyllique, des histoires d’amour se nouent, des querelles naissent, mais la solidarité renaît face à l’adversité. C’est un récit quasi prophétique sur l’évolution du tourisme en Valais : les descriptions des paysages magnifiques, des conditions dures de cette vie paysanne et des gens de la montagne, tentés par l’argent facile, sont d’une actualité saisissante : « Ceux qui verraient clair dans ce mystère gagneraient plus d’argent en deux ou trois ans […] que leurs pères n’en avaient économisé en six générations de travail et d’économie » (70). La haut-montagne commence à être rentabilisé par le tourisme : on devient hôtelier, guide, transporteur. Les Alpes cessent d’être un monde de terreurs et de désintérêt pour devenir un gagne-pain et, petit à petit, la physionomie si caractéristique des villages suisses disparait :
Hélas ! le temps n'est pas loin où l’on ne verra plus de « villages suisses » que dans les expositions, comme on ne voit déjà presque plus de meubles anciens que dans les musées ou chez les antiquaires. La création de ces « stations », qu'une publicité bien entendue met aussitôt à la mode, est suivie, à bref délai, de la construction de chemins de fer, et l’on sait les montagnes illustres dont les sommets ne sont plus que des gares (Rod 1901 : 419)

Pour préserver les paysages et les beautés éternelles de la montagne, il faudrait leur épargner les agressions de l’homme et de la technologie : Mais je ne puis m'empêcher de songer ici à cette définition de l'Homme, dont la vérité s'impose : «... un petit animal industrieux, qui excelle à utiliser tout ce qu'il y a dans la création pour en gâter la beauté tout en détruisant le bonheur de sa propre vie.. » (Rod 1901 : 423).
Edouard Rod jouera un rôle très important à Paris en tant que parrain littéraire d’autres auteurs suisses venus chercher fortune à la capitale française. Parmi eux, l’écrivain vaudois C.F. Ramuz (1878-1947). En tant que témoin de fortes transformations des paysages alpins, ce jeune écrivain montre également son soutien aux mouvements de protection de la nature qui font leur apparition au début du XXe siècle, en s’attaquant très fortement à l'industrie du tourisme et aux hôteliers :
Il y a déjà assez en Suisse de ces aventuriers qui font fortune en attirant chez nous nos voisins dont ils vident les poches. Il me tarde de voir les Alpes purgés de ces fantoches embarrassants, armés de piolets, accompagnés d’une bande de miss en jupes courtes et d’une caravane de guides. Il me tarde de voir la Suisse rendue à ses habitants, à ses citoyens. Il me tarde de voir disparaitre le cosmopolitisme qui, non content de détruire chez nous les vieilles mœurs et les vieilles coutumes, tend chaque jour à dégrader notre peuple jusqu’ici si probe. Je voudrais voir en une seule nuit tous les hôtels détruits. Les hôteliers, on en fera des manœuvres, des ouvriers, des artisans. Ils seraient alors plus utiles à la Suisse, ils travailleraient à sa prospérité, au lieu de travailler à sa ruine, à sa perdition peut-être (Ramuz 1968 : 10).

Ce texte rejoint le mouvement précurseur de l’écologie[2] qui conduira à la création du Heimastschutz (Ligue pour la conservation de la Suisse Pittoresque)[3], en 1905. En dénonçant l'utilitarisme dominant et la banalisation du paysage, Ramuz précise :
On vient visiter le lac, les montagnes, les glaciers, tels qu’ils sont représentés dans le livre.[4] Et celui qui est venu, une fois rentré chez lui, dit à ses amis : ‘Allez voir comme c’est beau’. C’est pourquoi les étrangers deviennent toujours plus nombreux, jusqu’au jour des chemins de fer (Ramuz 1967 :186).

Le flux de plus en plus dense des touristes venant séjourner en Suisse contribue fortement à la création des lignes de chemin de fer à crémaillère. Elles constituent une des attractions principales pour les touristes qui pouvaient de cette manière satisfaire leur besoin de retour à une nature encore inviolée. L’une de ces lignes va susciter un grand débat national : la construction d’un funiculaire électrique entre le village de Zermatt et le sommet du Mont Cervin en 1907.
La Ligue pour la conservation de la Suisse Pittoresque et le Club alpin suisse vont se mobiliser contre ce projet, notamment au travers de pétitions lancées dans toute la Suisse. On écrit même une pièce de théâtre intitulée «Le Cervin se défend!» du Fribourgeois Auguste Schorderet[5]. De manière générale, on accuse les promoteurs de vouloir défigurer un symbole de l’identité helvétique, à savoir la montagne, au profit de riches industriels et des touristes.
On commence à se préoccuper en Suisse, au point de vue de la protection des sites naturels, de l’envahissement exagéré des chemins de fer de montagne. Une pétition lancée par la Société pour la sauvegarde du pittoresque et par le Club alpin suisse contre le projet d’un chemin de fer au Cervin vient être remise au Conseil Fédéral, revêtue de 68.000 signatures (Cf. La Suisse au XIX siècle, T.III, ‘La Montagne Suisse’, par E. Rod).
Autre front ouvert contre la destruction des paysages alpins est celui des ressources hydrauliques. Eduard Rod introduisait poétiquement le thème en 1901 en décrivant les débuts d’une nouvelle industrie : « Elle se glisse sur le pas d’un personnage très ‘fin de siècle’, colporteur d’une nouvelle espèce, mercanti fantastique, spéculateur imperturbable et matois : le marchand de cascades » (Rod 1901 : 421). Mais c’est Maurice Chappaz, le poète valaisan, qui va faire prendre conscience aux Valaisans à partir des années 1950, que les Alpes sont plus  qu’une simple ressource économique à surexploiter, et doivent être protégées et respectées. Chappaz a été le premier écrivain qui a osé dénoncer dans Le Match Valais - Judée (1968) et surtout dans Les Maquereaux des cimes blanches (1976) les conséquences du progrès à court terme :
On a pu exploiter, d’une façon effrénée les ressources naturelles d’un pays. Et le Valais était un morceau de choix, un morceau de rois pour les spéculateurs.[6]
Face aux dommages causés par le tourisme, le pillage des terres et la spéculation immobilière, Chappaz, le poète qui chantait auparavant la beauté des Alpes, se sent dans l’obligation d'exprimer son dégoût et sa douleur. Angoissé parce qu’il sent la catastrophe, « sous ses yeux, un certain Valais meurt, transformé sans pudeurs ni mesure »[7], il devient un écrivain engagé. Ses poèmes abandonnent les étagères de la bibliothèque pour s’unir aux problèmes de la société, Chappaz va dire ce qu'il pense. Mais ce n’est pas cela la véritable mission d’un poète ? D’après lui, le poète remplit une fonction nécessaire : « Il est le témoin du cœur. Contre le mensonge des robots et des trafiquants »[8]. Sa prose donc devient une arme au service de son combat pour préserver la montagne des appétits des hommes et de leur bétonnage irréfléchi.
Chappaz va donc secouer la société valaisanne, le monde politique et économique de l'époque, et surtout, il va se battre pour préserver le paysage qu’il affectionne autant. Ce qui était autrefois un acte de célébration devient un acte de résistance, une plainte amère comme nécessaire. Ceci peut être vu dans le texte qui accompagne la deuxième édition de Les Maquereaux des cimes blanches, dont le titre est déjà très révélateur La Haine du passé (1984) :
Chez nous la mise aux enchères des montagnes et des névés à coups de députés n'en finit pas. Et que je te balance un câble! Et que je t'enfonce mes trax! Et que j'évapore le Rhône et que je te rescie une forêt! [...] En images d'Epinal, en dessins animés je raconte une fin du monde. Ce que l'on a construit dans tous les coins c'est une Tour de Babel en mille morceaux (Chappaz 1994 : 27-28).
Une relation d'amour et de haine s’établit par la suite entre le poète et les habitants du Valais. Les écrits de Chappaz provoqueront des réactions adverses parmi la population locale. D'une part, l'indignation de la bonne société valaisanne qui participe, à l’époque, activement dans la folie touristique des années 60 et 70. D’autre part, le soutien inconditionnel de ceux qui s’identifient pleinement à sa cause, et trouvent dans ses mots le courage nécessaire pour protester contre la construction de villes dans les montagnes.
La conscience environnementale a parcouru un long chemin dans le Valais, grâce en partie à l'héritage laissé par ce poète. Le point de vue de Chappaz au sujet de la nature a toujours été clair, la louange et l'écologie. Il a toujours été en faveur de la protection du patrimoine naturel et contre la destruction et la domination. Cependant, les Alpes ont énormément évolué depuis les années 1970 et, malheureusement, pas toujours dans le bon sens… La diversité culturelle et la variété du patrimoine rural qui font leur richesse continuent d’être laminées dans l’indifférence. Quel sera l’avenir du massif et de ses populations?
Aujourd’hui, face aux problèmes qui concernent l’ensemble de la chaîne (changement climatique, pollution croissante des vallées, surcharge touristique, zones en déclin, extension de voies rapides et des zones construites, transports, etc.,) les Alpes essaient de se réorganiser ; certaines associations pour la sauvegarde de la mémoire culturelle des Alpes et pour sa protection se sont créées (Pro Vita Alpina[9], L'initiative des Alpes[10]), d’autres s’attachent à développer une agriculture « labellisée », les régions coopèrent ignorant les frontières, les différents États ont signé en 1991 avec l’UE une convention sur la protection d’un patrimoine considéré vital pour l’Europe : La Convention alpine, qui considère le massif comme le dernier domaine, en Europe, doté d’une nature encore naturelle. À ce titre les Alpes font l’objet de mesures de protection particulières. Mais, sont-elles suffisantes ?
L’environnement naturel alpin est menacé et il est urgent de prendre des mesures pour le protéger. Le débat sur le suréquipement touristique et la défiguration du paysage est indispensable aujourd’hui, surtout lorsqu’on continue à vendre la montagne sur des images de nature inviolée ! Le développement dit durable est-il un objectif pour les aménageurs ? Si la tendance continue l‘impact qu’aura l’évolution de l’économie des loisirs et du tourisme sur la nature et le paysage des Alpes devrait être bien plus important que les altérations naturelles découlant, par exemple, du changement climatique.
Cette problématique de l’expansion du tourisme y est traitée sous un angle très intéressant dans le récit Estive de l’écrivain suisse Blaise Hoffmann en 2007. Estive est la chronique d’un été passé en tant que berger dans les Préalpes vaudoises. Hoffmann va se confronter seul à l’immensité de cet espace sauvage pour évoquer la beauté des montagnes, mais aussi ses laideurs, en interpellant la dysneylandisation des Alpes. Il distille aussi des réflexions, souvent ironiques, sur la montagne et sa mythologie, ou ce qu'elle est devenue, à Leysin,[11] par exemple :
Leysin, station fun, propose escalade, canyoning, mountain bike,    randonnée, promenade à dos de mulet, rafting, pêche en rivière, piscine, tennis, hockey, karting sur glace, raquettes, squash, aérobic, parapente, via ferrata, héliski, cheval, poney, ping-pong, football, beach-volley, parcours vita, minigolf, musculation, aquagym, tir au pigeon d’argile, parc à biche, quad, télécabines, télésièges, téléskis, freestyle park, halfpipe et superpipe. À la Hiking Sheep Bergerie backpacker, le lit en dortoirs coûte trente francs (161).

Bien évidemment, toutes ces activités proposées par l’industrie du tourisme « compense[nt]  l’exode rural du siècle dernier, repeuple[nt] la montagne, la rend plus viable, plus tenable, plus rentable » (161). Et aux paysans qui pleurnichent maintenant, l’auteur leur rappelle: « Qui a vendu les terrains où se construisent les complexes touristiques ? » (162). La critique politique n’est pas loin et quand Hofmann se laisse emporter, cela devient vite assez saignant, rejoignant ainsi les propos d’un Maurice Chappaz qui rappelait « la grande vente du Valais »:
Tous au village ont récupéré à leur compte le mythe alpin. Les autochtones, en vendant leurs produits avec une plus-value de tradition. Les acteurs touristiques, en exploitant la virginité illusoire des Alpes pour vendre des nuitées. Les patriotes, en faisant des Alpes une référence inaltérable au pacte initial. Les écologistes, en défendant l’idée d’un terrain fragile et riche qu’il faut préserver de toute intrusion moderne (163).

Il fonce encore plus loin et il demande la démythification complète des Alpes : « Il est temps de décoloniser les montagnes de leurs chimères, de se défaire des illusions qui constituent notre suissitude, cet objet de marketing » (163), mettant en cause le grand récit identitaire suisse : « Il n’y a rien dans les Alpes d’essentiel. C’est du relief qui traverse l’Europe en se foutant des frontières » (163). Hofmann jette un regard plein d’ironie et de désillusion sur ce qui est devenu les Alpes et nous montre le vrai visage de la montagne : « La montagne se théâtralise. Les Alpes sont le terrain de jeu de l’Europe. Elles se regardent au travers d’une fenêtre que l’on ouvre et referme » (118). La montagne est devenue une simple distraction, un décor, un espace où les touristes viennent s’amuser.


2.    L’ARRIVEE DU TOURISME DE MASSE ET L’AMENAGEMENT DU PAYSAGE
2.1 La littérature et le cinéma face à la protection du paysage
« Il n'est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir »
Parmi les plus grands défenseurs du paysage dans la littérature suisse du XXe siècle se trouvent C. F. Ramuz, Corinna Bille et Maurice Chappaz. L'univers alpin, avec sa vaste montagne, sera le cœur de pompage et d'alimentation de sa création littéraire. Étudier leurs œuvres à partir d'une perspective écocritique est une tâche gratifiante pour mieux comprendre la crise mondiale à laquelle nous sommes confrontés en ce moment. Cette crise ne résulte pas d'un mauvais fonctionnement de l'écosystème, mais d’un fonctionnement néfaste de notre système éthique. Si nous voulons la surmonter, nous devons comprendre l'impact que l'homme a sur la nature, comprendre ces systèmes éthiques et en faire un bon usage de la compréhension pour les réformer. La littérature est-elle capable de modeler de nouvelles manières d’habiter le monde ? Comme indiqué Donald Worster: « Les historiens, les spécialistes de la littérature, les anthropologues et les philosophes ne peuvent pas faire la réforme, mais ils peuvent aider à la compréhension » (1993 : 27).
Dans le cinéma, le paysage est justement cet élément donné pour acquis alors qu'il frappe notre regard le plus souvent par sa magnificence et sa solennité. Cependant, il peut jouer deux rôles bien antagonistes par rapport à l’environnement. Tout d’abord, il peut aider à ouvrir à une réflexion anthropologique sur la place de l’homme dans son environnement. En effet, lorsque nous regardons un film nous permettons à nos émotions de rendre simplement compte de notre émerveillement : face à un espace naturel, comme celui des Alpes, nous avons tendance à nous sentir bien petit face à la grandeur de la montagne. Nous ne pouvons pas nier que le "septième art" a également un énorme pouvoir de persuasion sur les causes environnementales et écologiques. Le cinéma n'a pas seulement mis en contact l'homme avec la nature, les paysages exotiques et la nature documentaire, mais a également été, et il est toujours, de temps en temps, militant actif dans la lutte pour la protection de l'environnement. Mais montrer sur le grand écran ces paysages idylliques a également des conséquences négatives sur leur propre territoire car il peut provoquer un « effet d’appel » du tourisme de masse. En ce sens, il existe de nombreux exemples de films qui ont contribué à l'augmentation des visites touristiques, nous pensons notamment à la trilogie de Le Seigneur des anneaux ou à sa suite Le Hobbit et la découverte des paysages de la Nouvelle Zélande. Cette augmentation du tourisme pour découvrir les décors naturels d’un film, phénomène connu sous le nom de movie tourism, provoque un impact économique, culturel, mais aussi environnemental qui peut conduire à une dégradation de l’espace naturel dans lequel le film et les zones proches ont été filmé, si cela n’est pas bien géré.
En Suisse, nous trouvons un bon exemple du développement touristique avec l’histoire de Heidi. L’héroïne et son histoire sont devenues un symbole de la manière dont les gens du monde entier perçoivent la Suisse. Heidi évoque surtout de belles montagnes et de beaux paysages alpins et une vie épargnée par les soucis urbains. Mais c’est le dessin animé d’Hayao Miyazaki, produit en 1974, qui a séduit des générations entières de touristes japonais, venus en Suisse pour voir le vrai pays d’Heidi. Le dessin animé a été diffusé à la télévision partout dans le monde et il est devenu culte dans d’autres pays. Selon Hans-Jörg Müntener, directeur de l’office du tourisme de Maienfeld, le village où se déroule l’histoire d’Heidi, plus de 100'000 visiteurs se pressent chaque année pour un pèlerinage sur les terres de la petite orpheline, générant des retombées de l’ordre de 5 millions de francs pour la région. Près de la moitié des visiteurs viennent d’Asie et les touristes en provenance du Golfe se font de plus en plus nombreux depuis trois ans.
Un dernier long-métrage sur Heidi a été filmé récemment dans les Grisons en 2014. Distribué par la compagnie Disney (comment pourrait-il en être autrement ?), sa sortie dans les salles suisses a été un grand succès, du point de vue économique, culturel, touriste…. et environnemental ? Le temps nous le confirmera… !

2.2 La Disneylandisation des Alpes
L’hypothèse d'une Disneylandisation progressive de la montagne est formulée pour la première fois vers les années 1990. Bernard Crettaz, le célèbre sociologue et ethnologue suisse, fait scandale à l'époque avec son film « L’Adieux aux Alpes » et sa publication Au-delà du Disneyland alpin, où il oppose la représentation des Alpes comme espace présumé pur, sauvage et intact dans sa primitivité à la fabrication des multiples parcs d'altitude, sous la forme de Disneylands. On est obligé à admettre les nombreuses mutations que la montagne et le monde montagnard ont subies, bricolant sans cesse du moderne et de l'archaïque authentique. Les causes : une urbanisation générale, une « turistification » totale et une grande médiatisation.
Mais qu’est-ce que c’est exactement le Disneyland alpin ? C’est un mélange entre le n’importe quoi de ce qu’il appelle « la folle montagne », expression ultime des Alpes terrain de jeu et le contraire sage du n’importe quoi, le côté modèle des Alpes mesurées, équilibrées qui ressemblent aux images de la montagne de toujours.
Bernard Crettaz s’interroge également sur le rôle qu’on a laissé à la culture en général et à celle des Alpes en particulier, car « nous assistons à des formes d’expression qui ne constituent plus des enjeux mais relèvent du seul divertissement ». Du même avis est le philosophe Yves Michaud qui explique qu'après deux siècles de sacralisation culturelle, nous sommes arrivés à un tournant considérable : celui du divertissement culturel, dont le tourisme est l'une des conséquences. Le touriste n’a pas une bonne presse dans le milieu culturel : il est souvent caricaturé et perçu comme un destructeur qui use et détruit les monuments qu’il visite, génère des équipements coûteux, pollue et ne comprend pas ce qu’il voit. C’est ce que le philosophe Yves Michaud appelle « l’envahisseur qui paye » (2006 : 29). Le touriste qui visite les Alpes va à la recherche d’une identité, bien sûr. Mais laquelle ? Cela débouche presque toujours sur la fabrication de stéréotypes qui finissent par être plus vrais que la réalité. Le tourisme stimule donc une production plus ou moins authentique de culture. Il permet même de réinventer les identités : « Les stéréotypes ont parfois des effets inattendus. Cela permet de redécouvrir ou de réinventer une identité. Car il ne faut pas oublier l’importance du regard de l’autre dans la formation des identités » (2005).
Un exemple plus précis serait le projet envisagé dans le village de Heidi ou Heidiland. Le roman de Johanna Spyri, traduit depuis plus de 40 ans et publiée à plus de 20 millions d'exemplaires, a donné naissance il y a quelques années à cette petite folie touristique. Ils ont récrée un monde romantique et alpin, entre Bad Ragaz et Coire. Et voici comment on vend la visite de ce célèbre village dans une page touristique suisse :
Dans le village de Heidi, les visiteurs peuvent revivre l'histoire de la joyeuse petite orpheline proche de la nature dans les lieux mêmes qui l'ont inspirée et se plonger dans l'époque à laquelle elle a été créée. Le chemin de Heidi mène à la maison de Heidi et à l‘alpage de Heidi à travers des paysages idylliques.

Des paysages idylliques ? Il résulte difficile à y croire d’après les propos de Alain Gsponer, metteur en scène du dernier film qui vient d’être présenté sur cette héroïne : «Il a été très difficile de trouver le lieu adéquat, explique encore Alain Gsponer. Aujourd’hui, il n’existe plus un alpage qui ne soit pas électrifié, plus un champ sans pylône. C’est finalement autour du village de Bad Ragaz que nous avons tourné les scènes de montagne, en faisant disparaître, ensuite, sur la pellicule, les éléments parasites ». Mais ce n’est pas tout, car il existe même un projet de parc d'attractions sur le thème de Heidi combinant manèges et nature. En effet, des représentants de Heidiland et du «village de Heidi», ainsi que les remontées mécaniques de Grüsch-Danusa, se sont rencontrés de manière informelle pour un échange d’idées.
Est-ce que le patrimoine culturel des Alpes est devenu un simple et passionnant divertissement touristique ? Si on revient sur les propos de Bernard Crettaz, on doit constater que, trente ans plus tard, ce qu’il vaticinait est devenu une réalité : jouer, s’amuser, consommer. Voici le lien qu’on a aujourd’hui avec le patrimoine, car « tout ce qui a fait votre vie revient comme un grand jeu à l’ancienne : vieilles maisons, vieux outils, vieilles fêtes, vieux rituels, vieux récits, vieilles légendes… Et si l’on n’a pas de vrai vieux, on fabrique du faux vieux qu’on mélange avec tout et n’importe quoi. […] tout est bon pour jouer un moment avec un passé-amusette ! (1994 : 16)

CONCLUSION
D’après l’ONG WWF, près de 120 millions de personnes visitent chaque année les Alpes. Il est grand temps de prendre de mesures pour un développement du tourisme plus responsable, en particulier du tourisme de masse, qui a contribué notablement à la destruction du paysage alpin ces dernières années. L’urbanisation, la construction d’infrastructures (routes, remontées mécaniques, parkings, etc.), le trafic routier et les activités de loisirs peu respectueuses de la nature font disparaître de précieux paysages naturels et culturels et avec eux, la faune et la flore qu’ils hébergent, mais aussi la propre culture de la montagne. Le cœur d’un village cesse de battre lorsqu’il est saturé des constructions qui évoquent d’avantages les banlieues des villes que les sites agrestes.
Les touristes, dans la plus grande majorité, demandent en plus des équipements sportifs tout ce qui peut les rassurer confort et distractions : boutiques, cafés, garages, parcs, parkings, self-services, etc. La ville à la montagne mais avec des illusions de village ! Nous disposons donc aujourd’hui, dans la haute montagne suisse, de toutes les modernités souhaitables et, également, de ce retour à l’ancien. Et puis, le métissage, le mélange entre les deux, le « n’importe quoi » dont le sociologue Bernard Crettaz nous en parlait avant. Evidemment, ce mélange de modernité et d’ancien peut provoquer des conflits entre ceux qui regrettent l’ancienne montagne, l’ancien mythe de la montagne primitive, et ceux qui veulent la développer : les promoteurs. De nos jours, il y a toujours en montagne des conflits, des cassures, des déchirements qui provoquent parfois du désordre. Mais on doit trouver le juste milieu : réintégrer le retour du vieux, de la nostalgie perdue avec les éléments technologiques nouveaux ; réintégrer les réserves naturelles, les sites écologiques et les zones protégées ; réintégrer les grandes expositions venues du monde entier et les festivals de toutes sortes qui sont devenus les nouvelles fêtes alpestres. Car, si nous ne prenons pas garde, les Alpes suisses vont s’apparenter de plus en plus à un univers artificiellement mis en scène, où l’on fera de la nature un simple bien de consommation et de la haute montagne un simple parc d’attractions. Jusqu'où peut-on réaménager les montagnes pour le tourisme sans toutefois les dénaturer ?


BIBLIOGRAPHIE
De Haller, Albrecht (1995) Les Alpes. Genève : Ed. Zoé. Coll. Mini-Zoé.
Chappaz, Maurice (1994) Les Maquereaux des cimes blanches. Carouge : Editions Zoé.
Crettaz, Bernard (1994) Au-delà du Disneyland alpin. Ivrea : Priuli&Verluca (Eds).
Engel, Claire-Eliane (1930) La Littérature alpestre en France et en Anglèterre aux XVIIIè et XIXè siècles. Chambéry : Librairie Dardel.
Hofmann, Blaise (2007) Estive. Genève : Ed. Zoé.
Michaud, Yves « Au-delà des défis du tourisme culturel », La Revue Nouvelle, n° 1-2 / janvier-février, 2006, pp 22-32.
--,  « Il ne faut pas oublier que le touriste, c'est toujours l'autre... », Le Monde, 11 aout 2005.
Ramuz, C.F. (1967) Les circonstances de la vie in Œuvres Complètes. Lausanne : Ed. Rencontre. T. II.
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Rod, Edouard (1897) Là-Haut. Bibliothèque Numérique Romande : Les Bourlapapey. www.ebook-bnr.com
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Roure, Benjamin, de Roux, Emmanuel, « Le tourisme contre la culture ? », Le Monde, 11 août 2005, p. 13 et 18.
Rousseau, Jean-Jacques (2002) La Nouvelle Héloïse. Paris : Gallimard. Coll : Livre de poche.
Stucki Erwin, Rognon Pierre (1998) La vallée des Ormonts face aux changements climatiques et aux catastrophes naturelles. Georg éditeur.
Worster, Donald, The Wealth of Nature : Envirommental History and the Transition to a logical Imagination. New York : Oxford University Press.

Communication présentée lors de la Journée d'Études "Crise écologique et ré-création artistiques", célébrée à l'Université de Savoie Mont-Blanc le 18 novembre 2016.




[1] L'historien suisse Aegidius Tschudi a écrit en 1538 le premier Traité sur la géographie de l'Alpes Rhétiques ; ou Jost Murer la première gravure en bois de la carte du canton de Zurich en 1566.
[2] La mise en évidence des dangers encourus par l’environnement ne débouche pas encore sur une véritable attitude écologique au sens actuel du terme, mais plutôt sur le réveil d’une nostalgie de l’harmonie, d’ordre fondamentalement esthétique.
[3] En 1905, l’association du Heimatschutz (Ligue pour la conservation de la Suisse pittoresque) voit le jour sur le modèle allemand de 1904, ainsi que la Ligue pour la Protection de la Nature quelques années plus tard, en 1909, dont l’objectif est la protection des paysages suisses face aux absurdités du modernisme. La nature et tout particulièrement les Alpes occuperont une place centrale par la fonction identitaire qu'elles représentent pour la Suisse.
[4] pivert-de senancour, E. (1804) Oberman. Paris: Flamarion (2003).
[5] Elle met en scène un entrepreneur américain et un ingénieur français qui désirent construire un chemin de fer au Cervin. Mais en essayant d’escalader le sommet, l’ingénieur chute mortellement en raison de son inexpérience du milieu alpin. Morale de la pièce écrite par ce journaliste qui a travaillé à La Gazette de Lausanne: ne touchez pas aux symboles suisses!
[6] Entretien réalisé à M. Chappaz en 1977. On peut l’écouter: http://www.swissinfo.ch/fre/multimedia/video.html?siteSect=15045&ne_id=10208679&type=real
[7] Le Confédéré, mardi 13 avril 1976. Article: “Le cri du poète qui dérange”, par M. J. Luisier.
[8] Le Confédéré, mardi 9 mars 1976. Article : “Exclusif! Maurice Chappaz parle de son livre: Les Maquereaux des cimes blanches », par M. J. Luisier.
[9] Le réseau Pro Vita Alpina est une association pour le développement culturel, social, écologique et économique des Alpes. Fondé en 1972 comme groupe de travail suisse, il devint en 1989 un réseau international regroupant tous les pays alpins d’Autriche, d’Italie, de Suisse, de France et de Slovénie.
[10] "L'initiative des Alpes" (iniziativa da las alps en romanche) est une association suisse pour la protection des Alpes. L'association a été créée à la fin des années 1980 lorsque des écologistes de la région du Saint-Gothard ont lancé une initiative populaire visant à réduire la traversée routière des Alpes pour le transit. L'initiative intitulée « Pour la protection des régions alpines contre le trafic de transit » a été acceptée en votation le 20 février 1994.
[11] Leysin vit son épopée de station climatique et réussit sa conversion en lieu de vacances dans les années 1960 (Stucki-Rognon 1998: 25).

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