domingo, 23 de febrero de 2020

« Rencontres littéraires autour du vin suisse : C.F. Ramuz, Maurice Chappaz et Corinne Bille »


Résumé




Au fil des siècles, les Vaudois et les Valaisans ont su s'adapter à la nature indomptable qui les entoure, sculptant de leurs propres mains les pentes abruptes de leurs montagnes et les transformant en terrasses fertiles qui abritent aujourd'hui les vignes les plus variées. Le vin et le vignoble de ces coteaux escarpés sont très présents dans la vie et l'œuvre d'auteurs aussi connus que C.F. Ramuz, Maurice Chappaz et Corinne Bille.

Il est impensable d'imaginer un écrivain comme C. F. Ramuz sans vignes. Il faudrait se passer à la fois de sa biographie et de son travail ; il faudrait oublier qu'il était le fils d'un marchand de produits coloniaux devenu grossiste en vins des années plus tard ; qu'il était encore très jeune étudiant quand il participait aux vendanges à Yvorne ; qu'à son retour de Paris il habitait une vieille maison des vignes à Treytorrens, où s’est déroulé sa rencontre décisive avec Stravinsky, sous le double symbole "du pain et du vin d'ici". Le vin et la vigne sont très présents, non seulement dans ses œuvres les plus inspirées, comme Vendanges, Chant de Notre-Rhône ou Souvenirs d'Igor Strawisky, mais aussi dans une bonne partie de ses romans : Passage du poète, Farinet ou la fausse monnaie, entre autres.

Maurice Chappaz est sans doute le poète suisse d'expression française le plus représentatif du canton du Valais et, aussi, un grand connaisseur du vin. Un univers qui domine à la perfection, de façon substantielle et essentielle, par ses racines, par sa propre expérience et par son art. Dans un petit livre intitulé Chant des Cépages Romands, le poète nous propose une classe magistrale sur les vins suisses. Un texte qui surprend par la profondeur et la sensibilité que le poète montre envers le vin, la vigne et sa culture.

Vignes pour un miroir (1985) est un livre original né de la rencontre entre deux regards, celui d'un écrivain et celui d'un artiste, peintre et graveur. Corinna Bille s'inspirera d'une série de gravures de Pierre Schopfer pour nous présenter, dans une édition posthume, une trentaine de poèmes inédits sur les belles terrasses des vignobles du Lavaux. Des poèmes à la fois féminins, violents et d'un certain érotisme, dont les vers reflètent une relation étroite entre les femmes et la vigne.

L'importance de cette culture viticole dans le travail de ces écrivains fait l'objet de la présente communication, puisque, comme nous le verrons plus loin, les paysages viticoles donnent à ces écrivains le modèle d'une forme artistique sur laquelle ils fondent une partie de leur création. Poètes du vin, ambassadeurs du vignoble romand.



1.     Sur les terrasses de Lavaux

Lavaux, sur les rives du lac Léman, s'étend sur quelque 900 hectares et compte quelque 28.000 habitants. On dit que les Romains y ont apporté la culture de la vigne, mais il est prouvé qu'elle a été cultivée avec soin au XIIe siècle et que depuis 1742, quatre fois par siècle, de grandes fêtes en l'honneur du vin ont lieu sur la place du marché à Vevey. L'amour pour cet ami principal des hommes s'est allié à la nature pour stabiliser ce paysage insolite. Des terrasses d'un peu plus d'un mètre de large sont enfilées en montée, sur la pente du Jura, jusqu'à 800 mètres ; des terrasses soutenues par des murs de béton et reliées par des escaliers étroits et raides. L'attachement que les gens du lieu ressentent pour leur terre, associé à une exposition exceptionnelle, assure chaque année le succès d'une production déjà reconnue. Nous ne pourrions imaginer Lavaux sans ses vignobles. Toute l'histoire, l'identité, la tradition et l'économie de cette région ont tourné autour de cette culture au fil des siècles. La vigne représente l'or de Lavaux. Corinna Bille nous le rappelle dans ce beau poème :

Ce village sans la vigne

serait redevenu poussière

mais les vieux ceps

ont poussé comme des arbres

et le soutiennent (25).

Nous ne pourrions imaginer Lavaux sans ses vignobles. Mais nous ne pourrions imaginer non plus Lavaux sans C.F. Ramuz :

Le bon Dieu a commencé, nous on est venu ensuite et on a fini... Le bon Dieu a fait la pente, mais nous on a fait qu'elle serve, on a fait qu'elle tienne, on a fait qu'elle dure : alors est-ce qu'on la reconnaîtrait seulement à présent sous son habillement de pierre ?[1]


Lorsque l'on découvre Ramuz, il est très difficile par la suite de dissocier son travail des paysages viticoles de Lavaux. Il faudrait se passer à la fois de sa biographie et de son travail ; il faudrait oublier qu'il était le fils d'un marchand de produits coloniaux devenu grossiste en vins des années plus tard ; qu'il était encore très jeune étudiant quand il participait aux vendanges à Yvorne ; qu'à son retour de Paris il habitait une vieille maison des vignes à Treytorrens, où s’est déroulé sa rencontre décisive avec Stravinsky, sous le double symbole "du pain et du vin d'ici"." Le vin et la vigne sont très présents, non seulement dans ses œuvres les plus inspirées, comme Vendanges, Chant de Notre-Rhône ou Souvenirs d'Igor Strawisky, mais aussi dans une bonne partie de ses romans : Passage du poète, Farinet ou la fausse monnaie, entre autres.

Dans Chant de notre Rhône, Ramuz décrit le début des vendanges : "Dans les vignes au-dessus de moi ils sont occupés à cueillir" (Ramuz 1920 : 9). Les raisins qui sont récoltés avec tant de soin et d'attention sont le résultat d'une année d'efforts et de travail. Ils résument le contenu d'une vie et dans le précieux liquide qui en résulte l'écrivain trouve, non seulement la vie et le travail des vignerons, mais aussi le soleil, la terre, le lac et la région tout entière. D'où l'importance du produit : "On tient le petit verre, on élève le petit verre devant la flamme de la bougie, on regarde au travers ; et c'est tout le pays qu'on voit, tout le pays qu'on boit ensuite, avec sa terre, son sucre, avec son odeur et sève...". (Ramuz 1920 : 18-19).

Le lac est, pour Ramuz, l'élément clé de l'élaboration du vin, et il affirme : "C'est à l'eau qu'on doit le vin" (Ramuz 1920 : 18) ; il est aussi l'origine et le reflet fidèle de la mer Méditerranée, sur les rives de laquelle les historiens ont placé la naissance de cette communauté culturelle. Sur le plan symbolique, commercial et culturel, la Méditerranée est la mère de tous les vins. En fait, la plupart des écrivains fascinés par le vin le sont aussi par le monde méditerranéen. Cette fascination est une constante dans l'imaginaire européen. Et Ramuz fait partie de ce groupe. Dans ses œuvres, il insiste beaucoup sur l'origine méditerranéenne du Rhône et du lac Léman : "Ici est une petite mer intérieure avant la grande" (Ramuz 1920 : 20). Et le vin est ce second fleuve qui remonte le temps et exprime une identité évidemment orientée vers le sud, vers cet espace nommé Mare Nostrum par les Romains. Mais, s’il y a quelque chose de particulier qui différencie le vignoble vaudois, c'est ce deuxième soleil qui se reflète sur le lac Léman, envoyant ses rayons deux fois sur les pentes du canton.

Tu es le grand calorifère, le grand régulateur, le grand réflecteur (et rappelez-vous, quand on demande à la grappe du Dézaley: "Qui t'a dorée?" ce qu'elle dit, et ces coteaux, rappelez-vous, si on leur demandait: "Où est votre soleil?" c'est vers l'eau qu'ils se tourneraient).

Parce qu'il y a deux soleils et le vrai est celui d'en bas. (Ramuz 1920 : 28)


Corinna Bille fait aussi référence à ce lac où se reflètent les vignes de Lavaux :



Il existe deux vignes:

l’une est sur le monde

l’autre dans la vague.



Je préfère la seconde

je nage en elle (33).



Le vignoble fait partie intégrante du paysage et de la culture de la région. C'est pourquoi, lorsque Ramuz décrit un village, il intègre cette culture viticole d'une manière si naturelle que ce mot présente ici toute son ampleur.

Églises, vieilles et neuves, petites et grandes, églises de pierre, la pierre partout, la vigne partout, ici déjà ces étages de vignes, les vieilles vignes, les vieux plants : muscat, fendant, umagne, rèze, amigne, l'une sur l'autre par étages et marches du côté nord (là le roc, là la nudité) (Ramuz 1920 : 13).



Cultiver et culture sont ainsi fusionnées en un seul mot, comme dans leurs origines. Cultiver la vigne ou la culture de la terre, donnent forme aux gens qui vivent dans le lieu, leur donnant une identité propre, qui peut être appréciée par des gestes, la couleur de la peau, etc. "...dès le début de la toilette, s'affirme une nature, celle qui remonte dans les mots dits, les gestes faits, la couleur de la peau des femmes, leurs tresses tellement serrées, qu'elles font penser à une grappe de raisin" (Ramuz 1920 : 13-14). L'écrivain lui-même participe également à cette assimilation avec la culture du lieu et compare son travail à celui des vignerons eux-mêmes. L'admiration de Ramuz pour les paysans, les vignerons et les artisans est bien connue. Ramuz aimait se comparer à eux. Il ne s'est jamais senti à l'aise avec le qualificatif d'artiste - qu'il considérait comme synonyme d'extravagant. Pour Ramuz, le mot artiste avait une sorte de connotation, d'originalité libre et sans intérêt. En fait, lorsqu'il compare son travail à celui d'un artisan, comme le cordonnier de son magasin, qui parvient à faire une paire de chaussures par des gestes petits, continus, réguliers et extrêmement calculés et contrôlés. Il est aussi comparé au charpentier qui construit une table. La comparaison a ici un sens différent : le menuisier, en construisant sa table, choisit bien ses matériaux, de sorte que son travail a une certaine durée. Pour Ramuz, le travail de l'écrivain est fait pour durer, c'est pourquoi, malgré les difficultés économiques qu'il aura toute sa vie, il prend soin du matériel qu'il achète, écrit à l'encre de Chine et sur papier de bonne qualité, afin que son travail perdure aussi dans le temps. Et, bien sûr, avec les vignerons, puisque le travail de l'écrivain mûrit comme le fruit qu'ils récoltent, avec beaucoup de temps, de travail et d'efforts ; et comme le vin, il n'en tire que le meilleur. C'est pourquoi nous affirmons que l'espace géographique dans lequel il vit, et surtout le paysage de Lavaux, lui donne le modèle d'une forme artistique sur laquelle repose tout son style créatif :

Mon cric crac à moi, qui est de la pièce d'acier tombant à chaque fois dans l'entre-deux des dents pour empêcher que, ça n'aille en arrière, ah ! Que pour moi non plus, ça n'aille en arrière, quand l'amas du foulé durcit, se dessèche par excès de pression, ne laisse déjà plus tomber qu'un peu de suc, mais le meilleur !

Ah ! Être associé, ici, à tout ce qui es d'ici… ! (Ramuz 1920 : 11)


Il est également curieux d'observer comment Ramuz mesure le temps. Le rythme des saisons est donné à travers les étapes de la récolte. Souvenirs sur Igor Strawinsky (1929) commence : "J'ai fait, je crois, la connaissance de Strawinsky en 1915, à l'automne, c'est à dire, au moment où je venais de finir la vendange dans le hameau du Treytorrens que j'habitais en ce temps-là" (Ramuz 1928 : 49). Dans ce travail dans lequel Ramuz raconte les années passées avec son grand ami Strawinsky, ainsi que les projets qu'ils ont menés ensemble, nous trouvons un autre aspect de cette culture viticole : le rite du vin.

…pour recevoir convenablement ses amis; alors on les mène à la cave où ça chante dans les grands "vases", d'où un premier petit verre est tiré, plein d'une espèce de laitage sentant fort, qui leur est présenté, puis un encore, puis un autre encore, sans qu'on dise rien (c'est le rite); et c'est seulement au quatrième ou cinquième essai qu'on se décide : "Eh bien, qu'est-ce que vous en pensez? (Ramuz 1928 : 51-52).



Ramuz reçoit ainsi Strawinsky, en bon viticulteur - faute d'autre qualité - et l'invite à partager, comme il est d'usage dans le pays, ce jeune vin, récemment extrait de la terre : "Moi, c'est tout bonnement en vigneron (je veux dire un vigneron sans vignes, mais heureux de se conformer à la coutume qui est dans le vignoble, une fois la vendange faite, d'inviter ses connaissances, à qui on fait goûter le vin nouveau)" (Ramuz 1928 : 50). Rapidement une bonne harmonie s'établit entre eux. Les deux ont beaucoup de choses en commun. La similitude, malgré les nationalités et tant de différences superficielles, était évidente, étroite. Les deux l'ont réalisé instantanément. Ramuz n'avait pas besoin de connaître la musique de Strawinsky ou son œuvre la plus célèbre à ce jour, Le Sacre du Printemps, pour la sentir. Il lui propose de le rencontrer tous les après-midis à quatre heures dans un petit café rose du Crochettaz et, voyant comment Strawinsky se comporte devant un demi-verre de vin Dézaley et un morceau de pain et fromage, Ramuz est encore plus convaincu. Il se rappelle ainsi cette première rencontre : "Je ne me souviens plus du tout de ce qui fut l'objet de la conversation : ce dont je me souviens très bien par contre, c'est de cette parfaitement entente préliminaire dont le pain et le vin d'ici furent l'occasion" (Ramuz 1928 : 52).



2.     Le Vieux Pays, le Valais

La vigne ne représente pas seulement la nature, c'est aussi la culture, le travail des hommes et l'expression d'une civilisation. Nombreux sont les textes autobiographiques qui évoquent ce premier environnement et son importance aux yeux de Ramuz. Vendanges est sans aucun doute l'une des plus belles œuvres littéraires inspirées du vin, où se mêlent réalisme symbolique et fiction tragique. Ramuz a quarante-neuf ans lorsqu'il écrit cette histoire, et il tente de reconstruire, à partir de souvenirs fragmentaires, l'unité de l'enfance et l'unité du paysage, pour trouver une dimension mythique de l'existence où la vigne et le vin deviennent la métaphore essentielle. Dans cette œuvre, ce qui frappe le plus ce jeune Ramuz, ce sont les incroyables similitudes entre ce qu'il appelle Le Vieux Pays, c'est-à-dire le Valais, et ce monde ancien qu'il avait découvert à travers la Bible. La vie en Valais à la fin du 19ème siècle était dicté par des rites et coutumes élémentaires et ancestraux que Ramuz croyait issus d'un âge d'or que la région elle-même avait su maintenir de manière exceptionnelle. Pour lui, rien n'a changé depuis l'antiquité :

On vivait comme dans le Bible : j'ai connu Noé et ses fils. C'était le temps où on avait deux heures d'histoire sainte par semaine au Collège ; et dans le Livre il est écrit : Noé qui était laboureur commença à planter la vigne. Et il but du vin, et en fut enivré, et il se découvrit au milieu de sa tente. J'ai connu Noé vivant, je l'ai vu. L'odeur forte du vin nouveau qui montait de partout et venait flotter, la nuit, jusque dans les chambres, faisait que tous les siècles se trouvaient confondus.

A Vendanges (1927), on assiste à la belle naissance du vin en cave. Pendant ses vacances de récolte, Ramuz aide à Yvorne, la région vaudoise de la vallée du Rhône, avec d'autres écoliers de son âge. Ces garçons, y compris l'auteur, quittent souvent le vignoble où ils travaillent avec le groupe de femmes. Ils se faufilent par les routes adjacentes et se rencontrent à la porte menant à la presse. Pour eux, cet endroit a l'attrait du fruit défendu. Brisant l'interdit, les garçons pénétreront dans ce lieu souterrain, magique et sacré où se déroule la cérémonie dionysiaque et virile de la transformation du vin. Dans cet espace fermé, interdit aux femmes et aux enfants, se déroulait le travail réservé aux hommes. En entrant dans cet espace sacré, le jeune Ramuz a l'impression d'entrer dans le troublant accès à l'origine même de la vie. Ce qui se passe ensuite dans cette cave a aussi de fortes connotations sexuelles : "On comprenait pourquoi on était venu, et quel grand besoin nous avait poussés jusqu'au ici, nous autres garçons de dix à douze ans, et c'était d'affirmer notre sexe et notre âge" (Ramuz 1927 : 197). Entrer dans cette grotte où se déroule le lent travail de la fermentation du vin a été vécu par les garçons comme un rite d'initiation qui leur a permis d'être témoins de l'origine de la vie, voire de revivre leur propre arrivée dans le monde. On observe ici la génération du mâle par le mâle, les femmes étant exclues. Mais la cave, avec ses gémissements, ses soupirs, semble aussi avoir des connotations féminines, et nous fait penser à une femme qui accouche :


Elle [une petite porte de sapin] faisait justement la limite entre le permis et le pas permis. "Ouvres-tu ?" - "Non, c'est toi…" - "C'est toi, je te dis…" On se poussait contre le panneau de sapin non recouvert de peinture et sommairement raboté ; et déjà, au travers des planches minces, un grand bruit se faisait entendre, venant nous tenter toujours davantage, quand on était ainsi deux ou trois petits garçons de dix ans : le bruit des travaux réservés aux hommes, les travaux sérieux, les grands travaux mystérieux du pressoir et de la cave, - après les humbles besognes de femmes où on nous avait réduits jusqu'alors. On comprenait pourquoi on était venus, et quel grand besoin nous avait poussés jusqu'ici, nous autres garçons de dix et douze ans, et c'était d'affirmer notre sexe et notre âge. Là-bas, ce n'était encore que la cueillette, et ce n'était encore que le raisin, c'était le fruit sucré bon pour les enfants et les femmes : ici déjà commençaient les régions de la fermentation, c'est-à-dire du vin, c'est-à-dire de la boisson qui convient aux hommes faits, c'est-à-dire qui nous convenait, à nous. […] Et on avait cette plainte sous ses pieds, dans son dos, on la percevait tout ensemble avec les oreilles et le corps par une présence en même temps extérieure et intérieure, - quand ça chante, ça grince, ça craque, ça soupire, ça gémit : le pressoir et ceux qui y sont, ceux qui sont au treuil et à la palanche, ceux qui tournent la manivelle, et durement, des deux bras, et à deux, l'un d'un côté de l'arbre, l'autre de l'autre, font venir la grosse corde et la font s'y enrouler. Un grand travail douloureux, difficile, et cependant plein de promesses comme dans un enfantement, et auquel il semblait que toute la maison prît part avec sa pierre de taille, comme intéressée elle aussi à s'aider et s'aidant… On se glissait par la porte entr'ouverte… (Ramuz 1927 : 196-198).


Après Ramuz, l'écrivain valaisan le plus représentatif de l'après-guerre, est sans aucun doute, Maurice Chappaz. Dans Chant des cépages romands[2], ce petit grand texte, Chappaz nous invite à découvrir surtout les vignobles de son canton natal : le Valais. Il nous montre fièrement les vignes. Il énumère et décrit avec passion les caractéristiques les plus authentiques du vignoble valaisan et les accompagne d'anecdotes et d'expériences personnelles. Ainsi, le lecteur fait l'expérience d'un voyage intérieur magique qu'il lui sera difficile d'oublier. Il est impliqué dans cette description en tant qu'expert en la matière, répondant par ses efforts et même par sa propre expérience à l'important héritage que ses ancêtres lui ont transmis. Maurice Chappaz est marié à Corinne Bille, écrivaine également d’origine valaisanne, et passionnée aussi par la viticulture. La famille Chappaz a vécu plusieurs années à Fully, où Maurice a dirigé les vignobles de son oncle Maurice Troillet, alors Conseiller d'Etat, créant un petit commerce de vin qui est toujours actif aujourd'hui[3]. Des années plus tard, la famille Chappaz a construit une maison à Veyras, où l'on peut voir les rangées de vignes allant jusqu'à Muzot. Corinna Bille avait déjà fait sa petite contribution écrite dans ce domaine, parfaitement dominé par son mari - dans une série d'articles sur "Les travaux de la vigne" publiés dans la revue L'Abeille[4] ; dans des textes tels que "Vendanges" à Douleurs Paysannes (1953) ou "Les raisins de verre" dans Cent petites histoires cruelles (1973). Les deux poètes ont connu les secrets les plus intimes de la vigne, les vicissitudes et les subtilités du métier, mais surtout ils ont été imprégnés de la plus belle poésie, celle qui vient directement du terroir.

Les vignes ont fait le visage de ce pays, vignes mamelles, vignes racines, vigne-arabesque, les hommes ont construit ce pays avec des vignes.

Cassé la pierre, creusé la terre, soulevé la pierre, posé là où il faut et l’autre dessus (voir Inca, quel monde étrange). L’eau peut passer, la terre là où elle manquait fut portée. Les hommes ont d’abord tout fait avec leurs mains, avec leurs dos, avec leur esprit. Ils ont élevé le long des montagnes d’énormes marches, ces marches montent jusqu’à mille mètres parfois, les ont remplies de terre rose, de cailloux, de terre grise, de cailloux, de terre noire, de cailloux. Cailloux pour retenir la chaleur du soleil, (débris) pour laisser circuler les racines. La vigne a dédoublé ce pays, la vigne est l’intérieur et l’extérieur du monde. On la voit et on ne la voit pas. Elle est secrète, magique, concrète, visible. Elle est nous et pas nous (Bille, 1996: 316-317)

Une terre, le Valais, dont plus d'un tiers de la superficie cultivée est recouvert de belles terrasses de vignes, occupe la première place dans la production viticole de toute la Suisse. Ces terrasses, comme celles de Lavaux, ont été façonnées par l'homme, créant sur les pentes abruptes et raides, des parcelles de vignes aux géométries impressionnantes. Tout au long de l'histoire, le paysage valaisan s'est forgé avec une tradition que les Valaisans prennent très au sérieux :

Bien des notaires qui ne prêtent pas attention à leurs épouses, goûtent, tâtent, regardent respirent, mirent une carafe de vin dans un rayon de soleil comme s’il s’agit d’une personne, de leur vraie femme, de leur enfant. Ils ont des gestes câlins pour prendre leur verre, une bouche futée, des mots d’amoureux […] Tirer sa nourriture d’un champ et se taire, voilà sans doute la moins vaine des occupations humaines (Chappaz 2009 : 27).



Chappaz nous présente les différents cépages, les types de vins que produisent ces terres, les délicieux nectars qui enivrent l'âme et le cœur de ceux qui les dégustent. Mais il s'arrête aussi pour décrire le savoir-faire et la profonde connaissance de ces marieurs de plantes, les gestes délicats et habiles des vendangeurs qui cueillent les raisins à la main, les tonneliers qui savent choisir le meilleur bois pour construire les douves sacrées (Chappaz 2009 : 16).

Comme l'explique Isabelle Rüf dans son introduction au "Chant des cépages romands", ce petit livre est avant tout un extraordinaire "hymne au goût" : le goût amer, le miel, l'astringence du gamay, le "bouquet de marguerites écrasées", la "verte sève veloutée de l'ermitage", le "long, long parfum de réséda du riesling". La lecture nous invite à savourer et à nous régaler de chacun de ces vins. Tous les éléments sont représentés : la vigne, le sol, les plantes, mais aussi le granit, les différents types de roches, le silex, les glaciers, là au sommet des montagnes alpines si près du ciel ; sans oublier le climat et la bonne orientation des vignes par rapport au soleil, et l'eau qui émane des riches sous-sols.

Toutes les vignes du pays romain sont présentes dans cet ouvrage : Amigne, Arvine, Humagne (blanche, rouge), Pinots (noir, gris, blanc), Muscat, Malvoisine, Païen. Le poète fait un grand voyage descriptif à travers les cantons de Vaud et de Neufchatel, mais surtout en s'arrêtant dans son Valais natal : “Alors dans un coin secret de ma province, je vous dirai la litanie des grappes. Vous prononcerez leurs premiers noms qui se brisent dans la gorge. Au commencement il y avait le gouais, le gwäss, la durize, la rèze. Et puis le Fendant est venu (Chappaz 2009 : 11). Ce grand voyage l'amène à nous expliquer dans ses premières pages comment s'élabore ce miracle connu sous le nom de "vin des glaciers". "Avec ça [le Fendant] on a fait ce miracle : le Glacier " (Chappaz 2009 : 11). Spécialité et tradition des bourgeoisies de la vallée des Anniviers, dont les origines remontent à la transhumance, c'est-à-dire à l'époque où les familles se déplaçaient plusieurs fois par an entre la maison de la vallée et celle de la montagne, accompagnant leurs troupeaux dans les hautes prairies, accomplissant ainsi les tâches de chaque saison. Son nom "Vin des Glaciers" est le résultat de son transport en altitude pour le faire vieillir et permettre une meilleure vinification à proximité du glacier. Sa production remonte aux XVI-XVIIe siècles, lorsque les vignes furent acquises par les bourgeoisies. Actuellement, on peut entendre deux versions de son nom : "Vin du Glacier" ou "Vin des Glaciers".

 Ce vin était autrefois élaboré à partir de Rèze, un cépage originaire du Valais. Aujourd'hui, il est assez rare et insuffisant pour continuer à produire ce vin, c'est pourquoi les bourgeoisies et les viticulteurs de la Vallée des Anniviers ont opté pour d'autres cépages tout aussi autochtones comme l'Hermitage, mais aussi l'Arvine et la Malvoisine. Outre son vieillissement particulier en fûts de mélèze (entre 10 et 15 ans selon le procédé Solera), l'élément le plus caractéristique de ce vin, comme l'explique Chappaz ci-dessous, est sa technique de remplissage particulière :   

Les tonneaux de la Bourgeoisie n’étaient jamais vides. Leurs sacrées douves effilochées ne tiennent ensemble que grâce à la pierre à vin intérieure qui granit tout l’ovale. Mais sain tout ça ! On ajoute la nouvelle récolte par-dessus l’ancienne. On rajeunit ainsi le vin vieux (Chappaz 2009: 16)

Cette procédure est appelée "transfert" et a lieu chaque année entre fin mai et début juin, lorsque le vin est déjà préparé à Sierre (où les cuves ont passé l'hiver) pour son ascension en chariots vers la cave naturelle géante du Val d'Anniviers, située à 3 kilomètres du glacier. Chappaz met un accent particulier sur le processus naturel de production du précieux liquide à l'aide de techniques ancestrales qui respectent les temps de récolte et de conditionnement. Et il en profite pour rappeler à ces marchands impatients que "le vin est un organisme vivant". 

Les vins vivent, les fortes Dôle, les Païens acides et nets plus de trente ans. Le début chez nous c’étaient ces vins jaunes de paysans et de curés, naturels, pas filtrés, pas viciés par le lin comme dit le très sage Horace. On savait attendre pour vendanger, on transvasait par grand froid, on asseyait les fûts sur la paille et on les menait doucement avec le cheval ou le mulet dans les municipalités de la montagne. Et là, dans les entrailles, dans ces cavernes de hameaux, par le noir, l’humidité juste et l’hygiène de l’altitude, leurs substances s’enrichissait, elle se dépouillait de sa bourbe, de la part perfide des lies, mais le vin s’engraissait, se sustentait de tout le bon qui est en suspension. Quelques gars marchands ont oublié que le vin est un organisme vivant (Chappaz 2009 : 15)

Glacier est un vin très particulier tant par sa consommation (20 litres par barrique et par an en moyenne) que par sa saveur : “Il acquiert une profonde saveur, un goût tanné et frais de mélèze et d’esparcette, il est franc, il est net et vous suggère le simple parfum, l’envoutante touche de pollen du vieux pays. Vous avez le Glacier » (Chappaz 2009: 16). La Bourgeoisie de Grimentz a l'honneur d'abriter le plus grand et le plus ancien fût de Vin des Glaciers, connu sous le nom de "Tonneau de l'Evêque".



3.     Vignes pour un miroir


Vignes pour un miroir (1985) est un livre original né de la rencontre entre deux regards, celui d'un écrivain et celui d'un artiste, peintre et graveur. Corinna Bille s'inspirera d'une série de gravures de Pierre Schopfer pour nous présenter, dans une édition posthume, une trentaine de poèmes inédits sur les belles terrasses des vignobles du Lavaux. Des poèmes à la fois féminins, violents et d'un certain érotisme, dont les vers reflètent une relation étroite entre les femmes et la vigne.

La beauté singulière de Lavaux a incité le peintre et graveur Pierre Schopfer à réaliser une série de gravures sur le thème de la vigne et de l'eau entre 1971 et 1973. L'une de ces estampes petit format sur Lavaux servira de base à un projet du peintre Albert Chavaz (1907-1990). Chavaz, un ami personnel de la famille de Corinna Bille, propose aux deux artistes la création d'un livre qui associerait les gravures de Pierre Schopfer aux poèmes de l'auteur. Enthousiasmée par l'idée et l'œuvre de Schopfer, Corinna Bille présente d'abord quelques textes déjà écrits. Déterminé à faire de son projet un succès, Chavaz l'emmène, en 1975, chez lui à Veyras, un portfolio de plus de cent gravures de l'artiste. L'écrivain, inspiré par les dessins, écrira une vingtaine de poèmes inédits. La lecture des textes entraînera à son tour de nouveaux changements dans les gravures. Les deux artistes enrichiront ainsi respectivement l'œuvre. En 1978, le choix des gravures et des poèmes est devenu définitif : sur près d'une soixantaine de poèmes écrits, une trentaine ont été choisis pour accompagner une trentaine de gravures. Le projet est sur le point d'être achevé quand, à l'automne 1979, il est interrompu par le décès inattendu de Corinna Bille. Il faudra attendre 1985 pour voir la première édition publiée par André et Pierre Gonin à Lausanne. L'édition que nous présentons est l'édition 1997 publiée par Editorial Empreintes. Il s'agit d'un petit livre composé par trente poèmes inédits qui accompagnaient les célèbres gravures de Schopfer.

Commençons donc à déguster, comme une douce goutte de liqueur, la lecture de ces "Vignes pour un Miroir". Livre d'annotations poétiques toutes liées au monde du vin et du vignoble de Lavaux.

Des poèmes pleins de fraîcheur dans lesquels les éléments de la nature sont toujours présents : les montagnes, les vignes, les grottes, les forêts, les lacs deviennent ainsi le cadre incomparable dans lequel se développent ses poèmes. Cependant, cette réalité est souvent troublante, elle semble se fissurer, permettant l'émergence d'un monde différent, à la limite du surnaturel. Corinna vit profondément la nature, de telle sorte que le rêve de ces éléments devient une expérience existentielle. Maryke de Courten révèle, dans L'imaginaire de l'œuvre de Corinna Bille, que les rêves de terre et de végétation dominent son œuvre. Ainsi la vigne grimpante prend une vie propre et, au milieu de la nuit, se présente à l'écrivain pour perturber son rêve. Ainsi se produit une communion intime avec la vigne, qui semble la réconforter. Son style frise parfois ce "panthéisme à la fois naïf, ardent et très profond" (Bille R.P., 1992 :103-104). D'autres fois, elle partage avec elle ses moments les plus intimes. La nature nous invite à l'abandon, à un sommeil heureux et calme. Le vignoble cache et protège le sommeil paisible des deux amoureux. Les deux semblent se confondre avec les vignes grimpantes qui les entourent.

Corinna se nourrit des contes et des comptines qu'elle a entendus dans son enfance, recréant un monde dans lequel des personnages fantastiques, héros légendaires et historiques s'expriment et interagissent. Ces histoires sont les souvenirs d'enfance de cette jeune fille riche et agitée, dotée d'une grande sensibilité et d'une grande imagination, qui deviendra au fil des ans une grande écrivaine. Ainsi, Lancelot du Lac, chevalier de la Table Ronde, rêve de porter un manteau en maille sans couture "faite de terre, de murailles de fer d'échalas" (11), conçu dans les vignobles de Lavaux ; une étrange créature géante et invisible monte et descend les terrasses de Lavaux comme de simples escaliers : "ces marches géantes entre lac et ciel" (22). "Le bon roi Dagobert[qui] a mis sa culotte à l'envers" (26), devient enfin vigne quand il se détache de tous ses vêtements : " Ses habits verts sont devenus jaunes d’abord puis rouges, Toutes ses feuilles sont tombées et le voici tout nu " (27).

Dans cet univers de rêve, tous les êtres animés ont leur propre voix : les oiseaux, les grillons, l'aigle. Tous les sens sont au service de la vigne. Selon Bachelard "tout ce qui brille voit" (1965 : 65). Dans ce poème, les milliers d'yeux qui brillent sont les raisins des grappes qui observent avec impatience ce qui se passe autour d'eux. D'autres fois, c'est l'odeur de ses fleurs qui est respirée. Des fleurs qui annoncent le printemps et avec lui la renaissance de la vie, mais qui paradoxalement deviennent le parfum le plus désiré pour la femme mourante d'un de ses poèmes, - peut-être la dernière tentative de s'accrocher à une vie qui s'échappe progressivement.

L'attachement ressenti par la protagoniste du poème pour cette terre et ces champs de vignes semble si immense que son corps résiste à l'abandonner. Ainsi, après le dernier souffle, une partie d'elle se réincarne dans une vigne, devenant partie du monde végétal. Ce sont ce que De Courten appelle des métamorphoses partielles (1989 : 115).

Ainsi, les poèmes qui retiennent le plus notre attention sont ceux où la vigne se métamorphose en femme. Des poèmes à la fois féminins, violents et même dotés d'un certain érotisme, qui reflètent dans leurs vers la relation étroite qui existe entre les deux.

Cette façon de représenter la vigne comme un être féminin n'est pas nouvelle dans l'œuvre de Corinna Bille. Dans les notes et les fragments recueillis dans ses œuvres inachevées, faisant référence à la relation établie entre les vignerons et leurs vignes, on peut lire : "Ils l'aiment comme leur femme, plus que leur femme. Ils pensent à elle, ils la visitent, ils la surveillent. Elle est leur mère, leur fille, leur sœur, leur épouse, leur amante" (Bille, 1996 : 317). Le vignoble, comme on le voit, représente chacune des figures féminines possibles. Elle est directement associée à la femme en raison de la similitude qu'elle entretient avec elle : sa fertilité. Et tout comme la vigne est dominée par l'homme qui fait la culture, dans un processus parallèle et équivalent, l'homme soumet aussi la femme : "Ces hommes viennent à elle comme ils vont à leurs femmes et comme ils vont à la guerre. Ils la fécondent et ils la battent " (Bille, 1996 : 317).

Dans ces sociétés agricoles et patriarcales, la femme présentée par Corinna Bille conserve encore les vertus inquiétantes qu'elle possédait dans les sociétés primitives en raison de son association avec la nature. L'écrivain sait comment transmettre ce souci à la perfection dans le poème suivant.

Devenue médiatrice entre la nature et l'homme, la femme est facilement associée à la magie, à l'irrationnel et à l'inconnu. Tout au long de l'histoire, les hommes ont projeté dans le féminin tout ce qu'ils désirent et craignent. Les vendangeurs ressentent donc le désir et la curiosité d'approcher la jeune femme, mais ils semblent avoir peur d'elle. Ils l'associent aussi à la présence d'un serpent comme animal de compagnie, un être mythologiquement tentant. Incapable de le définir, la jeune femme devient un être qui oscille entre séduction, fascination et peur qu'il produit. La vigne et la femme semblent se confondre dans la dernière partie du poème, lorsque cette dernière utilise une partie de la plante pour s'orner elle-même et obtenir ainsi la parfaite illusion : est-ce la femme qui est devenue vigne ou la vigne qui est devenue femme ?

L'importance de cette culture viticole dans le travail de ces trois écrivains a fait l'objet de cette communication. Nous avons donc prouvé que l’amour par ces paysages viticoles ont donné à ces trois écrivains le modèle d'une forme artistique sur laquelle ils ont fondé une partie de leur création. Ils sont donc devenus poètes du vin, ambassadeurs du vignoble romand.



 Communication présentée lors du FORUM APEF 2019-L’ALCHIMIE DU VIN-Universidade de Trás-os-Montes e Alto Douro – Vila Real (Portugal) 7, 8, 9 novembre 2019.



[1] C.-F. RAMUZ, "Fête des Vignerons", 1929 -- remaniement de son roman "Passage du Poète" (1923), ré-édité en 1984 aux Editions Séquences [REZE-LES-NANTES, Loire-Atlantique], chapitre VII, page 88].
[2] C'est le premier texte que Maurice Chappaz a écrit sur commande. L'édition originale de cet ouvrage paru en 1958 a été publiée dans un petit livre intitulé Éloge des vignes suisses, traité ampélographique d'Ernest Feisst, accompagné de 15 planches avec des dessins consacrés aux différentes souches. En 1992, la maison d'édition Empreintes à Lausanne réédite le poème en 28 pages. Depuis 2009, il est publié dans la collection Mini-Zoé à Genève - cet ouvrage comprend également de magnifiques illustrations de Palézieux.
[3] Marie-Thérèse Chappaz, sobrina de Maurice Chappaz, se ocupa en la actualidad de esta herencia vitícola. Consultar www.chappaz.ch.
[4]   L’Abeille : Hebdomadaire Illustré, Revue de famille. Editeurs C.J. Bucher S.A., Lucerne, Zurich, Genève.

jueves, 31 de octubre de 2019

PENSAR COMO UN OSO: ANTROPOMORFISMO EN “LE DERNIER OURS” DE CHARLOTTE BOUSQUET


Puede sonar un poco extraño, especialmente ahora, pero acabo de enterarme de la muerte de Knut, el oso de Berlín, y me siento desconcertada. Extraña, en realidad. Mal. Al borde de las lágrimas. Porque fue para mí el símbolo de un desastre, y no solo la mascota que salvó el zoológico de Berlín. Huérfano, criado por un cuidador que murió dos años después de su nacimiento. Y después... Después, desorientado, impregnado pero "animal salvaje", malcriado pero temido, antropomorfizado "pero aun así", obviamente sufriendo trastornos de conducta, ¿cómo podría ser de otra manera? En resumen, Knut, lo fotografié en Berlín el pasado agosto. Y cuando escribí Anuri pensé en él. Los osos polares que se alejan de sus icebergs, los témpanos de hielo, el mundo gira. En fin. Knut está muerto y me siento triste. Blog de Charlotte Bousquet.



El oso "es uno de los animales que más han marcado al ser humano", dice Michel Pastoureau, historiador de la École Pratique des Hautes Etudes. El hombre y el oso han cohabitado juntos desde la prehistoria y compartido las mismas cuevas, lugar de hibernación para uno, sitio de expresión pictórica para el otro. Todas las mitologías europeas hacen del oso un animal aparte, un dios o un antepasado del hombre, símbolo de la fuerte impresión que el plantígrado ha ejercido siempre sobre el ser humano. Hacia el siglo X, pierde este favor porque el cristianismo lo ve como un animal peligroso. Existía una creencia popular generalizada de que el oso macho se sentía sexualmente atraído por las mujeres jóvenes, que las secuestraba, violaba y de estas uniones nacían seres mitad hombre y mitad oso. Como nos cuenta la historia de Jean de l'Ours. Y lo destruyen, le dan cazan, lo atrapan para domesticarlo y mostrarlo en aldeas, en ferias y en circos. A principios del siglo XX, en 1903, la imagen del oso cambia por completo gracias a la aparición de un oso de peluche, Teddy Bear, el último eco de una relación apasionada de los últimos años: y así, igual que el hombre paleolítico a veces compartía sus temores y cuevas con el oso, ahora es el niño del siglo XXI quien comparte sus temores y su cama con un osito de peluche.

Hoy, desafortunadamente, la mayoría de las especies de osos están en peligro de extinción. Las causas: la reducción de su hábitat (a través de la urbanización masiva, la agricultura y las diversas explotaciones), la caza furtiva y el calentamiento climático. Si hay un animal que simboliza el cambio climático, ese es sin duda alguna, el oso polar.

La población mundial de osos polares, 25,000 hoy en día, bien podría, según los científicos, disminuir en un tercio en los próximos diez años, y probablemente extinguirse en 2050. Este mamífero se ha convertido en el símbolo de los efectos desastrosos del cambio climático en los últimos años, especialmente por esta impactante imagen que pasó a través de todos los medios de comunicación del mundo en diciembre de 2017: un oso polar demacrado y delgado, que se arrastraba miserablemente, que a duras penas podía sostenerse sobre sus patas y estaba terriblemente hambriento ¿La razón? Su hábitat natural desaparece, la capa de hielo se derrite muy rápidamente debido al calentamiento global, mientras que es vital para los osos polares porque es al mismo tiempo su lugar de caza, descanso y reproducción. Sin embargo, debido al calentamiento global, su área de superficie disminuye en aproximadamente un 13,4% por década (WWF).



Le dernier ours : una bellísima historia de amor

Aquí está la base temática de nuestro relato: una novela ecológica y humana para despertar conciencias. La historia comienza en la primavera de 2025 en los suburbios de Nuuk. Karen, la protagonista, mira a través de una ventana los alrededores de su casa: "el patio inundado donde flotan los desperdicios, el árbol torcido cerca de la entrada, junto al viejo cobertizo" (11), de repente, la imagen de una osa y sus dos pequeños aparecen frente a ella, en medio de la noche, y ella contempla "la osa y su descendencia destruyendo uno por uno los contenedores del vecindario" (13). Uno tiene la impresión de observar una anomalía, de asistir a un espectáculo casi distópico y, sin embargo... estas imágenes están actualmente a la orden del día.

A los cachorros no les gusta la ciudad. No es que huela tan mal, han aprendido a reconocer los olores, a soportarlos de todos modos, pero cada vez que los lleva allí, su madre se enoja. Ella gruñe mucho y le da zarpazos para que no se alejen demasiado. Viene aquí por necesidad: en este momento, la comida es rara, las presas ahumadas todavía están encerradas (13).

La novela gira pues en torno al tema de la ecología y, en particular, a la conservación de las especies. En “Le Dernier ours”, Charlotte Bousquet nos lleva al futuro, al norte del mundo, en Groenlandia. Una isla ártica desolada y destrozada donde el hielo se derrite y el ecosistema se destruye por la contaminación y el cambio climático, donde la explotación de la riqueza mineral y petrolera y la búsqueda de beneficios inmediatos son lo primero. Los hombres están constantemente explotando los recursos naturales, indiferentes a los mensajes que la naturaleza parece enviarles. Y en medio de todo este desastre, encontramos al último oso nacido en libertad, en un zoológico. Uno siente la pasión y la fuerte implicación que tiene la escritora con respecto a este tema tan delicado de la defensa de los animales y una crítica feroz contra el método de impregnación:

La impregnación. Muchos zoológicos y organizaciones ecológistas han luchado contra este método de dar a los animales salvajes referencias humanas, para que se familiaricen con los hombres, en lugar de domesticarlos. Para ellos, esta fue la última etapa de esclavitud y degradación del mundo salvaje. Esta técnica, además de ser peligrosa, era contraria a todos los intentos de reintroducir especies en su entorno natural. (Bousquet 100)

La historia se sitúa en Groenlandia, pero notamos cómo toda la tierra está en peligro debido al comportamiento del ser humano. Encontramos a un científico dispuesto a realizar todo tipo de experimentos con tal de obtener gloria y beneficios, nada que ver con la salvaguarda de especies en peligro de extinción, nada que ver con el último oso, todo lo que le interesa son sus pequeñas experiencias. Svendsen, brillante bio-genético, es el co-fundador del zoológico que dirige con su cómplice Ava Nielsen. Piensa que todo le está permitido. Y por ello, se involucra en secreto en todo tipo de manipulaciones genéticas dirigidas a la creación de seres híbridos. Sólo el dinero y el poder le interesan y no tiene consideraciones éticas o ecológicas. Este libro alienta al lector a hacerse preguntas reales: ¿hasta dónde puede llegar el progreso? ¿Cuáles son sus límites? ¿Es deseable que se vaya tan lejos?

Anuri, el último oso de su especie, vive en un recinto del zoo y es cuidado por la joven Karen, que siempre ha sentido una conexión especial con el animal. Pero esta joven mujer Inuit debe huir con Anuri hacia el norte con la esperanza de encontrar asilo en Rasmussen Cove, el último parque natural de Groenlandia protegido por la Unesco, porque Svendsen ha decidido sacrificar a Anuri (atacó a dos científicos que se introdujeron en su recinto para extraerle muestras de sangre sin permiso veterinario y sin la presencia de su cuidadora: resultado, el oso mata a uno de ellos e hiere de gravedad al otro). Con la ayuda de Lone (una joven condenada) y Silva (que huye de la casa de corrección), Karen intentará salvar a Anuri cueste lo que cueste. Comienza así la travesía por Groenlandia. El camino es largo hacia el norte y está lleno de obstáculos. Los medios de comunicación los describen como ladrones peligrosos y comunican que Anuri es portador de la rabia. Además, unos asesinos experimentados pagados por Svedsen van tras ellos, y tienen como misión eliminar al último oso polar en el Ártico.

Todos los capítulos comienzan con un mensaje, ya sea noticias de televisión (no muy alentadoras porque hablan mucho sobre la contaminación, los derrames continuos de petróleo...) o el diario de Karen (que intenta superar sus ansiedades). Es una historia emocionante, una carrera de persecución por la supervivencia de la especie y las páginas se leen muy rápido porque el ritmo es muy fuerte y la acción está omnipresente. El libro sirve para mostrarnos lo que podría suceder si no cambiamos la trayectoria actual.

Nos sentimos muy apegados a Karen y a Anuri, su vínculo es realmente especial, son hermano y hermana, incluso si ella es humana y él animal, se entienden, se conocen y confían el uno en el otro; como si la frontera entre el hombre y el animal no existiera, los dos encarnaban los mitos más antiguos, las leyendas inuits, celtas o escandinavas, en las que el hombre y su hermano salvaje se parecen y se confunden, donde uno entra en la piel del otro y viceversa.

Crecí con Anuri, nos dice. Para él, soy lo más cercano a una familia. En la naturaleza, los osos son seres solitarios. Marrones, negros, da igual. Pueden viajar decenas de kilómetros sin cruzarse con uno de sus congéneres. Si Anuri hubiera podido vivir libre y salvaje, sería así. En fin, en un mundo mejor, por supuesto" (132).

Anuri se convierte en un personaje por derecho propio; por supuesto, está en el centro de esta historia, pero también es el apego que tiene por Karen, lo que nos embarca en una avalancha de emociones y logra convencernos de que su vida tiene tanto valor como la de un ser humano. A través de esta relación especial que mantienen, aprendemos sobre su modo de existencia, su lenguaje, del mismo modo que él se esfuerza por aprender el de Karen y lo consideramos un ser capaz de pensar, de experimentar, de aprender e incluso de enseñar, de tener o no afinidades, pero sobre todo lo consideramos un individuo singular, con toda la complejidad que ello genera. Los pasajes dedicados al oso son fascinantes y el antropomorfismo en el que podríamos caer fácilmente, en el caso de tales escenas está muy bien manejado. Las reacciones de Anuri siempre mantienen un lado muy animal. El antropomorfismo en este caso, lo utilizamos para aprender del animal. Algunos ejemplos:

Cómo siente el peligro y la amenaza: “La osa sintió el peligro. Incómoda, mueve su pesada cabeza de lado a lado, inhalando la oscuridad llena de lluvia. Hombres. Dos, tres tal vez. Cerca. Demasiado cerca. Con un débil gemido, llama a sus pequeños, comienza a alejarse. Esta ciudad la asusta. Hay que marcharse. Rápido. En los rincones poco iluminados adivina enemigos listos para...”

Cómo defiende a los suyos: “Decidida a proteger a los suyos, se pone de pie, amenazadora y ante sus invisibles oponentes ruge”.

Cómo ataca: "A su alrededor, el frío, el vacío, las sombras. El frío, el vacío, las sombras... Y de repente, un claro. Olor a tierra, rocas empapadas. En su camino, un obstáculo, un oponente, sin duda. Colmillos a descubierto, carga, listo para matar".

Sentimientos de remordimiento o de tristeza: "Su mandíbula estaba solo a unos pocos milímetros de su brazo cuando interrumpió su ataque y retrocedió, tímidamente. Por un momento, la joven pudo detectar en su gran cabeza blanca una expresión de preocupación, teñida de pesar "(115).

Sentimos también afecto por Lone y Silva, dos jóvenes bastante perdidos, pero que intentan ayudar lo mejor que pueden, incluso si creemos que al fin y al cabo son solo un par de adolescentes. El final es terrible, suficiente para enojar al lector. Es quizás el propósito de este libro, ya que nos gustaría poder salvar especies en peligro de extinción. Es una obra pesimista, que deja una sensación de vacío terrible. También observamos que hay una evolución del paisaje y la naturaleza entre la época en que Karen es pequeña y cuando es adulta, lo que resulta muy interesante de analizar. La situación en Groenlandia ya no es la misma. Nuestro planeta está en peligro y la historia lo destaca, a través de esta lucha de una humana y un oso que intenta sobrevivir ante el lucro, el espíritu científico, la caza y la crueldad humana.


Conclusión

El pasado mes de mayo nos encontrábamos con esta noticia en todos los medios de comunicación. Los humanos están transformando los paisajes naturales de la Tierra de manera tan dramática que hasta un número tan grande como un millón de especies vegetales y animales están en peligro de extinción, lo que representa una amenaza grave a los ecosistemas de los que personas de todo el mundo dependen para su supervivencia, concluyó un nuevo estudio exhaustivo de las Naciones Unidas.

En un siglo, y especialmente desde finales de los años cincuenta, más de un tercio de las especies ha desaparecido.

La tasa de extinción es de cien a mil veces más alta de lo normal, es decir, de lo que sucedería naturalmente.

El 40% de los vertebrados ya han desaparecido de la superficie de la tierra.


Comunicación presentada en el Seminario de Ecocrítica del grupo GIECO. 24-26 mayo de 2029. Universidad de Alcalá. 

sábado, 10 de agosto de 2019

JOSEPH PEYRÉ: MIRADAS DESDE EL BOULEVARD DE PIRINEOS


Ces à ces cimes […] que Joseph Peyré est redevable d’avoir écrit […] tous ces romans qui éclairent d’autres ciels que celui de sa province natale, mais qu’il n’eût peut-être jamais découvert ou imaginés sans ce boulevard où il venait rêver aux heures de solitude (Bourin 1960 : 154).




Resumen

En el año 2018 se conmemoró el 50 aniversario de la muerte del escritor Joseph Peyré (1892-1968). Autor conocido por sus novelas sobre el Sahara (L’Escadron Blanc, Prix de la Renaissance 1931) y sobre España (Sang et Lumières, Prix Goncourt 1935), pero también escritor de los grandes espacios y de la alta montaña: Matterhom, 1939, Mont Everest 1942 y Mallory et son Dieu, 1947, son el reflejo de esa pasión. Los paseos dominicales que de joven le conducían hasta el boulevard de los Pirineos, en Pau, para admirar desde esa “sublime terraza” toda la cadena montañosa fueron su primera fuente de inspiración. Y sobre todo el Pico de Ossau, prisma a través del cual se mide toda su obra. Y aunque nunca estuvo directamente familiarizado con el alpinismo o el desierto, inventa aventuras épicas en las altas montañas y en el Sahara. Joseph Peyré es considerado un escritor clásico de montaña y se encuentra, según Michel Ballerini, “entre los mejores de la literatura romántica Alpine”. En este breve artículo se analizará desde perspectiva ecocrítica la relación que el escritor mantenía con el paisaje de su región, ese Béarn y ese Pays Basque que tanto le inspiraron y, particularmente, con dos de sus elementos naturales, por un lado la montaña y por otro el mar, que le permitirán viajar en sus relatos más allá de esa frontera física. Peyré nos muestra la grandeza, el poderío y la fuerza de una naturaleza fascinante e indomable. La montaña y el mar son para él un personaje tan vivo como real. Y eso es lo que hace que su obra parezca intemporal.


El año 2018 conmemoró el 50 aniversario de la muerte del escritor Joseph Peyré (1892-1968). Autor conocido por sus novelas sobre el Sahara (L’Escadron Blanc, Prix de la Renaissance 1931) y sobre España (Sang et Lumières, Prix Goncourt 1935), pero también escritor de los grandes espacios y de la alta montaña: Matterhom, 1939, Mont Everest 1942 y Mallory et son Dieu, 1947, son el reflejo de esa pasión. A lo que también hay que sumar su región, el Béarn y el País Vasco francés que tanto lo inspiraron. Vale la pena enfatizar sobre este doble movimiento que posee el autor de expansión hacia lugares exóticos y de repliegue a su tierra natal. De hecho, las estancias en el extranjero nunca diluyeron ese sentimiento de identidad y de pertenencia a la tierra que le vio nacer. El escritor siempre sintió una gran afectividad y una inmensa fidelidad por los lugares en los que habitó: « ma fidélité n’allait pas aux hommes, qui passent, et vous laissent seul. Cette fidélité, chez moi constamment conservée et accrue, s’adresse aux choses qui demeurent : à la terre, aux champs, et même aux maisons périssables », escribió en la introducción de su obra De mon Béarn à la mer basque.

Este sentimiento de apego a una tierra, a un paisaje, a una región se conoce en geografía, en el paradigma humanista, bajo el nombre de "topofilia", de topos (lugar) y filia (amor por), un neologismo introducido por Profesor Yi-Fu Tuan en los años 70.

Pour concevoir un goût personnel d’une terre, il faut être en effet parvenu à une manière d’osmose, s’être pénétré de ses soleils et de ses pluies, avoir subi les influences de ses sources, de ses vents et de ses esprits, pratiqué sa maison, ses gens. Il faut, de tel ou de tel haut lieu accepté ou choisi, avoir saisi un jour le mouvement des horizons, des eaux, et surpris ou cru surprendre leur secret (1952 : 71-72).


De manera muy similar, la topofilia es uno de los conceptos que el posmodernismo geográfico utiliza para reevaluar y comprender el concepto de "paisaje", dando mayor valor al "lugar" como centro de estudio geográfico; y la actual revalorización de términos como "ecología" y "medio ambiente". Espacio, ubicación, entorno y naturaleza aquí son los términos que analizaremos a lo largo de esta comunicación, para comprender la relación que el autor mantuvo con el paisaje de su región (topofilia) y su relación con el medio ambiente (ecocrítica), especialmente con la montaña y con el mar.

Recorreremos la verdadera montaña, la que el adolescente Peyré contemplaba durante sus paseos dominicales en Pau y que lo llevaba hasta el Boulevard des Pyrénées para admirar el esplendor de la cadena. Aquí está su primera fuente de inspiración que fue sobre todo la montaña. Y especialmente el Pico d'Ossau - " notre Cervin… prince du paysage " (1952: 38):

Ces à ces cimes […] que Joseph Peyré est redevable d’avoir écrit […] tous ces romans qui éclairent d’autres ciels que celui de sa province natale, mais qu’il n’eût peut-être jamais découvert ou imaginés sans ce boulevard où il venait rêver aux heures de solitude (Bourin 1960 : 154).


Pero también ese océano Atlántico que parecía casi alcanzar con la mirada desde su ciudad natal de Aydie o ese mar mediterráneo que cotejó en los últimos años de su vida. Tanto la montaña como el mar son dos elementos naturales que sirven de horizonte a Joseph Peyré para conquistar el más allá, son fronteras imaginarias que traspasar para concebir la aventura: al otro lado de Pirineos está su segundo país España, y más allá todavía su querido desierto, el Sahara. Tras los Pirineos llegan los Alpes donde regresará con Matterhom (1939) y su imaginación volará hasta el Himalaya para desarrollar las historias del Monte Everest (1942) y Mallory et son Dieu (1947). Detrás del océano Atlántico se encuentra las aventura de Jean le basque (1953) o de Cheval piaffant y de tantos emigrantes vascos que tuvieron que cruzar el océano para hacer fortuna en tierras del norte de América. Tras el mar Mediterráneo se encuentra también su querida Argelia. Traspasar todas estas fronteras significa para Joseph Peyré un mundo nuevo de creación literaria y aventura. Podemos decir, sin temor a equivocarnos, que Joseph Peyré es un escritor del sur.


La montagne

Nous avons tous une montagne à découvrir
Joseph Peyré, Nouvelles littéraires, 1948


A principios de la década de 1950, Joseph Peyré regresó a su Béarn natal enriquecido por todos sus viajes reales e imaginarios. Poco tiempo después publicará en 1952 De mon Béarn à la mer Basque. Es un libro muy especial, un retorno a sus orígenes, una verdadera "prueba de geografía personal". En este libro, desvelará sus primeros contactos con la cadena pirenaica, la que veía desde el mirador de Haut-d'Aydie:

[…] j’estime que l’étendue de l’arc de montagne visible doit être de plus de deux cents kilomètres, soit plus de la moitié de la chaîne totale, et du double de celui qu’embrasse la vue du boulevard palois. Il doit, dans l’est, toucher au mont Vallier, et, dans l’ouest, arriver à la Rhune. Il culmine à peu près dans notre méridien, au pic du Midi de Bigorre […][1].


Acompañado siempre por su padre durante los largos paseos a la escuela, el joven Peyré recuerda “l’émotion, l’espèce d’effroi que [l]’inspiraient la profondeur de  l’horizon et l’apparition de la montagne au bord du vide”[2]. Todos los sentidos (olfato, oído y vista) juegan un papel importante para este niño que observa con precisión e intensidad. La percepción de la montaña pirenaica en esta época viene asociada con un olor particular: “[l]eur ton mauve des soirs d’octobre reste pour moi lié à l’odeur des chais, des cèpes sur la lande”, pero también a sonidos “au roulement des chars de vendange, aux cris des oies, auquel répondait, du haut des nuages voyageurs, celui des oies sauvages surprises par la montée rapide de la nuit”[3]. Tuan nos recuerda que no podemos recuperar por completo las sensaciones esenciales de un mundo visual que pertenece al pasado sin la ayuda de una experiencia sensorial que siempre permanece en el tiempo.

En una transmisión radiofónica de 1958, en RTF[4], el niño de Aydie evoca su pueblo, su escuela, su iglesia, los años pasados en la escuela secundaria de Pau y más tarde en la ciudad de Pau. Pero la montaña y sus actividades están siempre presentes, esta vez es el ruido de las campanas de los animales que lo transportan hacia la montaña: “La fenêtre de ma chambre donnait sur la Haute Plante qui était le lieu de transhumance pour les troupeaux descendus de la montagne”. Este recuerdo también se incluye en su obra De mon Béarn a la mer Basque: “Les troupeaux transhumants faisaient encore halte sous mes fenêtres. Descendus de la montagne, sous la conduite de leurs bergers, de leurs chiens et de l’âne au parapluie bleu, ils venaient hiverner sur les landes du Pont-Long”[5]. Y el río -le Gave-, "fils des Pyrénées" a través del cual respira “l’air des neiges qu’il apportait à la vallée” [6] y cuya imagen hacía nacer en él un nuevo deseo, el de ir a descubrir con sus propios ojos esas fuentes eternas.

Sin embargo, el descubrimiento de la verdadera montaña fue mucho más lento para este niño que quería admirarla más de cerca. Tendrá que esperar hasta casi el final de la escuela secundaria, cuando acompañado por el sacerdote de su pueblo, el Abbé Campagne, llegará al pie del Pic d'Ossau: “Quelle émotion pour moi que de voir s’ouvrir à mon intention la haute vallée pyrénéenne, commandé par la cime rose du pic d’Ossau!”[7]. Este momento quedará grabado en su memoria para siempre. E incluso si más tarde conocerá otros picos y otras montañas míticas, como el Cervino en Suiza, ninguno ejercerá sobre él ese poder. Los sentidos son nuevamente protagonistas de la escena, esta vez es el sabor: “Tout y était nouveau à mes sens, et surtout la saveur inoubliable du soir: air capiteux, chargé du souffle balsamique des sapinières et de la violente fraicheur du gave”[8]. Hay, sin embargo, cierta amargura cuando evoca el arroyo, este “frère du grand Gave” lleno de ardor en este momento, pero que pronto será encerrado por presas y embalses debido a un progreso demasiado voraz con los recursos naturales: “En ce temps-là, les barrages ne cassaient pas les reins de ces poulains sauvages, les conduites forcées ne tarissaient pas leurs courants[9]. Ciertamente, las “aguas más salvajes” de los Pirineos se hacen cada vez más “raras”, retenidas por embalses y conducidas por canalizaciones hasta las fábricas de las compañías hidroeléctricas. Joseph Peyré critica duramente las transformaciones que sufren los paisajes pirenaicos a partir de la década de 1950. El espectáculo dantesco que presencia en un día de verano durante uno de sus paseos hacia el Pic d'Ossau nos revela su versión más ecológica o conservacionista: “Les ouvriers du chantier remontèrent, et ils envahirent l’éden. Alors j’ai vu la vérité: les baraquements, la montagne éventrée, les talus d’éboulis, les gués écrasés par les bandages de camions. Le gave était déjà amaigri, défiguré.»[10] Aquí está el paisaje devastado de la futura presa de Bious-Artigues, propiedad de la SHEM (Compañía Hidroeléctrica del Sur), que se puso en servicio en 1957. Pero el escritor no solo habla de presas y embalses:

Barrages, lacs factices, conduites d’eau qui ont l’air de conduites d’égout, cônes de détritus, fausses cascades, usines grises, transformateurs, lignes de force et pylônes en routes vers les villes, avec leurs chapelets de boules brillantes, ce nouveau mouvement n’utilise pas le mouvement naturel de nos gaves, il l’usurpe, le détruit et, pour finir, en trahit l’âme.[11]


Todo este paisaje pirenaico que tanto afecciona se pone al servicio de la modernidad y del progreso. Peyré lamenta que sus montañas y valles formen parte de un “un type de paysage industriel”[12], repleto de hormigón, en el que los puentes, las trincheras, los túneles y los parapetos de la carretera arruinan una decoración hasta ahora intacta, porque “le béton n’épouse pas les lignes naturelles, ni la grâce d’un lac réel”[13], nos dice. Va incluso más lejos y predice la transformación de una tradición de las altas montañas, la trashumancia: “Sans doute le temps viendra-t-il où des convois de camions déplaceront des montagnes aux plaines un bétail gras, qui n’aura plus de jambes. Le taux de boucherie sera porté à un degré inespéré”[14]. Aunque muchas cosas han cambiado, la trashumancia sigue viva hoy en día y la subida de rebaños de ovejas, vacas y caballos a los pastizales de los Pirineos continúan haciéndose cada verano. Ciertamente, “seuls quelques-uns effectuent cette grande migration saisonnière dans l’autre sens entre plaines et vallées d’Ossau, d’Aspe et de Barétous”[15]. A pesar de los profundos cambios tecnológicos, el trabajo sigue siendo el mismo. A esto debe agregarse la contribución del turismo alpino en los últimos años: los festivales de trashumancia han surgido en junio en todos los valles de tradición pastoral. De este modo, permiten descubrir y valorar la profesión del pastor: su vida en los pastos en verano y el conocimiento de las variedades de los quesos. También da la oportunidad de apreciar las razas locales mantenidas en el área. Hoy, Joseph Peyré estaría muy feliz de saber que esta tradición ha continuado viva en todo el Pirineo.

Pero regresemos a ese bulevar de Pirineos desde donde observa su Pico d’Ossau, ya que desde los Pirineos hasta los Alpes, desde el Pic d'Ossau hasta el Cervino, solo hay un paso y el autor no tardará en darlo. La relación entre ambas montañas no se hace esperar, por su aislamiento “[d]e même que le Matterhorn se dresse seul face à l’alpe de Findelen […], de même le Pic d’Ossau se dresse au fond de sa vallée comme la cime unique”; y por su drama, porque “il a ses héros, ses légendes […] de ceux qui réussirent à le vaincre et de ceux qui y succombèrent”. Así surge la comparación: dos montañas universales y dos almas gemelas, a la que pronto se le unirá el Everest, la cima del mundo. Miradas locales que anuncian lugares más lejanos y exóticos a los que Joseph Peyré nos trasladará con sus obras “Matterhorn” y “Mallory et son Dieu”.


La mer

 Je ne connus que fort tard l’Atlantique et le pays basque marin[16]


Pero la presencia de este océano atlántico se encuentra ya bien presente desde su infancia, cuando paseando con su padre por Aydie y llegando a la cima de las colinas que rodeaban su casa sentía ese viento que anunciaba el océano : “un air plus vif, qui annonçait l’océan, nous frappait au visage”[17]. Como niño que era entonces le gustaba también escuchar el ruido de las olas a través de la gran caracola marina que guardaba junto a la chimenea de su habitación: “Après l’apparition de la montagne, je cherchais celle de la mer, l’autre secret de l’étendue, la route par laquelle nous étaient venus nos voisins…”, vecinos llegados del continente americano (México, Florida,…) que hacían viajar con la narración de sus relatos su propia imaginación. De aquí nacerá su espíritu de aventura y la fuerte convicción que desde su pueblo natal se abrían todos los caminos posibles: “je savais qu’en vrai village bernais, notre Aydie, replié à l’abri de sa côte, ouvrait sur les chemins du monde”.[18]

Desde el mismo bulevar de los Pirineos, Joseph Peyré sueña con el mar. Sin embargo, este elemento natural, al igual que la montaña, lo descubrirá también tardíamente. Los sentimientos que despierta el descubrimiento del océano se mantienen tan vivos a lo largo del tiempo que resulta fascinante escucharlo: la vista, el oído, el olfato se ponen al servicio de nuevo del recuerdo de aquel joven que de camino a España se detiene a descubrir este rincón con el que tanto había soñado:

Je ne peux pas me souvenir du jours où je découvris pour la première fois ce paysage, sans en éprouver encore le choc grisant, l’éblouissement, sans en respirer l’embrun chargé d’iode et de sel, si nouveau pour mes sens de terrien. Jamais je n’avais  supporté l’assaut du vent  sur les jetées, ni vu les lourdes vagues accourir, briser sur les enrochements, et refluer en nappes scintillantes. Jamais je n’avais entendu ce grondement des lames déferlantes, cette voix. Tandis que j’avais eu, pour mon initiation à la montagne, un compagnon, un guide, j’étais seul cette fois, libre de m’émouvoir. Je pus ainsi m’exalter à loisir, remercier mon pays qui, avec celle de l’Ossau, pouvait me ménager une révélation pareille, montagne et mer, altitude et espace. Pays unique, pensai-je, et où se mirait l’univers.[19]


Aunque el País Vasco francés no sea su lugar de origen, el océano que lo baña es uno de los elementos esenciales de su obra y de su universo: “J’ai l’impression de subir  dans mon corps, ma poitrine oppressée, mes oreilles assourdies par leur grondement, l’assaut des vagues suscitées par l’esprit inépuisable des tempêtes, et de leur résister moi-même »[20], nos relata el propio escritor. Incluso reconoce el viento que sopla desde estas costas vascas y lleva tierra a dentro, hasta su pueblo natal Aydie, el olor a iodo del océano. Es la tierra del aventurero “Jean le Basque” y de otros como Sauveur Etchemendi. Ellos cederán a la llamada del océano y se marcharán más lejos aún, hasta California, hasta Nevada, empujados por ese instinto ancestral del emigrante vasco, del pastor que va a buscar fortuna a tierras americanas.

Joseph Peyré estaba muy apegado al País Vasco. Entre los tres lugares clave donde vivió, figura Saint-Jean-de-Luz. La novela, Le Pont de Sorts, nos traslada hasta el Saint-Jean de Luz de los años 36-40 convertido en territorio español (o al menos vasco-español) durante la guerra d’Outre-Monts. En este pueblo marinero se reagrupan los dos elementos naturales que más han influenciado sus primeros años: el mar y la montaña.

Aunque no sólo conocerá el océano Atlántico. Respondiendo a la solicitud de Colette, residente del “Treille Muscate” en Saint-Tropez, Joseph Peyré se establece allí como vecino en 1936. “C’est là, […], à une portée de pinceaux des paysages chers à Signac et Dunoyer de Segonzac, qu’il planta sa résidence principale: un havre de paix au milieu des pins maritimes qu’il baptisa La Palombière, en souvenir de son village d’Aydie où, l’automne avancé, il comptait les palombes qui emportaient son imagination, bien au-delà des coteaux du Vic-Bilh”, nos recuerda su sobrino Pierre. Y hasta el final de sus días se convierte en un Provenzal más. El mar Mediterráneo será también otro horizonte más a través del cual su imaginación continuará viajando.


Conclusión

La obra de Joseph Peyré es un ejemplo mismo de lo que podríamos llamar “la imaginación al poder”, por esa capacidad que tiene de ver e imaginar lugares como novelista. Amante y gran conocedor de su tierra le Bearn y del País Vasco a las que rendirá tributo a través de varias de sus obras, pero también un hombre que es consciente del daño que provoca el progreso y que, a pesar de todo, no desea oponerse a la modernidad, sino ponerla límites o controlarla. El contador de cuentos para niños que imagina, en las montañas de los Pirineos, la reconciliación incluso del hombre y del oso en un marco perfecto, casi arcadiano: Le prè aux ours. Un hombre preocupado por las deudas excesivas causadas a los agricultores, por la modernización y el posible deterioro del suelo por el uso excesivo de fertilizantes, no dejará de tener una mirada tierna, desde lo más alto del mirador, a todas esas tierras que, expuestas entre dos vientos contrarios, suben o bajan hacia el océano. No debemos olvidar que Peyré escribió su primera obra literaria, "Sur la terrasse" en 1922 ¿casualidad? Esta indicación podría percibirse en la actualidad como la matriz de la génesis de su escritura.

¿Por qué extraña anomalía, este autor esencial de la literatura francesa y del premio Goncourt ha desaparecido de nuestras referencias como de nuestros hábitos de lectura para caer en este lugar injustamente frecuentado qué es el purgatorio de los escritores? Algo paradójico cuando el trabajo de Joseph Peyré ha sido recompensado con tantos premios y su obra se compara con Hemingway o Kessel. Durante toda su vida, este escritor viajero no dejó de imaginar el mundo en busca de horizontes lejanos, tanto geográficos como humanos. Es por ello merecedor de volver a ocupar el lugar que le corresponde entre los escritores franceses más conocidos del siglo XX.



[1] Joseph Peyré, De mon Béarn à la mer basque, Paris, Flammarion, 1952,  pp. 181-182.
[2] Ibíd., p. 13.
[3] Ibíd., p.15.
[4] Vent du Sud, entretiens avec Joseph Peyré, une série de 11 émissions de la Radiodiffusion-télévision Française, présentée par Marguerite Taos sur France II, du 5 janvier au 16 mars 1958.
[5] Joseph Peyré, De mon Béarn à la mer basque, Paris, Flammarion, 1952, p. 111.
[6] Ibíd., p. 36.
[7] Ibíd., p. 40.
[8] Ibíd., p. 41.
[9] Ibíd., p. 41.
[10] Joseph Peyré, De mon Béarn à la mer basque, Paris, Flammarion, 1952, p. 140.
[11] Ibíd., p. 141.
[12] Ibíd., p. 140.
[13] Ibíd., p. 141.
[14] Ibíd., p. 142.
[15] Vanessa Doutreleau, Itinéraires de bergers. Transhumance entre Pyrénées et les plaines de Gasgogne, Pau, Cairn, 2014, p. 11
[16] Ibíd., p. 63
[17] Ibíd., p. 13
[18] Ibíd., p. 14
[19] Ibíd., p. 66
[20] Bourin, André. Province terre d’inspiration, Paris: Edit. Albin Michel, 1960, p. 155.

sábado, 27 de abril de 2019

LES LOUPS ET LES OURS: UNE HISTOIRE D'AMOUR DIFFICILE


Résumé


L'ours et le loup occupent une place prééminente dans l'imaginaire occidental. Voici deux espèces aimées, admirées, appréciées et même vénérées, mais aussi combattues, honnies et diabolisées depuis la fin de temps. Elles provoquent des sentiments ambivalents chez les gens car elles sont toujours peu connues du grand public, et notre littérature n’a pas arrangé beaucoup les choses. Dès l'enfance, nous savons déjà tout sur le loup. Nous avons peur, par les contes de fées, comme « Le petit chaperon rouge» et « Le loup et les sept chevreaux ». Pourtant, de tous les animaux, le loup est celui qui nous fait le plus confiance parce que ses frères et sœurs domestiqués vivent depuis des milliers d'années dans nos familles humaines. L’ours « fait partie des animaux qui ont le plus marqué l’homme », indique Michel Pastoureau, historien à l’École pratique des hautes études. Ils se côtoient dès la préhistoire et ils ont cohabité dans les grottes, lieu d’hibernation pour l’un, site d’expression picturale pour l’autre. Toutes les mythologies européennes font de l’ours un animal à part, un dieu ou un ancêtre de l’homme, signe de la forte impression qu’exerçait le plantigrade sur l’homme. Vers le Xe siècle, il tombe en disgrâce car le christianisme voyait en lui un animal dangereux. Il y a une croyance populaire, fortement répandue, qui véhiculait l’idée que l’ours mâle était sexuellement attiré par les jeunes femmes, qu’il les enlevait, les violait et que de ces unions naissaient des êtres mi-hommes mi-ours, comme le rapporte le conte Jean de l’Ours. Et on va le détruire, le chasser, l’attraper pour le dompter et le montrer dans les villages, foires et cirques. De nos jours, le loup et l’ours continuent à provoquer des sentiments ambigus. Pourtant, il suffit d’observer leur mode de vie dans leur habitat naturel pour comprendre que ce ne sont pas ces monstres que l’on rencontre dans les livres de contes, mais ce sont des animaux surprenants, à la vie sociale riche, et aux mœurs intéressantes, capables de vivre en harmonie avec nous si on respecte leur espace.
Voici l’histoire de deux femmes, deux jeunes écrivaines qui ont voulu rendre hommage à ces deux espèces : la pianiste Hélène Grimaud et la philosophe Charlotte Bousquet. A travers de leurs œuvres (« Variations Sauvages » et « Le dernier ours ») nous allons comprendre mieux l’amour que ces deux écrivaines ressentent pour ces deux espèces emblématiques. Notre objectif sera donc l’analyse écocritique de ces deux livres, très différents d’ailleurs entre eux, mais où la sensibilité animale, la conscience écologique, la beauté familière des relations interspécistes, sont bien présentes. Le premier est une autobiographie qui nous raconte la trajectoire d'un artiste singulier dont la vie a été transformée par la rencontre d’une louve nommée "Alawa". Le deuxième est un roman d’anticipation qui nous offre une vision quelque peu pessimiste et effrayante de notre avenir et de celui des espèces en voie de disparition. Deux belles et dangereuses aventures qui nous prouvent que, dans le monde réel ou dans la fiction, l’amour que l’on ressent pour un animal peut déplacer des montagnes.




Communication présentée lors du Colloque International “L’amour des animaux/Animal Love”. 20-23 mars 2019. Hôtel d’Assezat. Toulouse. On peut visualiser la conférence ici: https://www.canal-u.tv/video/universite_toulouse_ii_le_mirail/les_loups_et_les_ours_une_histoire_d_amour_difficile_montserrat_lopez_mujica.56329 

Sylvain Tesson : esthétique du retrait et écologie existentielle face à l’épuisement occidental

  Résumé L’œuvre de Sylvain Tesson peut être lue comme une réponse littéraire aux tensions écologiques et existentielles qui traversent l’Oc...