sábado, 11 de diciembre de 2010

LE POLITIQUEMENT CORRECT DES CONTES CLASSIQUES, SELON JAMES FINN GARNER

La parole a été donnée à l’homme pour cacher sa pensée

Stendal « Le Rouge et le Noir »


L’expression « politiquement correct » est un anglicisme venant de l'expression politically correct, rapidement simplifiée en PC. Même si elle fut adoptée par le français à la fin des années quatre-vingt, le politiquement correct, c’est vieux comme un conte. La langue française connaît le problème depuis très longtemps. Il y a des choses qu’on ne dit jamais, des mots qu’on n’emploie jamais dans ce qui devrait être leur sens commun. Georges Lebouc affirme dans l’introduction de son livre Parlez-vous le politiquement correct ?que les dictionnaires de la langue française ne semblent pas se passionner pour la définition du terme (9) et lorsque nous cherchons sa signification elle n’est guère suffisante . L'expression n'a pas rencontré un grand succès semble-t-il, à son introduction en France. Elle est immédiatement considérée comme une dérive des mouvements minoritaires, comme un nouveau symptôme du puritanisme américain. D’après Lebouc, le politiquement correct est une tentative d’éviter des expressions qui pourraient être compromises comme des tentatives d’exclure ou de dénigrer des groupes ou des minorités traditionnellement perçues comme désavantagés. Ce faisant, il tendrait à éviter des discriminations raciales, sexuelles, sociales, politiques ou vis-à-vis des infirmes (Lebouc, 11). Vladimir Volkoff indique, dans son Manuel du politiquement correct, que le PC ne peut guère se définir, mais ses manifestations donnent quelque espoir de le cerner (11). C’est ainsi qu’il nous propose un dictionnaire du politiquement correct tel qu’il pourrait avoir été rédigé par un auteur acquis de cette idéologie. Préciosité du XXI è siècle? Langue de bois ? Euphémisme moderne ? Le politiquement correct reste un fait de langue qui prend différentes formes et nominations selon les contextes et les époques.


Aux États-Unis, pays d’origine de l’expression, l’extrême rapidité de diffusion de ce phénomène a d’abord surpris, puis s’est imposé comme une évidence. Il s’est transformé en une façon de penser et d’être, faisant référence à un style de vie prônant la sensibilité, la tolérance et le respect à l’égard de la race, du sexe, de l’orientation sexuelle, la nationalité, la religion, l’âge, les handicaps physiques et toutes autres caractéristiques. Cependant, il existe aussi des détracteurs qui, préférant un langage plus franc, considèrent ridicule le politiquement correct. Cette journée de réflexion, intitulée La littérature face au «politiquement correct», me donne l’occasion de vous présenter l’un des représentants de ce mouvement critique: James Finn Garner. Un auteur américain né à Détroit en 1960, de parents irlandais catholiques, qui grandit dans la ville de Dearborn. Licencié en Lettres à l’Université de Michigan en 1982, il obtient un prix universitaire (le prix Hopwood) pour l’une de ses pièces courtes. Après ses études, il s’établira à Chicago où il fera le tour de petits boulots, parmi lesquels, peintre bâtiment, boulanger, magasinier, chargé de relations publiques, rédacteur. Pendant plusieurs années il va suivre des cours d’improvisation nocturnes afin de trouver une activité plus créative, dans les boîtes de nuit comme la Salle Elbo où il a crée son « Theatre of the Bizarre ». Son projet le plus connu ? L’art de la performance avec son groupe théâtral JazzPoetry. L’œuvre fut qualifiée de « complètement douloureuse par sa stupidité » par le Chicago Tribune et « l’une de choses les plus amusante jamais vue » par l’un des fondateurs du The Second City. Parmi ses créations nous citerons les suivantes : "The Waveland Radio Playhouse," "McCracken After Dark," et le "Theatre of the Bizarre." L’une des pièces du "Theatre of the Bizarre", est devenue Politiquement Correct.


James Finn Garner se moque de ce mouvement dans Politiquement correct. Contes d’autrefois pour lecteurs d’aujourd’hui. Ce livre a connu un énorme succès d’édition, non seulement aux États-Unis -avec ses 2,5 millions d’exemplaires vendus et ses 65 semaines affiché sur la liste des Bestsellers du New York Times-, mais aussi en dehors des frontières américaines, puisqu’il est traduit en 20 langues. Politiquement correct est donc un recueil des contes de notre enfance mais remaniés par l’auteur. Le lecteur aura plaisir à retrouver les contes de fée de son enfance dans une version enfin expurgée de tous les préjugés les plus odieux qu’ils véhiculaient. Garner critique ces histoires classiques qui regorgent de préjugés machistes découlant d'une société patriarcale (on est tous conscient que nos contes populaires infériorisent les femmes). Il développe l’exagération de certaines valeurs jusqu’à son extrême pour se moquer des questions de genre, d’imagination freudienne, de la pensée occidental, du sexisme et de la diète saine. Bien que ces histoires négligent d'être éducatives de manière claire et concise (cet ouvrage vise évidemment un lectorat d'adultes), elles nous permettent surtout de les revisiter en les épurant de tout sexisme et de toute domination sur les animaux. Car, nous sommes bien d’accord, les contes classiques sont tous remplis des stéréotypes : presque toutes les histoires mettent les femmes et les filles dans une situation passive dans laquelle le protagoniste, généralement de sexe masculin, doit réaliser différentes activités pour essayer de la sauver. Des histoires où des qualités telles que la tendresse, la compréhension, la prise en charge des autres, la soumission, la dépendance, etc., sont réservées exclusivement aux femmes.


Nous sommes bien loin de ces contes traditionnels oraux qui transmettaient une mythologie matriarcale, où les femmes tenaient les rôles principaux, et les fées étaient le dernier souvenir de l’ancienne religion du culte à la nature. Une vision du monde qui se transformera radicalement à la fin du XVe siècle et tout au long des XVIe et XVIIe siècles, grâce aux efforts combinés de l’église catholique, de la reforme protestante et des pouvoirs en place. La femme sera évincée au profit de nouveaux modèles masculins: ainsi la «marraine» devient une sorcière, une fée démoniaque ou une marâtre, la «jeune princesse» active et déterminée, un jeune homme ; les lignées maternelles firent place à des lignées paternelles. Le courage, l’intelligence et l’adresse appartiennent désormais aux hommes, qui couronnent succès social et faits d’armes. Comme la femme est incapable de contrôler ses instincts naturels et ses pulsions, elle ne gardera que la beauté pour elle. Et si cette malheureuse ose prendre la parole, c’est pour mieux signifier sa soumission ; car son seul et véritable objectif est le mariage, sommet de l’accomplissement féminin. Les histoires comme La Belle au Bois dormant, Cendrillon ou Blanche-Neige sont bien la preuve.

Mais, revenons à notre auteur. Nous allons présenter maintenant plusieurs histoires plus adaptées à notre époque où le politiquement correct va mettre en évidence les différents stéréotypes qui sont cachés dans ces contes classiques. Commençons par l'histoire du Petit Chaperon rouge. Voici la version de Garner :



Il était une fois une jeune personne appelée le Petit Chaperon rouge qui vivait avec sa mère à la lisière d'un grand bois. Un jour, sa mère lui demanda d’aller porter à sa grand-mère une corbeille de fruits frais et de l’eau minérale – encore une tâche réservées aux femmes, direz-vous? Eh bien non, c’était tout simplement une démarche généreuse – pourquoi le Petit Chaperon Rouge n’aurait-elle pas eu elle aussi le sens de la communauté? Qui plus est, sa grand-mère, loin d’être malade ou gâteuse, était une adulte rayonnante de maturité et parfaitement capable de prendre soin d’elle-même (Garner, 1995:11 )



Certes, nous avons mal compris le Petit Chaperon rouge ! Garner nous présente, avec beaucoup de grâce et subtilité, des personnages qui revendiquent leur acceptation et respect, simplement pour ils s’acceptent tels qu’ils sont. L'héroïne de Perrault devient pour lui une candide philanthrope qui s'en va porter quelques collations diététiques, cent pour cent naturelles, - de nos jours, la galette et le pot de beurre ne font plus partie d’une diète saine- à une adulte rayonnante de maturité, laquelle assume parfaitement sa légère contrariété optique dans une forêt remplie de «techniciens sylvestres» (traduisez : un bûcheron; et ajoutez : indélicat envers les bûches qui, elles aussi, ont droit au respect) victimes d'une société particulièrement injuste. Quand le loup lui demande: "Tu n'as pas peur de te promener ainsi toute seule ?" elle ressent le caractère honteusement sexiste qui se cache derrières ces paroles. La prend-on pour quelqu'un de mentalement désavantagé ? Elle va répondre poliment parce qu'elle tient compte du fait que le loup lui-même, rejeté depuis des siècles par la morgue des "animaux humains", a droit à la considération que méritent toutes les victimes des oppresseurs. D'ailleurs un peu plus tard, chez la Mère-Grand, quand elle se battra avec lui et que voudra intervenir le technicien sylvestre qui passait par là, elle rejettera ce représentant honni du machisme blanc : les minorités n'ont besoin de personne pour régler leurs comptes. Mais le bûcheron, qui laisse à sa hache le soin de penser à la place de son cerveau, a le droit aussi à sa réprimande: il est incapable de concevoir que femmes et loups sont tout à fait capables de résoudre leurs conflits sans l'aide d'un homme. Il se fait couper la tête par la grand-mère qui ressent une communauté d'esprit avec un loup travesti, et ils fondent avec le Petit Chaperon Rouge un foyer alternatif basé sur le respect mutuel et la coopération. Voilà la version Garner !

Une analyse plus approfondie de la version du conte de Perrault et des Frères Grimm par rapport à celle de Garner nous offre la possibilité de comparer les tâches et comportements propres au genre des personnages. Dans les contes classiques les personnages féminins sont décrits en fonction de leur aspect physique (« jolie », « malade ») ou de leur état d’esprit (« pauvre enfant », « bonne femme »), mettant en évidence la faiblesse et fragilité du caractère de la femme. Au contraire, le loup, représentant du genre masculin, est présenté sous une auréole de perversité et méchanceté. En ce qui concerne la dénomination, la seule caractéristique importante à signaler serait l’identification que l’on fait des personnages masculins à travers leurs métiers de bûcheron ou chasseur. Par contre, l’activité des personnages féminins n’est jamais décrite.

Cependant, les aspects qui permettent une meilleure identification du caractère sexiste du récit sont en rapport avec les différences des genres que l’histoire nous offre. Les personnages féminins sont présentés comme des êtres naïfs, intuitifs, volatils, avec un intellect limité, etc., tandis que les personnages du sexe opposé ils sont rusés, doués d’agilité mentale et de force physique ; c’est ainsi que les stéréotypes ou les attitudes de tendresse, docilité, dépendance, peur, obéissance, fragilité, générosité, prise en charge des autres « si propre aux femmes » se manifestent face à la force, le courage, l’agressivité, l’efficacité des hommes. Finalement, la fin du récit est aussi différente en fonction du sexe des personnages. Alors que les personnages féminins sont littérairement engloutis, les hommes deviennent, dans les meilleurs de cas, les grands sauveurs.

Cendrillon est un modèle d’obéissance dans le conte de Perrault. Sa beauté et son humilité exemplaire lui valent d’être remarquée par le Prince et d’être épousée : ils furent heureux et ils eurent beaucoup d'enfants ! Garner nous propose une histoire bien différente : Cendrillon est une «employée personnelle non rémunérée» contrainte, derrière ses fourneaux, à relever un formidable défi social. La condition féminine est ici le sujet développé : les femmes doivent dans cette histoire répondre aux critères irréalistes de la beauté féminine imposée par l’homme, en soumettant parfois leurs corps à la torture : « On veut se boudiner le corps dans une robe trop serrée qui bloque la circulation ? Se martyriser les pieds dans des chaussures à talons hauts qui nuisent à l’ossature (je vous rappelle que Cendrillon chausse des pantoufles de verre très peu pratiques et dangereuses), et se peinturer le visage avec des produits chimiques et des cosmétiques testés sur des animaux non humains ? » (Garner, 1995: 51). Curieux, les deux héroïnes, celle de Perrault et celle de Garner, acquiescent toutes les deux. On remettra à plus tard « son éducation politique » nous dit Garner (Garner, 1995: 51). Les mauvaises sœurs ne sont pas des laiderons (ignoble considération phallocrate) mais des jeunes personnes devant relever un défi esthétique : « elles avaient des visages assez particuliers pour arrêter une pendule rien qu’en la regardant » (Garner, 1995: 50). Lorsque le prince voit pour la première fois Cendrillon, « cette poupée Barbie qui incarnait si bien son idéal » (Garner, 1995: 52), dans la soirée du bal, ses instincts les plus primitifs se réveillèrent : « Voici une femme, se dit-il, que je veux épouser et féconder » (Garner, 1995: 52). Voilà la véritable question, appelons les choses par leur nom, car « que pourrait produire le mélange de leurs gênes parfaits sinon une progéniture parfaite ? » (Garner, 1995: 52). Non seulement le prince s’assurait ainsi une merveilleuse descendance mais aussi la plus belle femme du royaume qui ferait l’envie de tous les autres hommes –sentiment bien machiste. Mais l’affaire n’est pas fini, car Cendrillon « en plus, elle est blonde ! » (Garner, 1995 : 52) (les connotations de cette expression nous les connaissons suffisamment déjà pour y rajouter d’autres commentaires). Heureusement l’histoire, cette fois-ci, ne finit pas en mariage. Et lorsque minuit sonna, et Cendrillon redevient la belle paysanne qui était avant -libérée de la robe et des pantoufles qui l’emprisonnaient- une jalousie d’une tournure différente maintenant gagna à nouveau les femmes. Elles commencèrent à se libérer les unes après les autres de tout ce qui contraignaient leurs corps et, sans leurs mâles (car ils périrent tous jusqu’au dernier lorsqu’ils se battaient pour conquérir « le corps » et non « le cœur » de Cendrillon) elles fondèrent une coopérative des vêtements confortables et pratiques pour les femmes qui portait le nom de Cendri-fringues !

Blanche-Neige, dont la version la plus connue est celle des Frères Grimm, est recueillie par les nains, à la seule condition qu’elle devienne leur bonne à tout faire, jusqu’à ce que le Prince paraisse et la récompense par sa discrétion et sa serviabilité en l’épousant. La jeune princesse « pas du tout désagréable à regarder » (Garner, 1995 : 63) et la reine, sa belle-mère, sont aussi un bon exemple du caractère sexiste de ces contes classiques. Cette dernière vit complètement obsédée par son apparence et esclave d’un miroir magique. Le seul point de repère qui lui reste est la beauté physique, mais « il faut dire que des années de conditionnement social, au sein d’une dictature instauré par le mâle, avaient fini par saper la confiance de la reine en ses propres mérites » (Garner, 1995 : 64). Cependant, l’aspect physique, cette fois-ci, n’atteint pas seulement le côté féminin. Blanche-Neige n'est pas entourée des sept nains, mais de sept compagnons à « la verticalité contrariée »... Georges Lebouc nous rappelle avec beaucoup d’ironie qu’« Il faut qu’on cesse de traiter les nains d’avortons, de nabots, de pygmées, de lilliputiens, des gnomes, d’homuncules ou des microbes ! On imagine leurs soulagements une fois qu’ils deviennent des personnes de petite taille. Mieux encore, ils grandissent moralement lorsqu’ils apprennent qu’ils sont verticalement défiés ou qu’ils sont des personnes à la verticalité contrariée. Cela au moins, les apaise et leur fait certainement gagner quelques centimètres ! » (Lebouc, 2007: 16). Les Sept Très Hauts (dans la communauté des hommes de la forêt) Géants (par l'esprit) décident d'utiliser le corps de Blanche-Neige comme thérapie contre l'impuissance quand ils constatent son effet sur un prince cherchant un remède à sa suspension involontaire d'activité phallocentrique (ils l'avaient laissé vivre parmi eux, malgré sa présence féminine corruptrice, pour pouvoir mesurer leurs propres progrès comme hommes en se comparant à une femelle). Voici donc quelques exemples des contes classiques où le politiquement correct est devenu un instrument de critique. Trop de correction devient parfois absoudre et grotesque.

Après le succès époustouflant de Politiquement correct, James Finn Garner publiera deux autres titres: De plus en plus politiquement correct : nouveaux Contes d’autrefois pour lecteurs d’aujourd’hui et Contes de Noël politiquement corrects, dans lesquels poursuivra sa croisade contre les préjugés révolus et malsains qui ont empoisonné tant de générations. Désormais les enfants sont des pré-adultes, les vieillards des personnes temporellement avancées, la Belle au bois dormant une personne endormie plus belle que la moyenne, etc.

Parmi ces nouvelles héroïnes nous citons ici La princesse au petit pois. Elle nous donne une version beaucoup plus écologiste de son histoire lorsqu’elle exclame : « Quelle barbarie ! Comment aurais-je pu dormir en pensant à ces pauvres oies qu’on avait obligées à sacrifier leurs plumes à mon confort ? » (Garner, 1996 :39). Elle fait aussi la morale à sa future et hypothétique belle-famille en remarquant qu’ils ne pouvaient pas gaspiller de la nourriture en oubliant un malheureux petit pois sous les couvertures, surtout en voyant l’état actuel du monde. D’ailleurs, elle montre aussi son côté solidaire en offrant aux paysans moins fortunés tous les futons superflus. Voilà une vraie princesse d’aujourd’hui : écologiste, économe et solidaire avec les classes plus démunies.



Conclusion



Grâce à son rôle éducatif, les contes classiques ont toujours servi à transmettre des messages idéologiques d’une manière plus importante que dans la littérature adressée aux adultes. En effet, les livres adressés aux enfants ont toujours eu un rôle de contrôle social à travers lequel on a traditionnellement favorisé toutes les formes de soumission à l’autorité et au respect de l’ordre établi. Discours institutionnalisé à part entière, le conte de fée inclut, parmi ses composantes, la manipulation. De Perrault à Grimm, d’Andersen aux grandes productions de Walt Disney, reflet de l’industrie culturelle contemporaine, il est aisé de reconnaître la volonté sous-jacente des auteurs d’imposer au lecteur (ou téléspectateurs) des modèles à vivre, des manières de penser, et de les amener, sans qu’ils s’en aperçoivent, à considérer les valeurs admises par la majorité comme intrinsèquement bonnes pour eux-mêmes et pour les autres, et tout ce qui s’y oppose comme contraire au bien général.

En s’inspirant du mouvement « politiquement correct », Garner nous donne une version bien différente des contes classiques. Ses hilarantes caricatures dénoncent le caractère sexiste et le spécisme des ces histoires en employant des termes plus « adaptés aux âmes sensibles» qui virent parfois vers le ridicule, voir même vers l’hypocrisie.

Quel serait, dans ce cas là, le chemin le plus correct à prendre dans l’éducation des jeunes lecteurs ? Il ne passe jamais par la censure des œuvres littéraires ni par la prédication de nouvelles « vertus » officielles. Nous ne devons pas tomber dans le piège de les éloigner de la réalité qui les entoure, en leur montrant un monde, par exemple, comme celui de Disney, - un monde qui n’auront jamais l’occasion d’expérimenter dans leur vie d’adultes. Le politiquement correct est toujours « prêt à remplacer la dure réalité par une distrayante sémantique » (Lebouc, 2007: 39). Il est certain qu’il faut leur donner une bonne formation morale, mais sans les manipuler ou cacher sous des faux noms la réalité. « Que ces réalités soient cruelles, nul n’en disconvient, mais elles ne cessent pas pour autant parce qu’on cesse de les nommer, ou qu’on les nomme autrement » nous rappelle Lebouc (Lebouc, 2007: 14). Et cela est tout à fait possible, si nous sommes moins occupés à cacher sous un faux nom la réalité qui nous entoure et nous sommes plus attentifs à montrer, dans les livres et dans la vie, des valeurs qui doivent prévaloir dans notre société, telles que la solidarité, l’environnement, le respect des autres et l’amitié.



Bibliographie



Georges Lebouc, Parlez-vous le politiquement correct ?, Ed. Racines, Bruxelles, 2007.

Hamilton, Geoff & Jones, Brian, Encyclopedia of American Popular Fiction, Facts of File Library of American Literature, New York, 2009.

James Finn Garner, Politiquement correct : contes d’autrefois pour lecteurs d’aujourd’hui, traduit de l’américain par Daniel Depland, Bernard Grasset, Paris, 1995.

James Fin Garner, De plus en plus politiquement correct : nouveaux Contes d’autrefois pour lecteurs d’aujourd’hui, traduit de l’américain par Janine Lévy, Paris, Bernard Grasset, 1996.

James Finn Garner, Contes de Noël politiquement corrects, traduit de l’américain par Janine Lévy, Paris, Bernard Grasset, 1997.

Vladimir Volkoff, Manuel du politiquement correct, Éditions du Rocher, Monaco, 2001.




Communication présentée lors du Colloque "La littérature face au 'politiquement correct'" qui a eu lieu le 7 décembre 2010 à la Faculté de Lettres de l'Université de Porto.
 

sábado, 2 de octubre de 2010

Ecocrítica Francófona

Resulta raro escuchar en nuestros días el término “écocritique” en los departamentos de francés de las universidades francesas, y se encuentran muy pocas referencias de esta palabra en internet (tan sólo algunas páginas bilingües de investigadores francófonos que trabajan en el campo de la ecocrítica). Probablemente esto se deba, en gran parte, a esa reticencia que siempre ha existido en Francia hacia las modas discursivas, tentativas de reparación metodológicas e “-ismos” que provienen del otro lado del Atlántico (estudios postmodernos, estudios y teoría postcoloniales, estudios culturales, estudios de género y ecocrítica), encaminados a imponerse en el lugar o en los aspectos que dejaron más descuidados el new criticism, el estructuralismo y el marxismo. La ecocrítica propone convertir el entorno y la visión de la naturaleza, en una nueva categoría para el análisis de la literatura. Esta temática, sin embargo, parece existir dentro de la literatura francesa, aunque se encuentra camuflada bajo otras denominaciones: ecopoesía, poesía de la naturaleza o ecoliteratura son algunos de los términos más utilizados. Muchos parten de una misma idea: no se trata tanto de perseguir temas ecológicos dentro de los textos literarios, sino de considerar el propio texto literario como agente activo, componente del o de los ecosistemas en los cuales se produce y/o es leído. Resultado de todo esto, algunas publicaciones -aunque todavía escasas- comienzan a hablar tímidamente de la ecocrítica en Francia. Así, la revista virtual Mots pluriels en 1999 dedicó un número a la ecocrítica y, más recientemente, en 2008, Écologie & Politique, reunió bajo el título de “Littérature & écologie. Vers une écopoétique”, una serie de artículos en los que se interrogaba sobre las relaciones existentes entre la conciencia medio ambiental y la estética literaria.

En el resto de países de habla francesa, Québec parece haber asumido el papel de pionera de esta teoría dentro de las literaturas de expresión francesa [...]


Ver artículo completo en Ecocríticas. Literatura y medio ambiente (2010), Iberoamericana Editorial Vervuert, [pp. 239-263], 424p. ISBN 9788484895022

sábado, 4 de septiembre de 2010

Maurice Chappaz : progrès, nature et littérature

Une étude écocritique de l’œuvre Chant de la Grande Dixence

Chant de la Grande Dixence n'est pas un livre sur la montagne au sens où on l'entend habituellement. C’est une ascension aussi bien physique qu’intellectuelle celle qu’on entreprend à travers cette lecture. Chappaz avec ce poème en prose, condamne le progrès qui détruit la montagne et ses habitants : cette civilisation paysanne dont les valeurs nous sont rappelées avec lyrisme.

Pays refermé sur lui-même, avec ses vallées et ses villages isolés dans le silence de la montagne, le Valais représentait une petite république connue par ses anciennes valeurs, le pittoresque de ses coutumes et d'autres particularités. Le poète aime invoquer et décrire ce paradis perdu des paysans de son enfance. La tension entre un passé de rêve et la modernité destructive, observée dans son œuvre précédente Le Testament du Haut-Rhône, est récupérée dans Chant de la Grande-Dixence et plus tard dans Les Maquereaux des cimes blanches. Pour l'auteur, ce mode de vie pastorale se meurt dans les Alpes, sous l'assaut constant de l'industrialisation et du tourisme. Une région qui va soudain se transformer pour devenir le centre de l'effort prodigieux entrepris par le gouvernement suisse pour apporter au pays l'énergie électrique.


Chappaz commence son œuvre en décrivant l’ancienne tradition de son enfance, comme si c’était une «fable» : la recherche artisanale de cette eau si précieuse :

Quand j’étais enfant les paysans appelaient l’abbé Mermet afin de trouver des sources pour leurs prés fendillés, leurs coteaux brûlés. Mermet se promenait partout avec son pendule comme s’il imposait les mains sur le pays. Il s’arrêtait de temps en temps et disait: «Ah !, ici il n’y a rien, mais si vous creusiez à quatre-vingt mètres dans la terre, vous trouveriez un fleuve aussi gros que la Dranse » (Chappaz : 1995,13)

En réalisant la dernière inspection d’une galerie, avant sa complète inondation, Chappaz analyse le développement de son pays au cours de ces vingt dernières années. Tradition face à modernité ; une modernité représentée par l'arrivée des mineurs et, avec eux, la transformation sociale de la vallée : «Paysans qui changent de millénaire, de destinée» (Chappaz : 1995, 16-17), qui vont se transformer en témoins directs d'une époque de mutation sociale et historique des années 50 et 60. Beaucoup d’entre eux deviendront des travailleurs de ces constructions hydrauliques pharaoniques - œuvres qui entraîneront une modification du paysage du Valais :


A coups de pieds, à coup de masses
sont dressées les baraques
des émigrants de l’intérieur
Ils lancent les fils, les câbles;
une petite prairie verte semée de gentianes
perd pour toujours son hymen (Chappaz; 1995, 81)

Si les paysans, depuis toujours, essayaient de dégager l'eau souterraine de manière presque magique et spirituelle, pour posséder chacun son petit puits, les mineurs font le contraire : dans le but de créer une nouvelle source d’énergie, ils dissimulent cette eau qui coule de manière naturelle sur la terre. Ainsi est marquée la dualité entre le passé et le présent. Avec l'arrivée des mineurs, «ce sont les fleuves qui courent sur terre et même qui courent dans le ciel, cascades, torrents, tout le visible qui va descendre, plonger dans l’obscur». Des eaux, où la lumière se reflétait, sont soudainement attrapées dans l'obscurité des galeries, alors qu’elles parcourraient librement la terre en d’autres temps.

...bientôt à fond la caisse, dans le vide, rapides et enterrés, les petits fleuves couleurs de l’absinthe, furieux et bourdonnants, ils s’effaceront pour toujours de leurs vallées, de leurs villages ! (Chappaz: 1995, 16)

Non seulement on prive la montagne de son liquide précieux «ce liquide déchaîné qui emporte le Valais», mais en outre on la dépersonnalise en la dépouillant de sa voix «on leur enlève le verbe!» (Chappaz : 1995, 14). Les mineurs travaillent jour et nuit la montagne depuis l'intérieur en l'altérant et en la transformant. De la même manière, l'arrivée du tourisme dans ces vallées reculées provoque des changements physiques dans le paysage. C'est pourquoi, Chappaz ne perd pas l'occasion de comparer les mineurs aux touristes : «Est-ce que vous les imaginez au bout d’une galerie sous la Dent Blanche ou sur une autre cime? Ce sont des touristes à l’envers et ils saisissent plus que les autres ce qu’il y a de plus dur: le rocher» (Chappaz : 1995, 20), en critiquant de cette manière l'agression continue que souffre le paysage et la nature, toujours au service de l'homme : «Sur des centaines de mètres les montagnes partaient en farine, pulvérisées» (Chappaz : 1995, 26). La montagne est vidée, pillée et nourrie avec son propre conglomérat de pierre, la matière première pour la fabrication du béton armé qui plus tard contiendra et dominera les eaux. La pierre descend du glacier pour remonter à nouveau, une fois transformée en béton…

Notre montagne sera triturée, lavée, séparée, classée en quatre énormes silos : pierres, pierrailles, gravier et sable. […] Les quatre sortes de montagnes vont vers les mélangeurs : un bureau de commande règle les proportions et règle les pesées. Ensuite se produit l’emboitement, le baiser des tuyaux. Ils s’appondent en laissant échapper une salive jaunâtre et le ciment est soufflé là-dedans et les grosses marmites se mettent à girer. Dessous le plancher qui s’ouvre s’arrêtent les silobus. Ils avalent les bétons et les recrachent aux bennes alignées sur le quai et attendant l’envol (Chappaz: 1995, 42).

Si la raison de cette destruction est bien réelle, la réponse est connue: l'énergie. L'implantation industrielle paraît être la seule manière de niveler la vie valaisanne avec celle des autres cantons ; le gouvernement prétend, pendant les années 50, profiter de ses réserves d'énergie hydraulique pour mener à bien une politique d'industrialisation dans la zone. Mauvoisin, Gougra, Zeuzier, et surtout, la Grande Dixence. Ces montagnes qui dans le passé inspiraient de grandes craintes vont maintenant enrichir les populations. Toutefois, pour les villageois, tout va trop vite. Le changement radical qu’une œuvre de l'envergure de la Grande Dixence impose, est observé avec une certaine réticence dans une région qui, en d'autres temps, a été essentiellement rurale. L'économie agricole et l’élevage commencent à affronter de grandes difficultés pour recruter le personnel nécessaire à la saison estivale au moment de monter le bétail dans les hauts pâturages. Ceci est dû au fait que la construction du barrage absorbe toute la main d'œuvre qui, avant, se destinait aux exploitations agricoles : 60 % des travailleurs venait du Valais (la majorité provient de la vallée de Hérens) ; les 40 % restant, à parts égales, sont des suisses ou des étrangers, essentiellement d'origine italienne. Les paysans échangent donc les pâturages pour le béton du barrage. Ils abandonnent ainsi le travail de la terre, mais non leur lieu de résidence.

Les régions de montagne, situées en dehors des secteurs touristiques ou industriels, mais en rapport avec les constructions hydro-électriques, sont définitivement transformées grâce aux énormes investissements dérivés de ces constructions. La commune de Hérémence développe son réseau de routes au même rythme que la construction de ses deux barrages : la Dixence et la Grande Dixence. Des régions qui autrefois ont été attrapées dans la montagne commencent à sortir de leur isolement et prennent part à un bien-être jusqu'à alors inconnu, grâce aux contrats et aux salaires offerts. Imaginons comment ces salaires transforment le mode de vie de ces paysans : les maisons se modernisent avec l'eau courante, la cuisine électrique remplace le four traditionnel de bois, la machine à laver, la blanchisserie communale. Maurice Chappaz, toutefois, exprime à nouveau son angoisse, devant ce futur incertain que les œuvres, une fois finies, vont laisser après avoir considérablement changé le paysage, les coutumes et le rythme de vie des habitants de la montagne. Le poète signale :

Elle (notre société) entraîne chacun dans une extraordinaire course vers le progrès avec l’idée que les pierres se changeront en pains et que les hommes seront des patrons, seront des rois de quelque chose […] les villages tendus par le jeûne, si ce n’est la faim, avaient du cœur (Chappaz: 1995, 38).

L'auteur pressent une grande menace et définit le barrage de la Grande Dixence « comme une tour de Babel».

Oui, c'est comme une tour de Babel dans sa monstruosité, dans son élévation. La tour de Babel a quelque chose de purement gratuit. J'admirais plus peut-être la tour de Babel qui est une pure folie, que le barrage qui était une chose qui devait être un temple de l'utile, jusqu'à ce qu'ensuite, en ayant travaillé dans les barrages, j'ai vu ce qui s'est passé. On a fait ces murs énormes, et quand ces murs étaient finis, il y avait un parc de machines inactif qui était autour et des ingénieurs, je ne dirais pas les patrons qui étaient très loin, les ingénieurs ont dit: «Ces machines sont au chômage, qu'est-ce qu'on peut faire pour leur donner du travail? Alors même si ça ne rapporte pas, elles sont là; on va capter en aval encore toute sorte de jolis petits fleuves et des sources pour les foutre dans le barrage, il y a encore de la place. On donnera du travail aux machines». Cela, je l'ai entendu d'un ingénieur lui-même. On veut donner du travail aux machines, elles sont là pour rien .

Chappaz ne s'opposera jamais à la technique comme telle, il ne niera ni le progrès ni la libération relative et le confort que celle-ci représente :

Pouvoir parler avec un interlocuteur qui se trouve au Québec, au moyen d’un téléphone portable, est une sorte de miracle si je me replace dans la mentalité d’un paysan du début du vingtième siècle. De la même façon, j’observais l’autre jour le vol gracieux de parapentes au-dessus des toits et à l’autre bout de la rue le travail de terrassiers creusant des égouts, pics, pelles en mains soulevant d’énormes tuyaux, tous d’une dignité si active, si juste, guidés par des machines d’une merveilleuse efficacité .

Toutefois, il croit que le savoir faire doit être à la hauteur de la technique. Dans l'économie de subsistance agricole qui caractérise la civilisation paysanne, l'agriculteur ou le faucheur devait constamment «penser avec les mains», observer la nature dans tous ses détails pour agir en conséquence. Force et connaissance devaient aller en parallèle. La destruction de la nature ne doit jamais être le résultat d’une exécution rapide et efficace d’un projet industriel ou technique. L'homme de ce siècle doit être courageux, intelligent et honnête. Si l’on ne met pas de limites à la technique ou au progrès, tout finira par nous échapper des mains.

Ce que j’aurais voulu faire c’est, sans renier aucun goût, aucune chose que j’ai aimé, c’est comprendre le nouveau monde qui se formait sur mes yeux, y appartenir, mais y appartenir en tant qu’un être libre, c'est-à-dire, en pouvant le critiquer, aussi bien que je pourrais me critiquer moi-même. D’où ce poème de la Grande Dixence…



Conclusion

Tout le monde parle, dès nos jours, du développement soutenable. Nous ne devons pas, pour cela, douter des sentiments écologiques d'un poète qui a rejeté, dans les années 70, «les maisons closes du tourisme». Un poète à la fois visionnaire et défenseur d'une image panthéiste d'un Valais idéal. Ses poèmes ont servi à décrire et à dénoncer les modifications subies par le paysage et l'environnement, jouant ainsi le rôle de contestataire dans la création d'un Valais plus moderne.

La poésie de Maurice Chappaz nous parle de la terre, des fruits, du soleil, des vignobles et des montagnes. Son inspiration naissait de l'eau des glaciers qui, comme par magie, transformait les pierres rugueuses en une multitude de mots. Maurice aime son Valais. Le sentiment profond d'attachement à cette terre est l’un des composants clef de la littérature suisse. Il est bon de souligner cette caractéristique par rapport à la culture française. Beaucoup de lecteurs français ne comprennent peut-être pas la profondeur de cet attachement, qui est lié à un certain sentiment religieux. Tous les caractères de la condition humaine, la colère et la tendresse, la rébellion et le respect des traditions ancestrales, l'humilité des paysans mais aussi leur fierté impressionnante, sont contenus dans ses œuvres. Maurice Chappaz était le poète des montagnes, le gardien des sommets. Il prêtait sa voix à la nature et contribuait ainsi à l'idée que la littérature doit être aussi véhicule d'idées et surtout de valeurs. Par rapport au rôle de la littérature et de la critique littéraire, Glen Love indique: « De nos jours, la fonction la plus importante de la littérature est celle de rediriger la conscience humaine vers une considération totale de son importance dans un monde naturel menacé [...] en reconnaissant la suprématie de la nature, et la nécessité d'une nouvelle éthique et esthétique ». Et il ajoute : « [nous avons l’] espoir de récupérer le rôle social perdu de la critique littéraire » (Love, 1996:237-8) . Dans l'œuvre de Chappaz, l'environnement « naturel » a cessé d'être un simple décor et s'est transformé d'une certaine manière en protagoniste. Grâce à des écrivains comme lui, conscients de l'héritage qu’on doit protéger, on continuera à préserver ces paysages de montagne comme patrimoine de l'humanité. Ses œuvres sont son meilleur cadeau: Testament du Haut-Rhône, Portrait des Valaisans, Le match Valais-Judée, La haute route, Le garçon qui croyait au paradis, Le livre de C, La mort s’est posée comme un oiseau… jusqu’à La pipe qui prie et fume, ce beau livre d'adieu dont l'encre a eu à peine le temps de sécher ; car si Maurice Chappaz nous a récemment abandonné, ses œuvres resteront toujours vivantes parmi nous.



REFERENCIAS BIBLIOGRÁFICAS



ARCHIPEL, nº 32 (Décembre 2009), « Vive Chappaz », Lausanne.

BUELL, L. (1996), The environmental imagination : Thoreau, Nature Writing and the formation of american culture, Ed. Broché, Harvard University Press.

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LOGEAN Elisabeth, Du berger au mineur. La construction du barrage de la Grande Dixence (1951-1962): entre paix sociale et crise d’identité. Ed. Monographic, Sierre. 2000.

LOVE, Glen (1996) “Revaluing Nature”. Glotfelty, Cheryll y Fromm, Harold, eds. The Ecocriticism Reader. Landmarks in Literary Ecology. Athens / Georgia: University of Georgia Press.

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Communication présentée lors du  "FOURTH INTERNATIONAL CONFERENCE OF THE EUROPEAN ASSOCIATION FOR THE STUDY OF LITERATURE, CULTURE AND ENVIRONMENT (EASLCE)- "Environmental Change - Cultural Change" University of Bath, 1-4 September, 2010.



domingo, 18 de julio de 2010

NATURE WRITING

La nature writing, o escritura de la naturaleza, es un movimiento literario de origen tradicionalmente americano. Tratar de definirlo puede resultar un ejercicio arriesgado. Se articula en torno a libros de autores que toman la naturaleza como tema principal. Sin embargo, no se trata únicamente de describir la naturaleza, sino de cuestionar las relaciones que el hombre mantiene con el medio natural que le rodea. Además de analizar cómo la inmersión o el contacto prolongado con el “wilderness” nos aporta algo más sobre la relación que mantenemos con la vida. En los relatos más emblemáticos, el escritor se interna en solitario en lo más profundo de una naturaleza hostil y grandiosa, de la que sale completamente transformado: de este modo, consigue fundirse con ese mundo natural para, a continuación, ofrecérselo al lector.

Reducir, sin embargo, la nature writing a esta dimensión iniciática sería un tremendo error. Además de observar y describir con detenimiento y rigurosidad el entorno natural, y narrar de manera autobiográfica sus aventuras, el escritor añade consideraciones personales y reflexiones filosóficas fundamentalmente destinadas a devolver la naturaleza al lugar que le corresponde. La mayor parte de los especialistas remontan esta tradición literaria a Henry David Thoreau. Pero a pesar de que las descripciones sobre la naturaleza están muy presentes y detalladas, no son considerados libros científicos, documentos o reportajes. Ensayos de Historia natural, estudios de terreno, panfletos ecologistas o relatos de aventura tienden a veces a confundirse con la nature writing. Tampoco debemos equivocarnos reduciendo la escritura de la naturaleza a una simple dimensión puramente “ecologista” o “naturalista”, aunque ésta se encuentre evidentemente muy presente. La dimensión literaria resulta fundamental en estas obras. Definimos entonces la nature writing como la combinación de una forma (la literatura) y de un tema (la naturaleza).

Este movimiento literario se encuentra firmemente reconocido en los Estados Unidos: la publicación de numerosas antologías, libros, relatos, así lo confirma. Además se imparte como asignatura en todas las universidades. No existe equivalente alguno en Europa. Conocemos escritores que han viajado, explorado y recorrido enormes distancias fuera de sus fronteras, pero no se puede comparar con el relato de viajes. Aunque efectivamente ambos comparten una sensibilidad común, la escritura de la naturaleza no se interesa por esa dimensión viajera. El escritor de la nature writing describe a menudo el entorno inmediato, su realidad más cotidiana. Si no encontramos un equivalente europeo es simplemente porque en Europa ya no queda vestigio alguno de “naturaleza”. En países como Francia o Inglaterra existe lo que se denomina “campiña”, pero no es una naturaleza intacta (a excepción quizás de la alta montaña o del mar). Estos decorados ideales de montañas, bosques, praderas y otros cañones, que el cine ha contribuido también a popularizar (recordemos películas como Bailando con lobos, Colmillo Blanco o El último Mohicano), son característicos de una topografía específica que sólo se halla en el norte de América.

Entre los autores más representativos de este género literario figuran, además de H. D. Thoreau, John Muir, John Burroughs, Mary Austin, Rachel Carson, Aldo Leopold, Edward Abbey, Barry Lopez, Annie Dillard y Rick Bass, entre otros. Uno de los estudios más influyentes sobre este género es The Environmental Imagination. Thoreau, Nature Writing, and the Formation of American Culture de Lawrence Buell, o el de Alain Suberchicot Littérature Américaine et Écologie. Esta tradición de la nature writing, basada en la representación no antropocéntrica de la naturaleza, ha tenido, como demuestra Buell, una influencia considerable en los inicios del movimiento ecocrítico. Buell privilegia este tipo de género de no-ficción más representativo de la «imaginación medio ambiental» (environmental imagination) de los escritores, arriesgándose con ello a reducir el proyecto ecocrítico a un corpus de obras muy limitado. La nature writing sólo es una parte importante del análisis ecocrítico, pero no el único.

Para hacerse una idea de la riqueza de este movimiento literario, se sugieren a continuación una serie de obras claves y autores representativos de este género literario. Comenzamos con Walden; or, Life In the Woods. On the Duty of Civil Disobedience, la obra más emblemática de H. D. Thoreau (1817-1862). Relata la experiencia personal del escritor en comunión perfecta con la naturaleza. Thoreau decidió alejarse del mundo y vivir varios, bastantes meses en soledad, a orillas del lago de Walden, cerca de la ciudad de Concord en Massachussets. Predicó el regreso a la simplicidad y a la naturaleza. Actualmente se le considera el padre y abuelo de muchos movimientos: de la ecología, de los hippies, de la resistencia pacífica y la desobediencia civil. Thoreau fue, sobre todo, un ecologista y un libertario avanzado. Las cosas que escribió por entonces están hoy tan vigentes como en su día. Fue un visionario, porque ciento cincuenta años antes, cuando en su país no había problemas de contaminación ni de densidad de población, él ya los había entrevisto. A finales de los años 1860, la “trascendental” visión de la naturaleza popularizada por Thoreau y sus contemporáneos inspiró a una generación de conservacionistas que presionaron en favor de la protección de los sistemas naturales, que habría de llevar al establecimiento del parque de Yellowstone en 1872. Aunque el merecedor del título de “padre del sistema de parques nacionales” es John Muir (1838-1914), el más famoso e influyente naturalista y ambientalista de los Estados Unidos. Travels in Alaska es su obra más representativa, basada en las expediciones que realizó a partir de 1879 por esa tierra recientemente adquirida por los Estados Unidos y por entonces totalmente inexplorada y virgen. Su vida fue una lucha constante a favor de la creación de parques nacionales como los de Yosemite, Sequoia, Mount Ranier, Petrified Forest y Grand Canyon. Enseñó la importancia de la experiencia directa y la protección de la naturaleza. Sus palabras aumentaron la percepción del mundo natural y su vida sigue siendo una inspiración para los ambientalistas en todas partes.

Otra figura insoslayable en la formación del pensamiento naturalista de la naturaleza salvaje es Aldo Leopold (1887-1948). Este científico americano alcanza la celebridad con la publicación póstuma de su libro A Sand County Almanach and Sketches Here and There . Este libro tiene dos partes claramente diferenciadas. En la primera Leopold relata con una sencillez y dulzura inefables sus vivencias naturalistas siguiendo el devenir de las estaciones: la llegada de la primavera, las diferentes clases de aves (era un experto y reputado ornitólogo), la vida en el bosque, la nieve, el viento, los incendios, el suave movimiento de las plantas en las grandes praderas y la ventisca en invierno. En la segunda parte del libro desarrolla su pensamiento, apuntando unas ideas sumamente sencillas, casi “inocentes”, pero de una lógica absoluta y radical en la aceptación de las leyes de la naturaleza. Leopold formula propuestas como aprender a “pensar como una montaña”, o “la ética de la tierra”. Realiza una cerrada defensa de los espacios vírgenes, de la imperiosa necesidad de su preservación para el ser humano y de la obligatoriedad de la protección de la naturaleza. La tesis de fondo del autor (que ha nacido en un continente con una naturaleza aún virgen y que es testigo de la revolución nuclear) es la necesidad de una revolución humana, donde la preservación de la naturaleza sea una ley fundamental y donde el hombre adapte su sistema de vida al ritmo de la naturaleza. Leopold observa que la evolución de la sociedad industrial, que degrada la tierra, la naturaleza y el hombre es en el fondo un fracaso de la modernidad, lo analiza con rigor y propone la creación de una “ética de la tierra”. El hombre pertenece a la tierra como un elemento más de ella y ha de aprender a relacionarse con ella desde una perspectiva no destructiva ni parasitaria.

Entre los autores más modernos detacamos a Edward Abbey, considerado el padre de la nature writing contemporánea. Su libro Desert solitaire: A Season in the Wilderness (1968) se ha convertido en una obra culta de esta literatura de grandes espacios. Su fuerza evocadora y la concisión de su estilo son dos de las principales características de este texto. Indian Creek Chronicles: A Winter Alone in the Wilderness, la obra maestra de P. Fromm, brilla por su sencillez: un hombre joven e inconsciente se convertirá en el guardián de una casa aislada en lo más profundo de las montañas Rocosas, durante todo un invierno. No ocurre nada importante o especial en el relato, pero muchas cosas son dichas de forma indirecta. Pero eso es también la nature writing. Unas veces, abandona esos senderos solitarios para orientarse hacia la novela policiaca como en The man who walked to the moon (1997) de Howard McCord, que narra el incansable ascenso, durante cinco años, de William Gasper a la Luna, una montaña en pleno corazón de Nevada, mientras un personaje misterioso sigue sus pasos. Otras veces, se vuelve más filosófica, como en Pilgrim at Tinker Creek (1974) de Annie Dillard - premio Pulitzer, 1975- en la que la autora describe los acontecimientos naturales que tienen lugar durante sus paseos (el deslizamiento del viento, la fricción de la hierba, la agitación temblorosa de una onda en la superficie del agua, el presuroso avance del insecto, el cruel festín de la rana o el perezoso vuelo del pájaro), anotando sus reflexiones personales sobre el transcurso de la vida, su fragilidad y la existencia de Dios. Holdfast (1999), de Kathleen Dean Moore, nos ofrece una colección de relatos instructivos en los que apoyándose en la observación de fenómenos naturales se cuestionan las nociones de distancia y separación, para reflexionar sobre el lugar que ocupamos cada uno de nosotros dentro de la naturaleza y entre nuestros semejantes. Otros títulos retendrán seguramente la atención de los lectores más aventureros como Dances With Trout, de John Gierach, o The Hidden West, de Rob Schulteis.

Enumerar a todos y a cada uno de los autores y obras de este género sería una tarea imposible en este breve artículo. De ello nos damos cuenta enseguida al introducir el término nature writing en las librerías on-line más importantes de internet (aparecen más de 20.000 entradas). Nuestro propósito ha sido definir y dar algunas pautas al lector para descubrir este género, todavía poco conocido en nuestro país, además de proponer algunas lecturas iniciáticas. Esperamos haberlo conseguido.





Bibliografía citada



Abbey, Edward (1968). Desert solitaire: A Season in the Wilderness, Ballantine Books Inc., 1994.

Aldo Leopold. A Sand County Almanach and Sketches Here and There. London: Oxford University Press Inc, 1968.

Buell, Lawrence. The Environmental Imagination. Thoreau, Nature Writing, and the Formation of American Culture, Harvard University Press.

Dean Moore. Kathleen Holdfast The Lyons Press, Globe Pequot (hardcover, paperback) 1999.

Dillard, A. (1974) Pilgrim at Tinker Creek, Harper Perennial, 2007.

Fromm, Pete. Indian Creek Chronicles: A Winter Alone in the Wilderness, Picador USA, 2003.

Gierach, J. Dances With Trout, Simon & Schuster, 1995.

Hubbell, Sue. A Country Year: Living the Questions, Houghton Mifflin, 2001.

McCord, Howard. The Man Who Walked to the Moon, St. Martin's Griffin, 1994.

Muir, J. Travels in Alaska, BiblioBazaar, 2007.

Schultheis, Rob. Hidden West, Random House Inc, 1982.

Superchicot, Alain. Littérature Américaine et Ecologie, L’Harmattan, 2002.

Thoreau, D.H. Walden; or, Life In the Woods. On the Duty of Civil Disobedience, Signet Classics, 2004.


Artículo publicado en la Revista NERTER, Especial Ecocrítica, nº 15-16. Verano-Otoño 2010. INSS 1575-8621. Universidad de La Laguna.

viernes, 19 de marzo de 2010

LE LIEU ET LE LIEN CHEZ MAURICE CHAPPAZ

Analyse topophilique et écocritique du Testament du Haut-Rhône


L’homme présente une disposition naturelle à transformer l'«espace» en «lieu». L'établissement de liens affectifs solides avec le territoire confère une certaine stabilité à l'individu et à la société. Le sentiment d'amour que chaque individu développe envers l'espace qui l'a aidé à s’auto-construire est connu sous le nom de topophilie . Il ne s'agit pas uniquement de l'amour que nous éprouvons pour le lieu qui nous a vus naître, mais d’une caractéristique importante de notre identité. Cette identité nous la connaissons sous le nom d’« identité spatiale ». La topophilie est alors définie comme le lien affectif qui s’établit entre les êtres humains et leur environnement et, en particulier, par rapport à certains lieux. Elle s’exerce à travers l'action et la préservation d’un territoire. Elle symbolise aussi le sentiment qui nous permet de retrouver la relation que nous avons avec la nature grâce au sentiment d’appartenance à ce lieu. Ceci est, sans aucun doute, ce que Chappaz a mis en pratique tout au long de sa vie et ce qu’il transmet à travers ses œuvres. Dans le Testament du Haut-Rhône (1953), il nous décrit son Valais natal, un lieu plein de mystère, d’où se dégage force et beauté. Il consacrera ses plus belles pensées de poète à sa vallée.



Dans le Testament du Haut-Rhône, Maurice Chappaz décrit un mélange de sentiments d'amour, de douleur et d'inquiétude face à un espace familial menacé. C’est une civilisation paysanne millénaire qui disparaît sous la menace du progrès. Un espace propre au poète, auquel il s’identifie pleinement et qui est source de son inspiration créative. Cet amour à la patria terra ou au pays natal repose sur un sentiment de lien profond avec le terroir et, en même temps, de fragilité envers les choses que nous aimons et qui, malheureusement, ne sont pas éternelles (Tuan, 140). C'est l'espace de son enfance, de tout ce qui fait partie de son passé: la communion calme et naturelle avec ce monde au rythme de vie plus lent et ces moments de partage avec des personnes plus authentiques: “Certains sentiments de l’enfance, plus communs cependant aux bohémiens me maintiennent en éveil et m’ont conduit à quêter sans cesse le secret d’un paradis perdu parmi ces terres du Haut-Rhône, berceau sauvage de petites tribus avec lesquelles je m’allie » (Chappaz, 21). D’après Lawrence Buell, le place-sense, c’est-à-dire, la conscience que les êtres humains possèdent -narrateurs, personnages ou sujets lyriques- d'appartenir à un lieu spécifique, détermine, d’une certaine manière, leur façon d'être et d’agir. L'amour et le respect que Chappaz manifeste pour sa région est immense et cet attachement au lieu et sa résistance féroce face à la destruction de ses vallées ont été à l’origine de sa profonde motivation.

Messieurs de Suisse, mais surtout, Messieurs du Valais: vous fêtez Maurice Chappaz et vous avez bien raison. Je pense qu’aucun n’a voué à son lieu natal un amour aussi intense et aussi constant; et la violence de ses combats, de ses invectives contre ce qu’il pensait le menacer a toujours été à la mesure de cet amour .

Le sentiment d'attachement au pays est l’un des composants essentiels qui caractérise la littérature suisse romande. L’origine de cette conception de la nature remonte au Romantisme allemand, et surtout à Rousseau qui s’est inspiré largement dans ses œuvres. Ce sentiment d’appartenance à un territoire se manifeste de manière simple et discrète tout au long du Testament du Haut-Rhône, à travers des souvenirs qui surgissent de la familiarité des lieux décrits, de la sécurité que donne la terre, les sons et les parfums, les activités communes et tous les plaisirs qui se retrouvent autour de la maison familiale. L'écriture de Chappaz dans ce livre est « testatrice » : « Elle teste parce qu'elle est mémoire, parce qu'elle est simultanément invention et ressouvenir d'un ‘monde défunt’ et oublié » (Paccolat , 44). Chappaz chante la perte de son monde, son désespoir en contemplant sa disparition : « Le passé disparaît dans les ténèbres », comment il se dilue : « Ce vieux pays qui aspire à l'invisible » (Chappaz, 17). Le sentiment d’affection envers cette communauté fermée se manifeste à travers de liens très forts, non seulement entre les hommes, mais aussi avec la terre, les animaux et les plantes. S'éloigner de ce micro-cosmos ou de ce lieu d'origine, autant dans l'espace comme dans le temps, est vécu par l’auteur comme un déracinement.

… j’avais une optique presque purement artistique de la vie, et cette vie aurait pu se développer dans le pays que j’avais connu jusqu’à vingt ans. Un pays où le vagabondage, le rêve était possible presque à chaque détour du chemin, pour ce qu’il y avait de virgilien dans ce paysage, à la fois de sensible tout en se posant sur un effort très dur. En perdant le pays qui m’avait formé, je me perdais moi-même. Je devais alors adopter un autre, presque comme un émigrant qui sort de Russie et qui passe en France ou qui quitte le Valais et qui passe en Amérique (Chappaz, RSR)

Ces relations émotives qui le rattachent à sa terre natale sont tellement intenses qu'elles frôlent parfois le sacré. En effet, à ce monde édénique de son enfance, que le poète se refuse à perdre, il oppose constamment un autre monde infernal résultat de la modernité. En 1954, le poète manifeste des sentiments contraires:

… c’était en lui comme une douleur physique, constante, l’Eden natal cédait, sombrait, l’enfer tentateur gagnait le pas. Où la poésie? Où le poète? Il n’y avait plus de place pour lui, le chanteur, l’incantateur d’un monde qui désormais ne serait plus. Et puisque l’Origine cédait, et avec elle toutes les vertus originelles de la Beauté, l’inspiré très malheureux, qui avait cru dans sa naïveté leur vouer sa vie comme on entend définitivement une vocation absolue, le voilà piégé, l’inspiré, le voilà refait le poète, et trahi, désolé, pillé, plumé, par les complices du diable qui violent et mettent en coupe le pays de la première naissance .

La société change. Et au milieu de cette inévitable modernisation du Valais, Chappaz va concevoir son propre espace, ou selon Tuan, son centre du monde : « Il ne s'agit pas d'un point particulier sur la surface de la terre ; c'est un concept dans la pensée mythique unie à certains événements et à un lieu » (Tuan, 151). Chappaz dans une recherche constante d’équilibre, placera ce lieu entre deux points, presque toujours antagoniques : « l'instinct de vie et l'instinct de mort, la réalité et le rêve, le passé et l'au-delà, le visible et l'invisible » (Chappaz, 21). Chappaz emmènera dans son monde mouvant ce qu’il considère important : « j’élirai un lieu, une femme, j’écrirai mes propres pensées, me fortifiant contre l’incohérence» (Chappaz, 22). Comme écrivain il se sent porte-parole et trait d'union entre le monde de ses ancêtres et de son enfance, entre le monde paysan et le présent immédiat : « Je suis le fil d'Ariane qui nous relie aux créatures perdues » (Chappaz, 16).

Les âpres villages paralysés suivent l’orbe des graines de sésame : os, huile, lumière. En vain les agents d’affaires les tentent et les raniment, de même un homme ici assez fin pour dominer l’État ; tout ce qui était doit périr. Et je me suis chargé aujourd’hui de la vocation des vieillards, dont la plus grande joie se trouve d’être l’alpha et l’oméga de quelques champs très maigres. Nous vivons la grande rupture. Vous, vous avez choisi les œuvres du jour, le zénith, midi, moi je me suis tourné vers l’humanité, les cavernes, les eaux qui mugissent sous les montagnes (Chappaz, 66-67)

Lorsqu’il pressent la fin de cette civilisation paysanne composée de gens simples (« bergers, ouvriers d'usines, semeurs de seigle, des petits marchands d’abricots et de raisins») et de choses de la campagne (« une pierre, une fleur, un vermisseau cimentent sa résolution ») (Chappaz, 14-15), entièrement en accord avec ses montagnes, Chappaz commence sa guerre personnelle contre l'invasion industrielle et touristique. Il va prêter sa voix à la nature. Il contribuera ainsi à l'idée que la littérature doit être aussi véhicule d'idées et surtout de valeurs.

L'événement qui s'est imposé pour moi après a été une autre guerre qui commençait et qui bat son plein maintenant. On entre dans une société avec une autre course qui s'appelle le progrès, qui peut être aussi dévastatrice et aussi démoniaque que la guerre, parce qu'elle peut tout détruire d'une façon très sournoise, et tout d'un coup .

Par rapport au rôle spécifique de la littérature et de la critique littéraire, Glen Love indique: « De nos jours, la fonction la plus importante de la littérature est celle de rediriger la conscience humaine vers une considération totale de son importance dans un monde naturel menacé [...] en reconnaissant la suprématie de la nature, et la nécessité d'une nouvelle éthique et esthétique ». Et il ajoute : « [nous avons l’] espoir de récupérer le rôle social perdu de la critique littéraire » (Love, 1996:237-8) . Dans l'œuvre de Chappaz, l'environnement « naturel » a cessé d'être un simple décor et s'est transformé d'une certaine manière en protagoniste. Et il signale : « Notre histoire sera faite par eux et non plus par les avocats » (Chappaz, 15), parce qu’eux seulement ont donné les noms aux vallées, tandis que les autres veulent seulement exploiter les ressources de la région afin d’obtenir le maximum de bénéfices:

Je ne supporte pas qu’on supprime en deux coups de crayon d’agent d’affaires une dimension de l’homme qui le fixe à un pays, à une foi, pour spéculer sur la nature. Les aveugles et les salauds, ce sont ceux qui disent : notre vie est limitée, j’ai juste le temps de me remplir les poches ; je fais ce que je veux, après moi le déluge, avec le culot encore de prétendre préparer l’avenir. On est des morceaux de la nature, plus sensibles, plus différenciés que les autres. Mais on ne peut pas totalement séparer un homme d’une rose, d’un chien, d’une ortie. Mutiler la nature, la massacrer en l’utilisant n’importe comment, pour moi, c’est vraiment du nazisme (Paccolat, 70-71).

L’inévitable modernisation et transformation du Valais, entraînera la modification irrémédiable de l'habitat de l’homme : « Nous portons en nous l'agonie de la nature et notre propre exode» (Chappaz, 47). Les villages les plus anciens se dépeuplent petit à petit et les sons mécaniques envahissent l'esprit de la campagne. Chappaz écrit avec l'espoir de trouver « la terre promise et la fin de l'exil » (Chappaz, 33). Sa plus grande aspiration, partagée simultanément avec un sentiment d'impuissance et un désir de reconstruire son pays d’origine, serait de se servir de l'écriture pour faire une « trouée à travers le temps ». Et ainsi récupérer « la condition paradisiaque primordiale ». Cependant, la perte irrémédiable de ce « peuple parfaitement pur et intact » provoquera chez le poète un changement d’écriture, qui sera à partir de là plus épique, plus polémique. Les coutumes ancestrales de son peuple, ce mode de vie primitif pleinement identifié avec son canton et proche de la nature, seront à la source de la transformation de son style.

Tout à coup, on s’aperçoit à vingt ans on a été formé pour un pays, et puis qu’on doit vivre dans un autre pays, parce que tellement ça a changé. Alors, l’écriture intérieure, comme prise de conscience, s’interroge à la fois par rapport à ce qui se passe et par rapport à soi même.

… il est probable que je n’aurais jamais écrit ce livre si j’avais vécu cent ans plus tôt, dans un monde encore stable et tenu ensemble. Au moment où un pays disparaît et meurt, il y a une parole qui émerge. C’est celle-ci que j’ai été obligé, en toute sincérité, d’incarner .

Une fois publié le Testament du Haut-Rhône, Chappaz se remettra en question. Son enfance, l'amour qu'il avait reçu de sa femme Corinna et de ses trois enfants l'avaient comblé d’un bonheur si intense qu'il avait créé autour d'eux son petit paradis. Malheureusement, ce paradis va tout à coup disparaitre, lorsqu’il est obligé à travailler dans la construction de la Grande Dixence. Chappaz affronte la réalité la plus cruelle : pour mener à bien son rôle de chef de famille il doit se transformer en esclave de l’époque industrielle. De là surgissent ses doutes : il s'est trompé en idéalisant la poésie? Cette œuvre marquera le début de sa lutte personnelle contre la modernité.



BIBLIOGRAPHIE CONSULTÉE

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Artícle publié dans le magazine littéraire de référence "La Vie Littéraire". Revue en ligne: http://www.lavielitteraire.fr/index.php/a-livres-ouverts/le-lieu-et-le-lien-chez-maurice-chappaz

jueves, 18 de marzo de 2010

LA TIERRA LLORA A MIGUEL DELIBES

El pasado 12 de marzo nos dejaba el escritor y académico español Miguel Delibes (1920-2010), pero su ausencia es sólo física. Su extensa obra literaria - más de medio centenar de obras-, en la que destacan temas como la defensa de la naturaleza, la armonía entre el hombre y el medio natural, la defensa de los valores sencillos del mundo rural y de la libertad individual, permanecerá siempre presente entre nosotros.

Autor comprometido con el medio ambiente, se le considera el escritor español contemporáneo con más espíritu y talento ecocrítico, porque encarna una postura ética que se concreta en la práctica en un humanismo ligado a las virtudes de la tierra. En su discurso de ingreso en la Real Academia en 1975, - publicado años más tarde bajo el título “Un Mundo que agoniza”-, Miguel Delibes alertaba entonces sobre los trastornos y los atropellos que el hombre estaba causando en los ciclos naturales, abusos que acabarían por repercutir directamente en toda forma de vida sobre el planeta, incluido el ser humano. Su intención era dar la voz de alarma, especialmente, entre los intelectuales.

Aquello que parecía una amenaza lejana, hoy es una preocupante realidad. Y los problemas sobre los que entonces llamó la atención no han hecho más que aumentar, añadiéndose, además, otros nuevos, como el cambio climático y el adelgazamiento de la capa de ozono. Obras tan distantes en el tiempo como “Un mundo que agoniza” (1979) o “La Tierra Herida” (2005) son la prueba fehaciente de su constante preocupación por el medio ambiente. La primera trata sobre los problemas de la deforestación, la contaminación, los incendios, el aumento de la temperatura debido al aumento del agujero de la capa de Ozono, los residuos, la reducción de la fauna y flora, la contaminación del mar por los escapes petrolíferos y por el vertido inusual de residuos tanto radiactivos como nucleares. La segunda, escrita junto a su hijo el biólogo Miguel Delibes de Castro, explica de manera sencilla lo que ocurre con la biosfera y por qué el hombre es responsable de los cambios que se están dando en la misma, analizando en profundidad las principales cuestiones climáticas y ecológicas, desde un rigor científico y una sensibilidad poco habitual. Su objetivo final: concienciar al mayor número de lectores con la esperanza de poder legar la Tierra en condiciones aceptables a las generaciones venideras.

Por todo ello, el mejor homenaje que podemos rendir a Miguel Delibes y a su tan querida amiga, la Tierra, no es otro que la difusión y la lectura de sus obras, ya que contribuyen a la recuperación del respeto por el medio ambiente, a restablecer nuestro vínculo con la tierra y con sus habitantes, y a tener una relación más estrecha con nuestro planeta.


Hoy la Tierra está más triste que nunca y llora la pérdida de uno de sus mayores defensores.

Artículo publicado en la revista UEM.Com de la Universidad Europea de Madrid. Ver enlace: http://www.uemcom.es/?p=4913