sábado, 11 de diciembre de 2010

LE POLITIQUEMENT CORRECT DES CONTES CLASSIQUES, SELON JAMES FINN GARNER

La parole a été donnée à l’homme pour cacher sa pensée

Stendal « Le Rouge et le Noir »


L’expression « politiquement correct » est un anglicisme venant de l'expression politically correct, rapidement simplifiée en PC. Même si elle fut adoptée par le français à la fin des années quatre-vingt, le politiquement correct, c’est vieux comme un conte. La langue française connaît le problème depuis très longtemps. Il y a des choses qu’on ne dit jamais, des mots qu’on n’emploie jamais dans ce qui devrait être leur sens commun. Georges Lebouc affirme dans l’introduction de son livre Parlez-vous le politiquement correct ?que les dictionnaires de la langue française ne semblent pas se passionner pour la définition du terme (9) et lorsque nous cherchons sa signification elle n’est guère suffisante . L'expression n'a pas rencontré un grand succès semble-t-il, à son introduction en France. Elle est immédiatement considérée comme une dérive des mouvements minoritaires, comme un nouveau symptôme du puritanisme américain. D’après Lebouc, le politiquement correct est une tentative d’éviter des expressions qui pourraient être compromises comme des tentatives d’exclure ou de dénigrer des groupes ou des minorités traditionnellement perçues comme désavantagés. Ce faisant, il tendrait à éviter des discriminations raciales, sexuelles, sociales, politiques ou vis-à-vis des infirmes (Lebouc, 11). Vladimir Volkoff indique, dans son Manuel du politiquement correct, que le PC ne peut guère se définir, mais ses manifestations donnent quelque espoir de le cerner (11). C’est ainsi qu’il nous propose un dictionnaire du politiquement correct tel qu’il pourrait avoir été rédigé par un auteur acquis de cette idéologie. Préciosité du XXI è siècle? Langue de bois ? Euphémisme moderne ? Le politiquement correct reste un fait de langue qui prend différentes formes et nominations selon les contextes et les époques.


Aux États-Unis, pays d’origine de l’expression, l’extrême rapidité de diffusion de ce phénomène a d’abord surpris, puis s’est imposé comme une évidence. Il s’est transformé en une façon de penser et d’être, faisant référence à un style de vie prônant la sensibilité, la tolérance et le respect à l’égard de la race, du sexe, de l’orientation sexuelle, la nationalité, la religion, l’âge, les handicaps physiques et toutes autres caractéristiques. Cependant, il existe aussi des détracteurs qui, préférant un langage plus franc, considèrent ridicule le politiquement correct. Cette journée de réflexion, intitulée La littérature face au «politiquement correct», me donne l’occasion de vous présenter l’un des représentants de ce mouvement critique: James Finn Garner. Un auteur américain né à Détroit en 1960, de parents irlandais catholiques, qui grandit dans la ville de Dearborn. Licencié en Lettres à l’Université de Michigan en 1982, il obtient un prix universitaire (le prix Hopwood) pour l’une de ses pièces courtes. Après ses études, il s’établira à Chicago où il fera le tour de petits boulots, parmi lesquels, peintre bâtiment, boulanger, magasinier, chargé de relations publiques, rédacteur. Pendant plusieurs années il va suivre des cours d’improvisation nocturnes afin de trouver une activité plus créative, dans les boîtes de nuit comme la Salle Elbo où il a crée son « Theatre of the Bizarre ». Son projet le plus connu ? L’art de la performance avec son groupe théâtral JazzPoetry. L’œuvre fut qualifiée de « complètement douloureuse par sa stupidité » par le Chicago Tribune et « l’une de choses les plus amusante jamais vue » par l’un des fondateurs du The Second City. Parmi ses créations nous citerons les suivantes : "The Waveland Radio Playhouse," "McCracken After Dark," et le "Theatre of the Bizarre." L’une des pièces du "Theatre of the Bizarre", est devenue Politiquement Correct.


James Finn Garner se moque de ce mouvement dans Politiquement correct. Contes d’autrefois pour lecteurs d’aujourd’hui. Ce livre a connu un énorme succès d’édition, non seulement aux États-Unis -avec ses 2,5 millions d’exemplaires vendus et ses 65 semaines affiché sur la liste des Bestsellers du New York Times-, mais aussi en dehors des frontières américaines, puisqu’il est traduit en 20 langues. Politiquement correct est donc un recueil des contes de notre enfance mais remaniés par l’auteur. Le lecteur aura plaisir à retrouver les contes de fée de son enfance dans une version enfin expurgée de tous les préjugés les plus odieux qu’ils véhiculaient. Garner critique ces histoires classiques qui regorgent de préjugés machistes découlant d'une société patriarcale (on est tous conscient que nos contes populaires infériorisent les femmes). Il développe l’exagération de certaines valeurs jusqu’à son extrême pour se moquer des questions de genre, d’imagination freudienne, de la pensée occidental, du sexisme et de la diète saine. Bien que ces histoires négligent d'être éducatives de manière claire et concise (cet ouvrage vise évidemment un lectorat d'adultes), elles nous permettent surtout de les revisiter en les épurant de tout sexisme et de toute domination sur les animaux. Car, nous sommes bien d’accord, les contes classiques sont tous remplis des stéréotypes : presque toutes les histoires mettent les femmes et les filles dans une situation passive dans laquelle le protagoniste, généralement de sexe masculin, doit réaliser différentes activités pour essayer de la sauver. Des histoires où des qualités telles que la tendresse, la compréhension, la prise en charge des autres, la soumission, la dépendance, etc., sont réservées exclusivement aux femmes.


Nous sommes bien loin de ces contes traditionnels oraux qui transmettaient une mythologie matriarcale, où les femmes tenaient les rôles principaux, et les fées étaient le dernier souvenir de l’ancienne religion du culte à la nature. Une vision du monde qui se transformera radicalement à la fin du XVe siècle et tout au long des XVIe et XVIIe siècles, grâce aux efforts combinés de l’église catholique, de la reforme protestante et des pouvoirs en place. La femme sera évincée au profit de nouveaux modèles masculins: ainsi la «marraine» devient une sorcière, une fée démoniaque ou une marâtre, la «jeune princesse» active et déterminée, un jeune homme ; les lignées maternelles firent place à des lignées paternelles. Le courage, l’intelligence et l’adresse appartiennent désormais aux hommes, qui couronnent succès social et faits d’armes. Comme la femme est incapable de contrôler ses instincts naturels et ses pulsions, elle ne gardera que la beauté pour elle. Et si cette malheureuse ose prendre la parole, c’est pour mieux signifier sa soumission ; car son seul et véritable objectif est le mariage, sommet de l’accomplissement féminin. Les histoires comme La Belle au Bois dormant, Cendrillon ou Blanche-Neige sont bien la preuve.

Mais, revenons à notre auteur. Nous allons présenter maintenant plusieurs histoires plus adaptées à notre époque où le politiquement correct va mettre en évidence les différents stéréotypes qui sont cachés dans ces contes classiques. Commençons par l'histoire du Petit Chaperon rouge. Voici la version de Garner :



Il était une fois une jeune personne appelée le Petit Chaperon rouge qui vivait avec sa mère à la lisière d'un grand bois. Un jour, sa mère lui demanda d’aller porter à sa grand-mère une corbeille de fruits frais et de l’eau minérale – encore une tâche réservées aux femmes, direz-vous? Eh bien non, c’était tout simplement une démarche généreuse – pourquoi le Petit Chaperon Rouge n’aurait-elle pas eu elle aussi le sens de la communauté? Qui plus est, sa grand-mère, loin d’être malade ou gâteuse, était une adulte rayonnante de maturité et parfaitement capable de prendre soin d’elle-même (Garner, 1995:11 )



Certes, nous avons mal compris le Petit Chaperon rouge ! Garner nous présente, avec beaucoup de grâce et subtilité, des personnages qui revendiquent leur acceptation et respect, simplement pour ils s’acceptent tels qu’ils sont. L'héroïne de Perrault devient pour lui une candide philanthrope qui s'en va porter quelques collations diététiques, cent pour cent naturelles, - de nos jours, la galette et le pot de beurre ne font plus partie d’une diète saine- à une adulte rayonnante de maturité, laquelle assume parfaitement sa légère contrariété optique dans une forêt remplie de «techniciens sylvestres» (traduisez : un bûcheron; et ajoutez : indélicat envers les bûches qui, elles aussi, ont droit au respect) victimes d'une société particulièrement injuste. Quand le loup lui demande: "Tu n'as pas peur de te promener ainsi toute seule ?" elle ressent le caractère honteusement sexiste qui se cache derrières ces paroles. La prend-on pour quelqu'un de mentalement désavantagé ? Elle va répondre poliment parce qu'elle tient compte du fait que le loup lui-même, rejeté depuis des siècles par la morgue des "animaux humains", a droit à la considération que méritent toutes les victimes des oppresseurs. D'ailleurs un peu plus tard, chez la Mère-Grand, quand elle se battra avec lui et que voudra intervenir le technicien sylvestre qui passait par là, elle rejettera ce représentant honni du machisme blanc : les minorités n'ont besoin de personne pour régler leurs comptes. Mais le bûcheron, qui laisse à sa hache le soin de penser à la place de son cerveau, a le droit aussi à sa réprimande: il est incapable de concevoir que femmes et loups sont tout à fait capables de résoudre leurs conflits sans l'aide d'un homme. Il se fait couper la tête par la grand-mère qui ressent une communauté d'esprit avec un loup travesti, et ils fondent avec le Petit Chaperon Rouge un foyer alternatif basé sur le respect mutuel et la coopération. Voilà la version Garner !

Une analyse plus approfondie de la version du conte de Perrault et des Frères Grimm par rapport à celle de Garner nous offre la possibilité de comparer les tâches et comportements propres au genre des personnages. Dans les contes classiques les personnages féminins sont décrits en fonction de leur aspect physique (« jolie », « malade ») ou de leur état d’esprit (« pauvre enfant », « bonne femme »), mettant en évidence la faiblesse et fragilité du caractère de la femme. Au contraire, le loup, représentant du genre masculin, est présenté sous une auréole de perversité et méchanceté. En ce qui concerne la dénomination, la seule caractéristique importante à signaler serait l’identification que l’on fait des personnages masculins à travers leurs métiers de bûcheron ou chasseur. Par contre, l’activité des personnages féminins n’est jamais décrite.

Cependant, les aspects qui permettent une meilleure identification du caractère sexiste du récit sont en rapport avec les différences des genres que l’histoire nous offre. Les personnages féminins sont présentés comme des êtres naïfs, intuitifs, volatils, avec un intellect limité, etc., tandis que les personnages du sexe opposé ils sont rusés, doués d’agilité mentale et de force physique ; c’est ainsi que les stéréotypes ou les attitudes de tendresse, docilité, dépendance, peur, obéissance, fragilité, générosité, prise en charge des autres « si propre aux femmes » se manifestent face à la force, le courage, l’agressivité, l’efficacité des hommes. Finalement, la fin du récit est aussi différente en fonction du sexe des personnages. Alors que les personnages féminins sont littérairement engloutis, les hommes deviennent, dans les meilleurs de cas, les grands sauveurs.

Cendrillon est un modèle d’obéissance dans le conte de Perrault. Sa beauté et son humilité exemplaire lui valent d’être remarquée par le Prince et d’être épousée : ils furent heureux et ils eurent beaucoup d'enfants ! Garner nous propose une histoire bien différente : Cendrillon est une «employée personnelle non rémunérée» contrainte, derrière ses fourneaux, à relever un formidable défi social. La condition féminine est ici le sujet développé : les femmes doivent dans cette histoire répondre aux critères irréalistes de la beauté féminine imposée par l’homme, en soumettant parfois leurs corps à la torture : « On veut se boudiner le corps dans une robe trop serrée qui bloque la circulation ? Se martyriser les pieds dans des chaussures à talons hauts qui nuisent à l’ossature (je vous rappelle que Cendrillon chausse des pantoufles de verre très peu pratiques et dangereuses), et se peinturer le visage avec des produits chimiques et des cosmétiques testés sur des animaux non humains ? » (Garner, 1995: 51). Curieux, les deux héroïnes, celle de Perrault et celle de Garner, acquiescent toutes les deux. On remettra à plus tard « son éducation politique » nous dit Garner (Garner, 1995: 51). Les mauvaises sœurs ne sont pas des laiderons (ignoble considération phallocrate) mais des jeunes personnes devant relever un défi esthétique : « elles avaient des visages assez particuliers pour arrêter une pendule rien qu’en la regardant » (Garner, 1995: 50). Lorsque le prince voit pour la première fois Cendrillon, « cette poupée Barbie qui incarnait si bien son idéal » (Garner, 1995: 52), dans la soirée du bal, ses instincts les plus primitifs se réveillèrent : « Voici une femme, se dit-il, que je veux épouser et féconder » (Garner, 1995: 52). Voilà la véritable question, appelons les choses par leur nom, car « que pourrait produire le mélange de leurs gênes parfaits sinon une progéniture parfaite ? » (Garner, 1995: 52). Non seulement le prince s’assurait ainsi une merveilleuse descendance mais aussi la plus belle femme du royaume qui ferait l’envie de tous les autres hommes –sentiment bien machiste. Mais l’affaire n’est pas fini, car Cendrillon « en plus, elle est blonde ! » (Garner, 1995 : 52) (les connotations de cette expression nous les connaissons suffisamment déjà pour y rajouter d’autres commentaires). Heureusement l’histoire, cette fois-ci, ne finit pas en mariage. Et lorsque minuit sonna, et Cendrillon redevient la belle paysanne qui était avant -libérée de la robe et des pantoufles qui l’emprisonnaient- une jalousie d’une tournure différente maintenant gagna à nouveau les femmes. Elles commencèrent à se libérer les unes après les autres de tout ce qui contraignaient leurs corps et, sans leurs mâles (car ils périrent tous jusqu’au dernier lorsqu’ils se battaient pour conquérir « le corps » et non « le cœur » de Cendrillon) elles fondèrent une coopérative des vêtements confortables et pratiques pour les femmes qui portait le nom de Cendri-fringues !

Blanche-Neige, dont la version la plus connue est celle des Frères Grimm, est recueillie par les nains, à la seule condition qu’elle devienne leur bonne à tout faire, jusqu’à ce que le Prince paraisse et la récompense par sa discrétion et sa serviabilité en l’épousant. La jeune princesse « pas du tout désagréable à regarder » (Garner, 1995 : 63) et la reine, sa belle-mère, sont aussi un bon exemple du caractère sexiste de ces contes classiques. Cette dernière vit complètement obsédée par son apparence et esclave d’un miroir magique. Le seul point de repère qui lui reste est la beauté physique, mais « il faut dire que des années de conditionnement social, au sein d’une dictature instauré par le mâle, avaient fini par saper la confiance de la reine en ses propres mérites » (Garner, 1995 : 64). Cependant, l’aspect physique, cette fois-ci, n’atteint pas seulement le côté féminin. Blanche-Neige n'est pas entourée des sept nains, mais de sept compagnons à « la verticalité contrariée »... Georges Lebouc nous rappelle avec beaucoup d’ironie qu’« Il faut qu’on cesse de traiter les nains d’avortons, de nabots, de pygmées, de lilliputiens, des gnomes, d’homuncules ou des microbes ! On imagine leurs soulagements une fois qu’ils deviennent des personnes de petite taille. Mieux encore, ils grandissent moralement lorsqu’ils apprennent qu’ils sont verticalement défiés ou qu’ils sont des personnes à la verticalité contrariée. Cela au moins, les apaise et leur fait certainement gagner quelques centimètres ! » (Lebouc, 2007: 16). Les Sept Très Hauts (dans la communauté des hommes de la forêt) Géants (par l'esprit) décident d'utiliser le corps de Blanche-Neige comme thérapie contre l'impuissance quand ils constatent son effet sur un prince cherchant un remède à sa suspension involontaire d'activité phallocentrique (ils l'avaient laissé vivre parmi eux, malgré sa présence féminine corruptrice, pour pouvoir mesurer leurs propres progrès comme hommes en se comparant à une femelle). Voici donc quelques exemples des contes classiques où le politiquement correct est devenu un instrument de critique. Trop de correction devient parfois absoudre et grotesque.

Après le succès époustouflant de Politiquement correct, James Finn Garner publiera deux autres titres: De plus en plus politiquement correct : nouveaux Contes d’autrefois pour lecteurs d’aujourd’hui et Contes de Noël politiquement corrects, dans lesquels poursuivra sa croisade contre les préjugés révolus et malsains qui ont empoisonné tant de générations. Désormais les enfants sont des pré-adultes, les vieillards des personnes temporellement avancées, la Belle au bois dormant une personne endormie plus belle que la moyenne, etc.

Parmi ces nouvelles héroïnes nous citons ici La princesse au petit pois. Elle nous donne une version beaucoup plus écologiste de son histoire lorsqu’elle exclame : « Quelle barbarie ! Comment aurais-je pu dormir en pensant à ces pauvres oies qu’on avait obligées à sacrifier leurs plumes à mon confort ? » (Garner, 1996 :39). Elle fait aussi la morale à sa future et hypothétique belle-famille en remarquant qu’ils ne pouvaient pas gaspiller de la nourriture en oubliant un malheureux petit pois sous les couvertures, surtout en voyant l’état actuel du monde. D’ailleurs, elle montre aussi son côté solidaire en offrant aux paysans moins fortunés tous les futons superflus. Voilà une vraie princesse d’aujourd’hui : écologiste, économe et solidaire avec les classes plus démunies.



Conclusion



Grâce à son rôle éducatif, les contes classiques ont toujours servi à transmettre des messages idéologiques d’une manière plus importante que dans la littérature adressée aux adultes. En effet, les livres adressés aux enfants ont toujours eu un rôle de contrôle social à travers lequel on a traditionnellement favorisé toutes les formes de soumission à l’autorité et au respect de l’ordre établi. Discours institutionnalisé à part entière, le conte de fée inclut, parmi ses composantes, la manipulation. De Perrault à Grimm, d’Andersen aux grandes productions de Walt Disney, reflet de l’industrie culturelle contemporaine, il est aisé de reconnaître la volonté sous-jacente des auteurs d’imposer au lecteur (ou téléspectateurs) des modèles à vivre, des manières de penser, et de les amener, sans qu’ils s’en aperçoivent, à considérer les valeurs admises par la majorité comme intrinsèquement bonnes pour eux-mêmes et pour les autres, et tout ce qui s’y oppose comme contraire au bien général.

En s’inspirant du mouvement « politiquement correct », Garner nous donne une version bien différente des contes classiques. Ses hilarantes caricatures dénoncent le caractère sexiste et le spécisme des ces histoires en employant des termes plus « adaptés aux âmes sensibles» qui virent parfois vers le ridicule, voir même vers l’hypocrisie.

Quel serait, dans ce cas là, le chemin le plus correct à prendre dans l’éducation des jeunes lecteurs ? Il ne passe jamais par la censure des œuvres littéraires ni par la prédication de nouvelles « vertus » officielles. Nous ne devons pas tomber dans le piège de les éloigner de la réalité qui les entoure, en leur montrant un monde, par exemple, comme celui de Disney, - un monde qui n’auront jamais l’occasion d’expérimenter dans leur vie d’adultes. Le politiquement correct est toujours « prêt à remplacer la dure réalité par une distrayante sémantique » (Lebouc, 2007: 39). Il est certain qu’il faut leur donner une bonne formation morale, mais sans les manipuler ou cacher sous des faux noms la réalité. « Que ces réalités soient cruelles, nul n’en disconvient, mais elles ne cessent pas pour autant parce qu’on cesse de les nommer, ou qu’on les nomme autrement » nous rappelle Lebouc (Lebouc, 2007: 14). Et cela est tout à fait possible, si nous sommes moins occupés à cacher sous un faux nom la réalité qui nous entoure et nous sommes plus attentifs à montrer, dans les livres et dans la vie, des valeurs qui doivent prévaloir dans notre société, telles que la solidarité, l’environnement, le respect des autres et l’amitié.



Bibliographie



Georges Lebouc, Parlez-vous le politiquement correct ?, Ed. Racines, Bruxelles, 2007.

Hamilton, Geoff & Jones, Brian, Encyclopedia of American Popular Fiction, Facts of File Library of American Literature, New York, 2009.

James Finn Garner, Politiquement correct : contes d’autrefois pour lecteurs d’aujourd’hui, traduit de l’américain par Daniel Depland, Bernard Grasset, Paris, 1995.

James Fin Garner, De plus en plus politiquement correct : nouveaux Contes d’autrefois pour lecteurs d’aujourd’hui, traduit de l’américain par Janine Lévy, Paris, Bernard Grasset, 1996.

James Finn Garner, Contes de Noël politiquement corrects, traduit de l’américain par Janine Lévy, Paris, Bernard Grasset, 1997.

Vladimir Volkoff, Manuel du politiquement correct, Éditions du Rocher, Monaco, 2001.




Communication présentée lors du Colloque "La littérature face au 'politiquement correct'" qui a eu lieu le 7 décembre 2010 à la Faculté de Lettres de l'Université de Porto.